Historique
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En
1050, Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, épouse
Mathilde de Flandres. Leurs liens de parenté rendent
leur mariage irrégulier aux yeux de l'Eglise. Le pape
Léon IX condamne donc leur union. A ce motif officiel
s'ajoute la crainte de l'Eglise de voir unies deux grandes puissances
: la Flandre et la Normandie (les Normands installés
en Sicile ayant déjà menacé la papauté).
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C'est pour obtenir le pardon pontifical que les deux époux s'engagent
à fonder deux abbayes. Il faudra attendre le pontificat de Nicolas
II pour obtenir gain de cause en 1059. En 1060, Mathilde fonde l'abbaye
aux Dames. Trois ans plus tard, Guillaume fonde l'abbaye aux Hommes. En
1066, lors de la consécration de l'abbaye aux Dames, une des filles
du couple, Cécile, est consacrée au monastère, inaugurant
un recrutement très aristocratique des moniales. L'abbaye aux Hommes
est, quant à elle, consacrée en 1077.
| Après
la conquête de l'Angleterre, les abbayes bénéficient
de l'enrichissement du duché de Normandie (octroi de terres conquises).
Grâce à l'abbé Lanfranc de Pavie, moine bénédictin
(également nommé évêque de Canterbury), l'abbaye
aux Hommes devient un foyer intellectuel important, notamment avec la création
de l'école de Caen. A leur mort (1083 pour Mathilde et 1087 pour
Guillaume), les deux fondateurs sont inhumés dans leurs abbayes respectives. |
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En 1417, la guerre de
Cent Ans épargne de justesse les deux abbayes. Les caennais souhaitaient
en effet détruire les tours pour empêcher que celles-ci servent
la domination des anglais sur la ville. C'est grâce à la trahison
d'un moine qui livre les abbayes à l'ennemi que celles-ci sont sauvées.
Les guerres de religion
sont l'occasion de pillages (profanation des tombeaux de Mathilde et Guillaume).
L'église St Etienne est ensuite abandonnée. La tour lanterne
s'effondre sur le chœur,
entraînant des restaurations au début du XVIIe siècle.
Le régime de la commende,
en vigueur depuis 1485 dans l'abbaye aux Hommes seulement, est supprimé
pour permettre une reprise en main par la congrégation de Saint
Maur (en 1663). Commence alors une nouvelle période de prospérité
qui connaît son apogée au XVIIIe siècle. Les bâtiments
conventuels des deux abbayes sont reconstruits.
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En 1790, St Etienne devient une église paroissiale.
La Ste Trinité est désaffectée. Napoléon Ier
crée ensuite un lycée (lycée impérial puis lycée
Malherbe) dans l'abbaye aux Hommes. Le sort de l'abbaye aux Dames est différent.
Napoléon en fait d'abord un "dépôt de mendicité",
c'est-à-dire un centre où l'on enferme les mendiants jusqu'à
ce qu'ils consentent à mourir. En 1823, l'abbaye est investie par
les sœurs de la Madeleine de St Augustin qui la transforment en Hôtel-Dieu,
puis en hospice (en 1908). De nouvelles restaurations sont menées
à bien.
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En 1944, les deux abbayes sont occupées par la Croix
rouge. Signalées aux alliés, elles ne sont donc pas bombardées
(alors que la ville de Caen est par ailleurs très touchée).
Après la guerre, l'abbaye aux Hommes retrouve sa fonction de lycée,
jusqu'en 1961. En 1965, les bâtiments conventuels sont transformés
en hôtel de ville. En 1983, l'abbaye aux Dames est rachetée
par le Conseil régional de Basse-Normandie qui s'y installe en 1986,
après restauration.
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Visite intérieure
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La
nef comporte huit travées (après un narthex d'une travée).
Son élévation est à trois niveaux. L'étage des tribunes
est presque aussi haut que celui des grandes arcades : le
mur disparaît presque dans la largeur des baies. Les fenêtres
hautes sont coupées en deux par une colonne. Tous les arcs
sont en plein cintre, à double rouleau.
