
Un peu de théorie
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Les anges sont omniprésents au Moyen Age. L'angélologie
est un sujet difficile à traiter, car la frontière qui le sépare des
superstitions populaires est mince. Pour éviter les dérives
superstitieuses, on réduit le nombre d'anges officiellement reconnus,
en éliminant, au VIIIe siècle, les anges apocryphes. L'archange Uriel,
pourtant soutenu par l'éminent Isodore de Séville, est ainsi sacrifié.
Les anges sont cependant utilisés pour canaliser le polythéisme et les
croyances locales, en offrant un substitut. Ci-contre, fresque de la crypte de Notre Dame de Bayeux |
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St Grégoire définit neuf "chœurs"
(c'est-à-dire catégories) d'anges : les séraphins, les chérubins et
trônes, les dominations, les puissances et vertus, les principautés,
les archanges et les anges. Il avance l'idée que les hommes justes
remplacent au ciel les anges déchus. |
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Au XIe siècle, St Anselme accepte l'idée de remplacement des anges déchus par des hommes mais n'admet pas que la chute des anges soit la cause de la création de l'homme. L'homme a été créé pour lui-même. D'autres théologiens soulignent l'importance des anges : pour St Bernard, Hildegarde Von Bingen, ils préparent à la vision divine. Ils s'opposent à une tendance rationaliste qui fait de l'ange une simple allégorie.
Le rôle des anges
Le rôle donné aux anges est vaste et a évolué avec les époques :
- la puissance active : les anges sont d'abord invoqués pour leur puissance active, comme l'étaient les divinités païennes. Cette tendance s'estompe avec la limitation du nombre d'anges officiellement reconnus, vers le VIIIe siècle.
- l'ange modèle : le monachisme bénédictin renforce la dévotion aux anges en faisant de la vie angélique, qui privilégie la contemplation et la célébration, le modèle de la vie monastique. Vers les XIII-XIVe siècles, l'imitation du Christ l'emporte sur l'imitation des anges comme modèle monastique.
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Ci-dessus, la lutte de Jacob contre un ange, médaillon de St Jean de Lyon |
- l'ange initiateur et messager : lorsque l'ange perd une partie de sa puissance active, c'est au profit d'une relation plus fraternelle avec les hommes. Il est un initiateur qui révèle des mystères à ceux qu'il visite et qui ne se montre qu'aux meilleurs. Le mot ange vient d'ailleurs du latin angelus, transcription de aggelos qui, signifie messager en grec. Les anges apparaissent dans de nombreux épisodes célèbres. Durant le Haut Moyen Age, les scènes les plus valorisées sont les épisodes vétérotestamentaires comme le sacrifice d'Isaac par Abraham (Gn 22, 11-13), l'échelle de Jacob (Gn 28, 11-13), la lutte de Jacob avec l'ange (Gn 32, 24-29), les annonces aux prophètes... |
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- l'ange lumineux et musicien : au XIIIe siècle, on observe une nouvelle insistance sur la lumière et la hiérarchie des anges, avec l'idée d'une approche graduelle de la lumière. Les anges forment une cohorte lumineuse et souvent musicale. - l'ange gardien individuel : le XIIe siècle est celui de la "découverte" de l'individu. Les anges gardiens individuels apparaissent à cette période, avec la multiplication des images de dévotion personnelles. Progressivement, l'ange gardien l'emporte sur l'ange messager de Dieu. Les anges gardiens sont une exhortation au perfectionnement et laissent penser à une omniprésente surveillance divine. Ils répondent à une angoisse du salut : l'ange est présent près du lit du mourant dans les arte moriendis. Il est un guide au moment de la mort et protège le mourant contre le diable. - l'ange protecteur collectif : ce mouvement prend corps en Aragon au XIVe siècle. Chaque cité célèbre son ange et les villes s'identifient à la Jérusalem céleste, protégée par des anges et des archanges. Le culte des anges a ici un caractère défensif. Ci-contre, un séraphin (détail du St François d'Assise de Giotto, Louvre) |
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- l'humanisation des anges : au XIIIe siècle, on assiste à un processus d'humanisation des anges (ainsi que du Christ et de la Vierge). En parallèle avec le développement de la piété mariale, les traits des anges deviennent de plus en plus féminins et enfantins. La figure de l'ange traduit une évolution de la société vers une valorisation de la douceur et de la féminité. La hiérarchie céleste s'estompe.

