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La Bretagne,
un combat pour un royaume



Alignements de
Carnac (Morbihan).
Ce vaste ensemble
de menhirs dont les plus hauts atteignent 4 m sont les restes d'un ensembles
encore plus vaste. Disposés d'est en ouest sur une dizaine de rangées et sur
une longueur de 3 km, ils formaient sans doute une sorte de temple en plein air.
Ces mégalithes datent du IVe millénaire.
Photo. P.
Lome-Explorer
La préhistoire
A l'origine, les premiers Bretons n'étaient pas
Celtes. C'était un peuple
de pasteurs nomades qui vivaient dans l'immense forêt bretonne. Ils érigèrent
les mégalithes que nous pouvons encore admirer. La fonction des menhirs nous
est encore inconnue mais nous savons en revanche que les dolmens étaient les
tombeaux des chefs. Pendant l'âge de bronze la péninsule armoricaine connaît une grande prospérité, peu avant l'arrivée des Celtes.
Les premiers Celtes
Arrivés avec les Indo-européens, les premiers Celtes s'installent en Armorique
où ils cohabitent pacifiquement avec les premiers habitants de la péninsule.
Ils introduisent l'usage du fer et des chevaux tout en s'initiant au commerce
maritime. Ils apportent aussi un vaste panthéon et une philosophie nouvelle :
le druidisme où les femmes jouent un rôle important.
Allée
couverte de la Roche aux fées, près de la Guerche-de-Bretagne. Ces
dolmens composés de 41 blocs de schiste pourpre formaient une galerie longue de
22m divisée en deux pièces. Il s'agissait d'une sépulture collective. Photo
: Candelier/Brumaire/Ziolo
L'arrivée des Romains
En 58 avant J-C toute la Gaule est occupée par les Romains... Toute? Non! Un
village peuplé d'irréductibles Gaulois résiste encore et toujours à
l'envahisseur... Mais là je m'égare. En réalité, les Romains ont peu
d'influence sur les Celtes, qui vivent dans la forêt armoricaine. Aussi, quand
les Vénètes se révoltent, c'est toute la Bretagne qui les suit. Bretons et
Romains s'affrontent lors d'une bataille maritime mémorable qui tournera en
faveur des Romains. Malgré leur supériorité (d'excellents marins face à des
romains plus habitués aux combats sur la terre ferme), les Vénètes ont
souffert d'une absence de vent qui a immobilisé leurs voiliers, favorisant
ainsi les galères romaines. Il s'ensuit une répression féroce pendant
laquelle bon nombre de Bretons doivent fuir l'Armorique. C'est à cette époque
que disparaît le druidisme.
L'émigration bretonne
Au cours du Vè siècle, les Romains, qui veulent repeupler le "désert
armoricain", facilitent la venue de Celtes de Cornouailles ou du pays de
Galles qui fuient la surpopulation. Au VIè siècle la Grande-Bretagne est
envahie par les Angles et les Saxons ce qui entraîne à nouveau une émigration
massive. Ces Celtes insulaires apportent avec eux la langue bretonne et une ébauche
de christianisme. La Bretagne commence enfin à s'urbaniser.
La Bretagne des origines
Au début du VIè siècle, la Bretagne ne connaît aucune unité, les Celtes étant
peu enclins à supporter une autorité quelconque. Mais à cette époque, l'émergence
du royaume franc constitue une menace suffisamment importante pour que les
Bretons décident de s’unir. Trois petits royaumes sont alors créés : la
Cornouaille, la Domnonée et le Léon.
La création du Vannetais
Dernier royaume à être formé, le Vannetais connaît des origines très
tourmentées. Les luttes pour le pouvoir sont extrêmement violentes et fertiles
en trahisons. Elles verront s'imposer Makliaw comme chef "incontesté"
du Vannetais. Il se fera pourtant tuer en tentant d'envahir la Cornouaille. Son
fils Warog, tout aussi prompt à sortir les armes, lui succédera. Au début du
VIIè siècle Warog et ses hommes font des incursions de plus en plus fréquentes
vers Nantes (ils iront même jusqu'à faire les vendanges sur les terres
nantaises). La réaction des Francs est immédiate, ils envoient une armée qui
se fait décimer. Pourtant, Warog jure obéissance à Clotaire, mais il y gagne
la ville de Nantes. Le quatrième royaume breton est enfin formé.
