22 février 1358

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Le Christ bénissant, par Duccio di Buoninsegna (Italie 1255-1318), National Gallery of Art (Washington)
Ce jour-là...

La révolution manquée d'Étienne Marcel

Les grandes étapes de la guerre de Cent Ans:

7 octobre 1337: début des hostilités

26 août 1346: bataille de Crécy

3 août 1347: capitulation de Calais

19 septembre 1356: bataille de Poitiers

22 février 1358: la révolution manquée d'Étienne Marcel

21 mai 1358: les paysans se révoltent contre la noblesse

16 mai 1364: Du Guesclin bat le Mauvais à Cocherel

3 janvier 1383: la révolte fiscale des Maillotins

23 novembre 1407: meurtre de Louis d'Orléans à Paris

25 octobre 1415: bataille d'Azincourt

10 septembre 1419: meurtre de Jean sans Peur à Montereau

21 mai 1420: traité de Troyes

25 février 1429: Jeanne d'Arc rencontre le Dauphin à Chinon

8 mai 1429: prise d'Orléans par Jeanne d'Arc

30 mai 1431: Jeanne d'Arc brûlée vive à Rouen

17 juillet 1453: bataille de Castillon et fin de la guerre de Cent Ans
 

Le 22 février 1358, un grand tumulte se produit dans la chambre du dauphin Charles, l'héritier de la monarchie française.

Étienne Marcel vient de faire irruption. C'est un riche drapier quadragénaire qui a été élu prévôt des marchands de Paris aux états généraux de 1355. Il tient les fonctions d'un maire et rêve pour sa ville d'une autonomie analogue à celle des villes flamandes ou italiennes de l'époque (Bruges, Florence,...). 

 < Étienne Marcel fait assassiner les maréchaux sous les yeux du dauphin (enluminure de la BNF) >Il s'en prend à deux conseillers du dauphin, les maréchaux de Champagne et de Normandie, Robert de Clermont et Jean de Conflans, et les accuse de mal servir la couronne.

Les deux hommes sont assassinés sous les yeux terrifiés de Charles, un jeune homme de dix-huit ans, malingre et incapable de tenir une épée.

Le dauphin doit accepter de coiffer le chaperon rouge et bleu, aux couleurs de la capitale, dont Étienne Marcel a fait le signe de ralliement de ses partisans.

Complètement démuni, le dauphin dépend du prévôt pour obtenir des subsides. Il feint de s'incliner et accepte ses conseils et ses projets de réformes.

Étienne Marcel le reconnaît comme régent du royaume en l'absence de son père, Jean II le Bon, prisonnier à Londres suite à la défaite de Poitiers.

Mais quelques semaines plus tard, le dauphin trouve moyen de s'enfuir et il assiège aussitôt la capitale avec ses propres troupes.

Étienne Marcel se déconsidère par ses alliances avec les paysans en révolte du Beauvaisis et les soudards du roi de Navarre Charles II le Mauvais, lui-même en tractations avec les Anglais pour s'approprier quelques belles provinces.

Les bourgeois parisiens commencent à s'inquiéter de ses manigances.


Assassinat d'Etienne Marcel (enluminure de la BNF)

Le 31 juillet, Jean Maillard, un échevin fidèle à la royauté, fait assassiner le prévôt devant la porte Saint-Denis, alors qu'il s'apprête à livrer les clés de la ville à Charles le Mauvais.

Charles, qui a surpris tout le monde par sa force de caractère, peut enfin rentrer dans la capitale.

Devenu roi sous le nom de Charles V le Sage, il n'aura rien de plus pressé que de faire édifier la Bastille afin de tenir en respect les turbulents Parisiens.

Un royaume malheureux

Charles est l'héritier de la dynastie des Valois, dont la légitimité douteuse est à l'origine de la guerre de Cent Ans. Il va néanmoins tirer la monarchie d'une situation désespérée, chasser les Anglais et remettre le royaume en ordre.

Frappée dix ans plus tôt par la Grande Peste, qui avait fauché le tiers de la population, la France avait ensuite supporté les meurtrières chevauchées du Prince Noir, l'héritier de la couronne anglaise.

Après la défaite et la capture du roi Jean II le Bon, elle avait encore connu les ravages d'une soldatesques désoeuvrée.

Et par-dessus le marché, paysans et bourgeois avaient du se cotiser pour la libération de Jean II le Bon, lequel, à peine libéré, n'eût rien de plus pressé que de revenir mourir en prison pour une question d'honneur mal placé.

De tous ces malheurs qui auraient pu entraîner révolution et séditions, la monarchie et l'État vont paradoxalement sortir renforcés.

Le régent convoque à nouveau les états généraux et ceux-ci dénoncent les accords signés par Jean II avec Édouard III, qui abandonnent à l'Angleterre toutes les anciens possessions des Plantagenêt et réduisent le royaume de Poitiers.

Edouard III débarque à Calais et tente en vain d'entrer à Reims pour s'y faire sacrer roi de France. Sur le chemin du retour, craignant que sa chevauchée ne s'achève sur un désastre, il signe enfin des préliminaires de paix à Brétigny, près de Chartres, le 8 mai 1360. Le traité sera ratifié à Calais le 24 octobre 1360.

Il se solde par des amputations importantes du territoire national au profit du roi anglais, à savoir l'Aquitaine et, au nord, Calais, le Ponthieu et le comté de Guînes. Le domaine capétien est ramené à ce qu'il était au début du règne de Philippe Auguste, 150 ans auparavant.

Le roi de France promet de renoncer à la souveraineté sur l'Aquitaine et le roi d'Angleterre à la couronne de France dès que les termes du traité auront été exécutés. Jean le Bon quitte quant à lui sa prison (pour quelques mois seulement).

Victime d'une malformation au bras droit, Charles ne peut pas combattre en personne. Il se repose donc sur le bras de son fidèle Bertrand Du Guesclin, un mercenaire breton dont il fera son connétable, pour repousser les Anglais et gommer l'humiliation du traité de Brétigny.

Le 16 mai 1364, Du Guesclin bat les troupes de Charles le Mauvais à Cocherel. La monarchie des Valois retrouve pour quelques années tout son prestige.

Quelques années plus tard, Du Guesclin débarrasse le pays des Grandes Compagnies de mercenaires désoeuvrés qui le mettent à mal en les entraînant en Espagne.

En reconnaissance, il reçoit à son retour le titre de connétable. Il ne lui restera plus qu'à chasser les Anglais dans les dix ans qui précéderont sa mort et celle de son roi.

Le noble breton, maintes fois prisonnier et rançonné, mènera la guerre non plus à la manière féodale en recherchant le choc frontal à la manière féodale mais en harcelant l'ennemi par des attaques surprises et une guérilla avant la lettre.

Mise à jour le 24 février 2003