Le voûtement est sexpartite (XIIIe siècle) et repose en
alternance sur des piles fortes et faibles. Dans les bas-côtés,
les voûtes d'arêtes originales ont été remplacées par
des voûtes d'ogives. La galerie des tribunes est voûtée
en demi-berceau. |
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La
croisée du transept est illuminée par une tour lanterne. A
la base de la tour, on trouve, sur chaque côté, des
ensembles de trois arcades aveugles en plein cintre,
reposant sur de robustes colonnes. Au-dessus, huit baies
donnent de la lumière.
Les croisillons du transept sont assez courts (une travée
et une absidiole). Les murs de fond sont essentiellement
occupés par de larges tribunes (au-dessus des absidioles)
soutenues par une pile centrale. |
Au
nord, la tribune est occupée par une grande horloge. Au
sud, le mur plein est surmonté de deux arcades aveugles. Le
dessous de la tribune est voûté d'arêtes. Le reste des
croisillons est voûtés d'ogives.
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Le
chœur gothique date du XIIIe siècle. Dans les quatre travées
droites du chœur, les arcs brisés des lancettes géminées
du triforium s'inscrivent dans des arcs en plein cintre
semblables à ceux de la nef. Les grandes arcades ont leurs
arcs ornés de motifs géométriques caractéristiques des
écoles normandes (romanes ou gothiques). Elles sont séparées
par des oculi polylobés et dentelés. Les fenêtres hautes
à deux lancettes sont devancées par un réseau de trois
arcades et surmontées de voussures à motifs géométriques.
Le rond-point, à sept pans, est éclairé par des fenêtres
hautes à lancettes simples. Les baies des tribunes
comprennent toujours deux arcades géminées, mais celles-ci
sont plus étroites et plus hautes. Surmontées par un
oculus quadrilobé, elles sont couvertes par un arc de décharge
brisé et non plus en plein cintre. |
Le
sanctuaire est enserré par un déambulatoire qui ouvre sur
sept chapelles rayonnantes.
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Visite
extérieure
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La
façade de l'église saint Etienne
de Caen est assez austère. La hauteur des tours
donnent une impression d'étroitesse. St Etienne de
Caen est le prototype de la façade harmonique. Les
trois portails
de la façade sont séparés par d'épais contreforts.
La décoration, si l'on excepte les tympans modernes,
est d'une grande sobriété. Seules les voussures sont
ornées de motifs géométriques. Le portail central
est surmonté de deux niveaux de trois baies en plein
cintre et d'un petit pignon. Au-dessus des portails
latéraux on ne trouve qu'une baie à chaque niveau.
Les tours ont trois niveaux. |
| Le
premier niveau est orné sur chaque face de sept
étroites bandes lombardes. Les cinq baies qui
décorent le second niveau sont un peu plus larges. De
plus, elles sont séparées par des colonnettes. Les
deux baies centrales sont ouvertes. Au dernier niveau,
deux larges baies groupent des arcades géminées. Le
tout est couvert par une flèche octogonale ornée de
clochetons (octogonaux au nord, triangulaires au sud).
La flèche nord (82 mètres) est plus haute de deux
mètres que la tour sud. |
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Le chevet, du
XIIIe siècle, est extrêmement élégant.
L'étagement des trois niveaux du chœur, du
déambulatoire et des chapelles rayonnantes est
harmonieux. On trouve de petits arcs-boutants entre
les premier et second niveaux. De plus, l'ensemble
est agrémenté de tourelles. On en trouve deux
petites au dernier niveau, reliées par un arc à
deux plus grandes tourelles qui prennent naissance
au niveau des chapelles rayonnantes.
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Le
système de contrebutement du chevet est donc tout à
fait original. Les grandes tourelles sont à quatre
niveaux. Après deux niveaux percés seulement de
meurtrières, on voit un étage orné de baies
étroites et aveugles, puis un niveau de baies
ouvertes, couvert par une flèche à quatre pans.
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La répartition des
bâtiments conventuels adopte un plan en H
perpendiculaire à l'église. L'aile des moines se
trouve à l'est du cloître, celles des hôtes à
l'ouest. Comme dans l'abbaye aux Dames, les bâtiments
actuels datent du XVIIIe et ne sont pas exceptionnels.
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