La réunion des quatre royaumes
Voulant en finir avec les incursions bretonnes, Pépin le Bref puis
Charlemagne
envoient des troupes en Bretagne. Pour contrer les attaques mérovingiennes, les
quatre royaumes prennent pour chef de guerre Warog, le roi du Bro-Warog (Vannetais).
Mais celui-ci meurt au cours de la bataille de Morvan. Son successeur Wiomarc'h
doit se soumettre à l'empereur, mais en 822 et en 824 il essaye de se libérer
de la tutelle franque; il y perdra la vie. Afin d'éviter d'autres révoltes,
les Francs nomment eux-même le nouveau chef breton : Nominoë. Celui-ci redonne
une certaine grandeur à la Bretagne.
A la mort de Louis le Pieux, Nominoë rend hommage à
Lothaire alors que c'est
Charles le Chauve qui a hérité de la partie occidentale du royaume. En 845
Charles le Chauve attaque la Bretagne mais Nominoë aidé par Lambert II, futur
comte de Nantes, met son armée en déroute. La Bretagne est reconnue libre par
le roi. Après avoir conquis l'Anjou Nominoë s'attaque à Chartres où il
trouve la mort. Prompt à réagir, Charles le Chauve envoie un détachement en
Bretagne mais il est défait par Erispoë, le fils de Nominoë, qui s'empare de
Rennes et de Nantes. Il signe quand même en 850 un accord contre les Normands
avec Charles le Chauve.
De l'anarchie à la grande Bretagne
Le cousin d'Erispoë, Salaün, fait un coup d'état qui entraîne l'invasion de
la Bretagne par les troupes de Charles le Chauve. Salaün négocie et promet de
payer un tribut (qu'il ne versera que deux fois). Sous son règne la prospérité
revient en Bretagne. A la fin de sa vie, il se retire dans un monastère où il
sera assassiné. Après sa mort il sera considéré comme un saint.
Les chefs bretons réclament leur indépendance laissant la Bretagne sans unité.
Les attaques normandes sonnent le glas de la grandeur bretonne. Alain le Grand réussit
à réunir les Bretons sous sa bannière en 888 et chasse les Normands de
Bretagne, qui n'oseront plus revenir de son vivant. Il est reconnu comme roi de
Bretagne mais l'Anjou et le Cotentin refusent sa souveraineté. Il favorise
l'expansion des abbayes.
A sa mort les attaques normandes reprennent de plus belle. Toute l'élite
bretonne fuit en Angleterre, les abbayes et les bibliothèques sont pillées,...
la Bretagne connaît une des périodes les plus noires de son histoire. Les
Bretons attendent leur "sauveur". Un abbé parvient à convaincre le
petit-fils d'Alain le Grand de quitter l'Angleterre pour sauver le peuple
breton. Aidé par les Saxons, il débarque en Bretagne en 936 et libère la péninsule
dès 939. Il refuse le titre de roi, se contentant d'être duc de Bretagne.
Alain Barbe-Torte meurt en 952 laissant derrière lui un pays libre, prospère
et indépendant... mais plus francophone que jamais.

Entre France et Angleterre
La succession d'Alain Barbe-Torte
En 952, Alain II meurt. Son fils Drogon lui succède, mais il meurt trois ans
après. Un problème de succession se pose alors Alain Barbe-Torte ayant eu deux
enfants bâtards soutenus par Foulque le Bon, comte d'Anjou. Konan, comte de
Rennes, revendique le trône. C'est finalement son fils Geoffroy qui l'obtiendra
après une lutte de près de quarante ans. Geoffroy épouse Havoise, la sœur de
Richard de Normandie, renforçant ainsi les liens qui unissent cette région à
la Bretagne. Il a deux fils, Alain III qui régnera de 1008 à 1040 et qui
abolira le servage et Eudon qui obtiendra le célèbre apanage des Penthièvre
la guerre des deux Jeanne. Le fils d'Alain III, Konan II, meurt en 1066 sans
successeur. La couronne échoit à Hoël de Cornouaille gendre d'Alain III et
cousin de Guillaume le Conquérant.
