Histoire d'Abraham

Abraham, descendant de Noé, est le premier monothéiste et le premier patriarche. Il aurait vécu entre le XXe et le XVe siècle avant JC. C'est une figure centrale pour les trois religions que sont le christianisme, le judaïsme et l'islam. Sur l'ordre de Dieu, il quitte sa patrie (Ur, en Chaldée), puis Harran, où il s'était arrêté, pour parcourir le pays de Canaan, semant sur son passage des autels en l'honneur de son Dieu. Parti avec son neveu Loth, il se sépare de celui-ci, qui prend la direction de Sodome et Gomorrhe. Loth est capturé et Abraham livre une bataille pour le délivrer. Sa victoire est saluée par Melchisédech, roi et prêtre, qui lui apporte du pain et du vin (préfiguration de l'eucharistie).

Saint Georges de Boscherville, chapiteau de la salle capitulaire, Dieu ordonne à Sarah et Abraham de partir pour Canaan.

Dieu lui promet une postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et lui donne cette terre de Canaan. Son épouse Sarah étant stérile, il prend comme seconde épouse une servante, Agar, qui lui donne un premier fils, Ismaël, alors qu'il a 86 ans. Treize ans plus tard, il reçoit de Dieu l'ordre de se circoncire (et avec lui tous les hommes de sa tribu). Dieu lui annonce alors que sa femme Sarah va enfanter et que Sodome et Gomorrhe vont être détruites. Abraham demande la grâce des deux cités. Mais faute de pouvoir trouver dix hommes justes, sa demande reste vaine et seul son neveu Loth est sauvé avec sa famille.

Abraham subit encore plusieurs épreuves : Dieu lui ordonne notamment de procéder au sacrifice de son fils Isaac (celui que lui a donné Sarah). Cependant, ayant prouvé sa crainte de Dieu par son obéissance, un ange intervient pour sauver l'enfant et lui substituer un animal. Avant de mourir, Abraham donne une dotation à Ismaël et lègue tout le reste à Isaac.

Sacrifice d'Isaac, ébrasement du portail de Saint Servais, à Maastricht (gauche) et chapiteau de Autun (droite)

Iconographie

L'art roman et gothique fait appel à un nombre limité d'épisodes. La rencontre avec Melchisédech est parfois représentée (fresques de Saint Savin sur Gartempe), mais toujours de façon assez discrète. De façon anecdotique, on trouve à Saint Georges de Boscherville un chapiteau montrant Dieu qui ordonne à Sarah et Abraham de partir vers Canaan (voir Histoire d'Abraham).

Le sacrifice d'Isaac

Mais l'épisode qui domine très largement la sculpture est celui du sacrifice d'Isaac : on le trouve sur de nombreux chapiteaux romans et dans les ébrasements des portails gothiques. La scène est toujours la même : Abraham empoigne son fils, couteau brandi, pour l'égorger.

Senlis, portail de la façade occidentale

Un ange l'interrompt, retenant son bras. Souvent l'animal qui remplace Isaac est également représenté (socle des statues dans les ébrasements, par exemple).

Ci-dessus, musée du Louvre, pièce provenant de Notre Dame de la Couldre, Parthenay, Deux Sèvres

A gauche, Saint George de Boscherville
A droite, Conques

Quelques mots sur Isaac

Isaac, second patriarche, épouse Rébecca, qui lui donne Jacob et Esaü. C'est un personnage biblique quelque peu effacé, si l'on compare sa place à celle de son père et de son fils. Le principal épisode qui lui reste attaché est celui de son sacrifice par Abraham. Dans la littérature rabbinique, Isaac n'est plus un enfant lors de cet épisode mais un homme qui se laisse sacrifier par son père, préfigurant ainsi le sacrifice du Christ. Mais c'est bien sous les traits d'un enfant que l'iconographie chrétienne l'a peint.

Sacrifice d'Isaac, ébrasement du portail nord de Chartres

Le sein d'Abraham

L'autre thème fréquemment représenté n'a pas sa source dans l'histoire même d'Abraham. Il a trait à l'iconographie du Jugement dernier : il s'agit de l'iconographie du sein d'Abraham.
Les limbes des Patriarches doivent normalement accueillir les Justes qui n'ont pas pu être sauvés par le sacrifice du Christ car ils sont morts avant. Ce concept est inventé tardivement (tout comme le purgatoire), pour adoucir la terrible partition entre enfer et paradis et remédier à ce qui semblait être une injustice.

Voussure de Saint Denis, portail central de la façade occidentale

Pourtant, le plus souvent, Abraham n'apparaît pas en marge du Paradis (les limbes ne sont pas le paradis), mais au centre de celui-ci. L'image du sein d'Abraham fait donc partie intégrante de l'iconographie du paradis, indépendamment du concept de limbe. L'image se retrouve aussi bien dans l'art roman que dans l'art gothique.

Les tympans gothiques relèguent souvent Abraham dans les voussures, mais il arrive néanmoins qu'il soit directement intégré dans le tympan (à Bourges, Reims, par exemple). La représentation classique le montre assis, recevant dans un tissu les âmes des justes. D'autres patriarches (Isaac et Jacob) trônent parfois à ces côtés pour l'aider dans sa mission.

Ci-dessus, tympan de Conques


A gauche, voussures de Notre-Dame de Paris


A droite, imposte de Saint Trophime d'Arles