En cette chanson aimable et joyeuse
J'ouvrage des mots rabotés et
polis
Qui seront véritables et certains
Quand j'aurai passé la
lime ;
Puisqu'Amour céans dore et aplanit
Mon chant, inspiré par
celle
qui conduit et donne prix et valeur..
Tout le jour je m'améliore et m'affine,
Car de la plus charmante
entre toutes
Je suis le serviteur, soit dit en toute
franchise.
Des pieds à la tête je lui appartiens,
Et quand bien
même toutes froidures me glaçeraient
L'amour qui déferle en mon
coeur
Me réchaufferait au pire de l'hiver.
J'en ferais dire mille messes
Et allumerais cierges de cire et
d'huile
Afin que Dieu me donne succès
Auprès de celle qui désarme
toute résistance ;
Et dans mon éblouissement devant sa
blondeur
Son coeur joyeux, jeune et grâcieux
Je l'aime plus que
qui m'offirait Lucerne
Tant je l'aime et la chérit de tout mon coeur
Qu'à trop la désirer
je me la déroberais,
S'il était possible de perdre pour trop aimer
!
Car son coeur submerge le mien
Et ne reflue point ;
Elle m'a
tant amendé
qu'elle dispose de l'atelier et de l'ouvrier.
Je ne veux de Rome l'Empire
Ni qu'on m'en fasse Pape
Si je ne
devais revenir vers celle
Par qui mon coeur s'enflamme et se
dévore.
Et si elle ne daigne remédier à mon mal
Par un baiser
avant l'an neuf
Elle sera cause de ma perte.
Les souffrances que j'endure
Ne me détournent de bien aimer,
Si
elles me maintiennent en un désert
Elles inspirent également mes
vers.
Je peine plus d'amour qu'homme de labeur
Car nul ne fut plus
épris que moi, pas même
Le sire de Moncli pour Dame Audierne.
Je me nomme Arnaud, celui qui amasse le vent
Chasse le lièvre avec
le boeuf
Et nage à contre-courant.