L'aventure normande
Au XIè siècle, les Normands se lancent à la conquête de l'Angleterre avec
dans leur armée une forte proportion de Bretons, animés par le désir de
venger leurs ancêtres chassés par les Saxons au VIè siècle. C'est le cas de
Raoul II de Gaël sire de Montfort qui reçoit en récompense l'East-Anglia. Il
en ressortira un apport culturel immense grâce aux multiples contacts entre les
Bretons et les Celtes d'Outre-Manche. C'est à cette période que Raoul II réimplante
le mythe d'Arthur dans sa forêt de Brocéliande. Mais Guillaume le Conquérant
se méfie des Bretons qu'il juge trop ambitieux. Hoël de Cornouaille
connaissant quelques problèmes, Guillaume le Conquérant vole à son secours et
débarque en Bretagne (tout en caressant l'espoir secret d'annexer la Bretagne).
Heureusement le roi de France qui voit tout cela d'un mauvais oeil force
Guillaume à quitter la Bretagne avec armes et bagages en 1076. Les Bretons
comprennent alors qu'ils ont tout à gagner en faisant jouer la rivalité entre
la France et l'Angleterre. Cette tactique porte ses fruits car en 1113 Louis VI
reconnaît la suzeraineté de la Bretagne.
Un siècle de calme relatif
Hoël de Cornouaille meurt en 1084 en laissant un fils Alain IV Fergent qui régnera
jusqu'en 1112 date à laquelle il se retirera dans l'abbaye de Redon, las de régner.
Sous son règne, la Bretagne connaît une grande période de prospérité. Son
fils Konan III épouse la fille de Henry Ier roi d'Angleterre. Durant tout
son règne, il ne cessera pas d'hésiter entre la France et l'Angleterre. A sa
mort en 1148, ses deux enfants, Berthe et Hoël, s'affrontent. Mais grâce à
l'aide de son mari, Éon de Porhoët, Berthe parvient à garder son trône. Elle
aura un fils, Konan IV qui deviendra l'âme damnée de Henry II roi
d'Angleterre, plongeant la Bretagne dans une des situations les plus difficiles
de son histoire.
La mainmise anglaise
Konan est porté au pouvoir par Henry II. Mais celui-ci le force à abdiquer en
1166 et fait main basse sur la Bretagne. Il essaye de réorganiser la société
bretonne afin de préparer l'unification. Il arrange le mariage entre la fille
de Konan, Constance, et son troisième fils Geoffroy Plantagenêt. Il utilise le
mythe d'Arthur qui symbolise la lutte des Bretons contre l'oppresseur en se
proclamant descendant de ce roi mythique. Ce mythe lui sert aussi à démontrer
qu'à cette époque Bretagne et Angleterre ne faisaient qu'une. Mais ses plans
sont momentanément contrariés en 1182 à la majorité de Geoffroy II. Celui-ci
coupe tout lien avec son père allant presque jusqu'à signer un accord avec le
roi de France. Fervent patriote breton, il meurt hélas dans un tournoi en 1186.
Il est le fondateur de "l'Assise au comte Geoffroy" qui interdit le démembrement
des baronnies et des fiefs et qui instaure le Droit breton.
Son fils Arthur est mis sous la tutelle du roi d'Angleterre. Mais en 1189 à la
mort de Henri II, Constance récupère son fils et le confie au roi de France
quand Richard Cœur de Lion rentre en Angleterre. Philippe Auguste élève
Arthur à la française l'envoyant même guerroyer contre sa grand-mère, Aliénor
d'Aquitaine. Hélas, il est fait prisonnier par Jean sans Terre. Philippe
Auguste prononce alors la déchéance de Jean sans Terre et investit Arthur duc
de Bretagne en 1202. Mais ce dernier est assassiné sur l'ordre de son oncle qui
élimine ainsi un concurrent potentiel à la couronne d'Angleterre. Avec Arthur
disparaît l'héritier du Grand Arthur et celui qui devait permettre la fusion
des deux Bretagne.
L'œil du cyclone
A la mort d'Arthur le pouvoir revient à Alix, née d'un deuxième mariage de
Constance avec Guy de Thouars. Voulant à tout prix éviter une réimplantation
anglaise, Philippe Auguste donne en 1213 le duché à Pierre de Dreux avant même
que celui-ci n'épouse Alix. Mais l'histoire se plaisant à se répéter, une
fois encore ce duc imposé devient plus breton que les Bretons. Pierre de Dreux,
dit aussi Pierre Mauclerc, déposséder le comte de Penthièvre, annexe les
terres dont le seigneur était mort sans enfant majeur et limite le nombre de châteaux-forts.
Mais son anticléricalisme lui vaut quelques problèmes avec l'Église. Pendant
la régence de Blanche de Castille, il conspire avec Thibaud de Champagne.
L'Angleterre refusant de lui prêter assistance, il doit se soumettre en 1234.
Il abdique en 1237 en faveur de son fils Jean I le Roux qui épouse la fille de
Thibaud de Champagne et se réconcilie avec
Saint Louis. C'est lui qui introduit
le blason moucheté d'hermine en Bretagne. Grand poète, il réussit à
maintenir un équilibre (fragile) entre la France et l'Angleterre. Son fils,
Jean II, connaît un règne paisible de 1286 à 1305 si ce n'est quelques heurts
avec l'Église au sujet du droit de tierçage. C'est sous le règne d'Arthur II,
qui a neuf enfants de ses deux mariages, que la situation s'envenime. Jean III,
issu du premier mariage d'Arthur II, monte sur le trône en 1312 et meurt en
1341 alors que ses deux frères sont déjà morts. La guerre de succession va
commencer...
La guerre des deux Jeanne
Jean III qui détestait sa belle-mère Yolande de Dreux, s'était toujours refusé
à reconnaître son demi-frère Jean de Montfort comme héritier. Sa nièce,
Jeanne de Penthièvre, réclame le duché en tant que petite-fille d'Arthur.
Pourtant, Jean de Montfort se proclame duc de Bretagne dès la mort de Jean III
arguant de la loi salique qui doit avoir cours en Bretagne, fief de la France
(ce qui ne l'empêchera pas de demander de l'aide à l'Angleterre). Il ouvre les
hostilités en s'emparant de Nantes et en prenant possession du trésor entreposé
par Jean III à Limoges. Il conclut un accord avec Édouard III. En 1341,
Philippe VI nomme son neveu Charles de Blois (le mari de Jeanne de Penthièvre)
duc de Bretagne et fait prisonnier Jean de Montfort. La guerre aurait pu s'arrêter
là, c'était sans compter sur l'obstination de Jeanne de Montfort....
Le parti des Montfort est soutenu par la petite noblesse, quelques évêques,
une grande partie du peuple et bien sûr par l'Angleterre. Quant au parti des
Penthièvre, il entraîne avec lui les grands vassaux, le clergé et la France.
En 1342, les Français prennent la ville de Rennes. Ils envoient leur armée à
Hennebont où s'étaient réfugiés Jeanne de Montfort et son fils Jean. Pour
briser l'encerclement d'Hennebont, Jeanne sort une nuit avec 300 hommes et met
le feu au camp français; elle réussit à y revenir trois jours plus tard. Le
siège n'est pas levé mais elle y gagne un surnom: Jeanne la Flamme. Les
renforts anglais prévenus lors de cette escapade font reculer les Français
mais ceux-ci s'emparent de Vannes et d'Auray. En 1343, sur ordre du Pape les
deux camps signent la trêve de Malestroit. Jean de Montfort est libéré. Mais
il meurt en 1345 et son fils est mis sous tutorat d'Édouard III qui cherche à
éloigner Jeanne la Flamme du pouvoir. En 1347, Charles de Blois est fait
prisonnier par les Anglais. Mais même privés de leur chef, les partis
continuent à s'affronter. De 1348 à 1351, la Bretagne connaît une période très
sombre, ravagée par la peste noire et des hordes de pillards, elle sombre dans
la misère la plus totale.
En 1351 a lieu le célèbre combat des Trente (trente chevaliers dans chaque
camp) remporté par le parti de Blois mené par Beaumanoir. En 1352, les
Montfort prennent leur revanche en s'emparant du château de Mauron grâce à
Tanguy du Châtel. Pourtant Édouard III essaye de trouver un compromis, il libère
même Charles de Blois. Mais la capture de Jean le Bon en 1356 à Poitiers met
fin aux négociations. C'est alors qu'entre en scène le célèbre
Du Guesclin.
Du Guesclin s'était déjà emparé du château de Fougeray en déguisant ses
hommes en bûcherons, en 1357 il intercepte un convoi anglais et ravitaille la
ville de Rennes assiégée depuis deux ans. Le duc de Lancastre décide alors de
lever le siège. En 1362 Jean de Montfort le Jeune retourne en Bretagne. En 1364
les deux camps décident d'en finir: ils s'affrontent le 29 septembre à Auray.
Grâce à une habile stratégie, le parti anglais prend rapidement l'avantage,
c'est la débandade chez les Français, seuls les combattants bretons restent
fidèles à Charles de Blois. Celui-ci trouve la mort au cours du combat,
devenant ainsi un martyr.
La paix est enfin signée le 12 avril 1365 à Guérande. Jean de Montfort est
couronné sous le nom de Jean IV, il reconnaît la suzeraineté honorifique de
Charles V et doit céder son duché à Jeanne de Penthièvre s'il n'a pas d'héritier
mâle. La Bretagne va connaître les plus belles années de son histoire...
La perte de l'indépendance
Le retour à la prospérité
En vertu du traité de Guérande, Jean IV règne sur toute la Bretagne.
Cependant il devra se marier trois fois avant d'avoir un fils et ainsi assurer
aux Montfort la possession de la Bretagne.
Mais Jean de Montfort a des dettes, aussi bien financières que morales, envers
l'Angleterre. Pour garder de bons rapports avec ces proches voisins, il adopte
une politique anglophile. Il favorise ainsi un commerce florissant entre les
deux Bretagne et évite une confiscation éventuelle du comté de Richmond.
En 1369, le traité de Brétigny entre la France et l'Angleterre est rompu. Édouard
III, débarque à la pointe Saint-Mathieu avec l'accord de Jean IV. La réponse
de Charles V est immédiate: il fait capturer la duchesse Jeanne, trouvant sur
elle un accord secret entre Jean IV et le roi d'Angleterre. Jean IV doit fuir en
Angleterre, conspué par une grande partie de ses sujets.
Trop pressé, Charles V commet une erreur de tactique: il prononce la déchéance
de Jean IV et annexe la Bretagne. Les bretons oublient alors leurs dissensions
et se rallient tous à Jean IV (y compris Jeanne de Penthièvre qui n'avait pas
perdu tout espoir de régner sur la Bretagne). Le 3 Août 1379, il débarque à
Saint-Servan et conclu un accord avec Richard II, le successeur d'Édouard III.
La guerre est ouverte entre la France et la Bretagne... En 1380 Charles V décède,
son successeur négocie avec Jean IV qui recouvre la Bretagne à condition de
faire amende honorable et de prendre quelques distances avec l'Angleterre. Il
mourra 19 ans plus tard sans doute empoisonné.
Son règne apporta indépendance et prospérité à la Bretagne. En effet, il
exerçait le droit de justice et négociait avec les autres pays au même titre
qu'un roi. Il imposa au roi de France que le duc de Bretagne ne lui fasse plus
l'hommage lige (à genoux et sans arme) mais l'hommage simple. Enfin, il créa
en 1381 l'ordre de l'Hermine, rassemblement de chevaliers plus proche de la Maçonnerie
que des chevaliers du Moyen-âge. Cet ordre qui admettait des femmes réunissait
tous les citoyens courageux et généreux de Bretagne.
L'apogée du Duché
Jean V, dont le règne sera le plus long de l'histoire de la Bretagne
(1399-1442), est un habile diplomate: il réussi à rester neutre tout au long
de la guerre de Cent Ans. Il ne s'engagera qu'une seule fois en faveur de ses
"frères" Gallois révoltés contre l'Angleterre qui prétendait réduire
leur privilèges.
En 1423, il s'allie avec le duc de Bourgogne et le régent anglais pour
confisquer l'apanage des Penthièvre en raison de leurs manigances. C'est sous
son règne que furent érigées toutes les églises et chapelles que nous
pouvons admirer en Bretagne.
Seule ombre à son règne: le tristement célèbre Gilles de
Rais. Héros de la
guerre de Cent Ans et compagnon de Jeanne d'Arc, il est connu pour ses dépenses
excessives et les meurtres horribles qu'il a commis sur des enfants. Arrêté en
1440, il s'amende et est libéré mais il continue ses crimes. Ayant définitivement
dilapidé sa fortune, sans alliés, il est de nouveau arrêté, il sera pendu
puis brûlé.
Son fils aîné, François Ier (1442-1450), connaît quelques problèmes avec
les Anglais. Il fait arrêter son frère Gilles de Bretagne qui meurt en prison,
sans doute assassiné. Il meurt sans enfant mâle. Son frère, Pierre II, meurt
au bout de sept ans, lui aussi sans enfant.
Arthur II ne règne qu'un an. Très proche de Louis XI (connétable de France et
ancien compagnon de Jeanne d'Arc), il refuse la pairie pour marquer l'indépendance
de la Bretagne vis à vis du royaume de France. Il fait au roi de France un
hommage debout et l'épée au côté, il place ainsi son duché en position de
semi égalité avec la France. Il est surnommé le Justicier car il n'aura de
cesse de trouver l'assassin de son neveu Gilles de Bretagne.
Vers la perte de l'indépendance
En 1458, François II monte sur le trône de Bretagne. Ardant défenseur de
l'indépendance, il obtient moult privilèges. Dès 1460, il convainc le Pape
Pie II de fonder une université à Nantes, soustrayant les érudits Bretons à
une éducation trop française. Il se rapproche beaucoup des Anglais qui, ayant
perdu leurs désirs d'expansion (Entre
France et Angleterre), deviennent les alliés idéaux pour résister à la
France. Inquiet de n'avoir pas encore de garçons, il se bat contre les Etats-généraux
de Bretagne pour permettre à sa fille Anne de lui succéder. Il promet celle-ci
au prince de Galles puis à Maximilien d'Autriche.
Pendant ce temps, en France, Louis XI rachète les droits des Penthièvre,
devenant ainsi un héritier potentiel au trône de Bretagne. A la mort de
celui-ci, François II participe à la guerre folle contre la régente
Anne de Beaujeu. La France envoie une armée en 1488, dirigée par La Trémoille. La défaite
bretonne conduit François II au désastreux traité du Verger. Il doit
promettre de ne plus utiliser de troupes étrangères en Bretagne, d'accepter
l'hommage lige, et de ne marier ses filles qu'avec l'accord du roi de France.
Effondré, il meurt quelques mois après, le 9 septembre 1488.
Un dernier combat pour la liberté
Une des idées les plus répandues dans l'histoire bretonne (même chez certains
Bretons), c'est que la Bretagne a perdu son indépendance à cause d'Anne de
Bretagne. Rien n'est plus faux !! Car malgré son jeune âge, Anne de Bretagne a
combattu jusqu'au bout pour éviter le rattachement de son duché à la France
et ce n'est que sous François Ier que la Bretagne perdit son autonomie.
A 11 ans, la nouvelle duchesse décide d'épouser Maximilien d'Autriche par
procuration. Mais Charles VIII n'est pas de cet avis et il envoie une armée qui
enlève Anne de Bretagne. Le roi déclare le mariage nul car non consommé et épouse
la duchesse en 1491. Mais Anne de Bretagne exige un contrat de mariage très précis:
si Charles VIII meurt avant elle sans héritier, elle ne peut épouser que son
successeur; le premier à mourir abandonne ses droits au survivant (Penthièvre
pour Charles VIII, Montfort pour Anne de Bretagne). De santé fragile, Charles
VIII meurt sept ans plus tard. Son successeur Louis XII étant déjà marié,
Anne de Bretagne reprend possession de son duché et rentre à Nantes.
Mais Louis XII, mauvais joueur, déclare son mariage nul car fait sous la
contrainte. Il répudie sa femme et Anne de Bretagne est obligée de l'épouser
en 1499. Il envoie une armée en Bretagne pour faire taire certains
"esprits subversifs" qui commençaient à faire remarquer que les deux
mariages de leur duchesse avaient peut-être eux aussi été conclus sous la
contrainte.
Cependant, Anne de Bretagne pose encore des conditions à ce deuxième mariage:
elle garde personnellement le titre de duchesse de Bretagne, Louis XII doit
garantir les libertés, les institutions et les coutumes du duché. A la
naissance de sa fille Claude de France, elle lui fait accepter le mariage de sa
fille avec Charles Quint, le fils de Maximilien d'Autriche. Mais Louis XII
comprend qu'ainsi le duché va lui échapper et rompt sa promesse, Claude de
France épousera le futur François Ier. Écœurée, Anne retourne en Bretagne où
elle finira ses jours le 9 janvier 1514.
Claude de France a un fils, le futur Henri II, et meurt en 1524. Le duché
revient au dauphin. François Ier, qui veut en finir avec cette situation
instable, obtient la réunion de la France et de la Bretagne le 4 août 1532 grâce
à moult prodigalités.
Grâce aux nombreuses conditions posées par Anne de Bretagne et Claude de
France, la Bretagne réussit à garder un statut particulier. Mais ces avantages
économiques sont parfois mal perçus par le reste de la population. La Bretagne
apparaît comme une province reculée, peuplée d'illettrés. Pourtant, la
Bretagne est la première province maritime de la France et son commerce de
toile (pour les navires) est florissant.
Les guerres de religions en Bretagne
De 1588 à 1598, la France vit l'horreur des guerres de religion, mais la guerre
qui secouera la Bretagne n'y est qu'indirectement liée. Le 24 août 1572 a lieu
le massacre de la saint Barthélemy, en Bretagne il ne fait qu'une victime: le
seigneur de Pont-l'Abbé
Sous prétexte d'éviter à la Bretagne d'être dirigée par un roi protestant
(Henri IV) Mercoeur, gouverneur de Bretagne, conspire contre la France et fait
alliance avec l'Espagne. Quelques accrochages ont lieu en Bretagne et de
nombreuses troupes armées, dont celle de La Fontenelle, se forment et ravagent
les campagnes.
Heureusement, la conversion de Henri IV et la signature de l'édit de Nantes
mettent fin à cette révolte. Mercoeur perd l'appui de l'Espagne et de ses
autres alliés. Il se soumet en 1598. Mais il laisse une Bretagne affaiblie et
en plein désarroi. On voit apparaître un néo-paganisme, les Bretons se
tournent vers leur ancienne religion. Pour combattre cette tendance, l'Église
leur envoie un grand nombre de prédicateurs, découvre de nouveaux saints et de
nombreux miracles, c'est l'époque du mysticisme breton et des plus beaux
calvaires.
La révolte des bonnets rouges
Cette révolte appelée aussi révolte du papier timbré fut l'une des plus
sanglantes de l'histoire de la Bretagne. En 1673, Colbert veut lever de nouveaux
impôts en Bretagne: la gabelle et le papier timbré (qui taxe tout document
officiel). Or, depuis l'union de la France et de la Bretagne en 1532, tout
nouvel impôt doit être accepté par les États généraux de Bretagne. Bien
sur, ceux-ci s'opposent à cette taxe supplémentaire mais Louis XIV passe
outre.
Les Bretons, dirigés par Sébastien Le Balp, entrent en rébellion. Le roi décide
alors d'envoyer des troupes en Bretagne, la révolte est cruellement réprimée,
on ne compte plus les exécutions sommaires et les pendaisons. Pour punir les
paysans en révoltes, certains iront même jusqu'à couper la pointe des
clochers.
Après ce coup dur, le roi décide de nommer un intendant en Bretagne. Le
premier sera Béchameil de Nointel qui dirigera la Bretagne de 1692 à 1705.
Mais il ne réussira pas à affaiblir les États généraux, et la Bretagne
restera une province privilégiée dans l'ordre fiscal jusqu'à la Révolution.
Pontcallek: dernier chevalier breton
A la mort de Louis XIV, la régence de Philippe d'Orléans ouvre une période de
libertinage et de faste dans la bonne société. Mais la situation n'est pas la
même en province, spécialement en Bretagne où la population de remet mal des
massacres perpétués pendant la révoltes des bonnets rouges.
C'est alors qu'entre en scène le marquis de Pontcallek. C'est un noble sans le
sou, qui vit de trafics divers. Il rêve d'une Bretagne libre et d'une république
aristocratique. Plus exalté que réaliste, il rassemble peu de partisans, mais
obtient le soutient des espagnols en 1719, choqués par les mœurs débauchées
du régent et abusés par une surévaluation de ses troupes. Le régent en est
plus amusé qu'inquiet mais l'abbé Dubois, son conseiller, cherche à signer
des accords avec l'Angleterre. Pour impressionner les Anglais, il fait croire
que les Espagnols sont sur le point de débarquer en Bretagne et que la
conspiration de Pontcallek est très importante. C'est ainsi que Pontcallek est
arrêté avec trois de ses partisans (peut-être les seuls). Il seront décapités
le 28 décembre 1719.
Célébré par Bertrand Tavernier dans Que la fête commence, il fut
peut-être l'un des derniers chevaliers bretons à se battre pour sa patrie. Il
y gagna un statut de martyr national devenant le sujet de nombreuses
complaintes.
Vers la Révolution
Louis XV accède au pouvoir et essaye de moderniser la Bretagne. Il lance de
grands travaux pour construire des routes, les paysans étant
"volontaires" pour y participer.
En 1764, une nouvelle affaire éclate en Bretagne. Les Jésuites qui sont très
puissants en Bretagne dirigent un grand nombre de collèges. Le Parlement
breton, plutôt janséniste, s'inquiète de cette grande influence et vote la
dissolution de l'ordre. Le rapport du procureur général, La Chalotais a un
succès immense auprès du public et sera même applaudi par Voltaire.
Mais le duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne, défend les Jésuites. Il va
plaider leur cause auprès de Louis XV. Le roi convoque les parlementaires à
Versailles et exile trois d'entre eux. Mais le Parlement refuse de se soumettre
et décide de démissionner. Louis XV fait alors arrêter La Chalotais et
disperse les autres conseillers dans différentes provinces. Le Parlement de
Paris réagit aussitôt en faveur de celui de Rennes et le roi doit s'en tenir là.
Le duc d'Aiguillon se retire en 1768, mais le prestige royal est bien entamé.
La Révolution peut commencer...
Vers 100000 av J-C: Peuplement généralisé de la Bretagne
Vers 4400 av J-C: Développement de l'agriculture
Vers VIe av J-C: Arrivée des Celtes
56 av J-C: Défaite des Vénètes, occupation de l'Armorique par César
Ve-VIe: Implantation des celtes de Cornouaille
799: Charlemagne annexe la Bretagne
845: Victoire des Bretons sur les Francs. Indépendance du Duché
IXe-Xe: Invasions normandes
1341-1365: Guerre de succession
XVe: Règne des Montfort, création de la première université bretonne
1491: Mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII
1499: Mariage d'Anne de Bretagne avec Louis XII
1532: Union de la Bretagne et de la France, mais le duché conserve ses privilèges
1675: Révoltes urbaines
1718: Complot auquel participe le marquis de Pontcallec ("Que la fête
commence")
1789: Les États de Bretagne disparaissent et les privilèges sont abandonnés
1793-99: Chouannerie
1870: Le camp de Conlie ("L'holocauste breton", Yann Brekilien)
1940-45: Résistance, et maquis dès 43. Libération peu après le débarquement
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