Historique
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L'abbaye de Fontfroide est située dans le massif des Corbières,
près d'un torrent. C'est à cette source d'eau fraîche
(fons frigida) qu'elle doit son nom. Les armes de l'abbaye représentent
d'ailleurs une fontaine. A son apogée, elle possédait 24
granges et 30 000 hectares de terres.
L'abbaye est fondée en 1093 sur des terres données par
Aymeric II, vicomte de Narbonne. En 1144, Fontfroide est rattachée
à l'abbaye bénédictine
de Grandselve. Un an plus tard, lors du passage de St Bernard dans la
région, Grandselve demande son affiliation à Cîteaux,
dans la filiation de Clairvaux. En 1146, Fontfroide est à son tour
rattachée à Cîteaux. Protégée par la
noblesse de Narbonne, de Toulouse et de Béziers, elle prospère
et essaime à son tour. On trouve dans sa filiation, entre autres,
le monastère de Poblet en Catalogne (1149) et celui de Valbonne
(1242).
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Fontfroide devient une citadelle de l'orthodoxie dans la lutte
contre les cathares. Deux
de ses moines, frère Raoul et Pierre de Castelnau, deviennent légats
du pape en 1203, pour combattre (par la parole) l'hérésie.
Pierre de Castelnau est assassiné en 1208 : cet événement
déclenche la croisade.
Vers 1252 débute un conflit avec Aymeric de Narbonne qui engage des
travaux à proximité de l'abbaye dans l'espoir de trouver une
mine d'argent. Les travaux perturbent les moines et suscitent des bagarres
avec les ouvriers. Refusant de céder, Aymeric finit par être
excommunié.
L'abbaye connaît en 1334 son heure de gloire avec l'élection
de son abbé Jacques Fournier au siège pontifical sous le nom
de Benoît XII. Neveu d'Arnaud Nouvel, légat du pape au procès
des Templiers, on lui doit la construction du Palais des papes à
Avignon.
La richesse de l'abbaye finit par faire des envieux, d'autant plus que la
discipline observée par les moines se relâche.
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L'abbaye est prise dans la tourmente du
Schisme
d'Occident (1378). D'abord partisans de l'anti-pape Clément
VII, les moines de Fontfroide s'attirent l'ire d'un autre anti-pape, Benoît
XIII, qui met leurs biens sous séquestre jusqu'à l'arrivée
d'un troisième anti pape, Jean XXIII, qui les leur restitue.
On entre dans l'abbaye par une cour
d'honneur. Le bâtiment de style renaissance abrite l'aile des convers
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Un autre scandale éclate au milieu du XVe siècle : l'abbé
Pierre Ferrer est expulsé par le chapitre général et
reprend possession de l'abbaye par les armes. Il résiste à
toutes les sommations jusqu'à sa mort en 1454. Peu de temps après,
en 1476, l'abbaye passe sous le régime de la commende.
Le nombre de religieux chute. Fontfroide perd son titre d'abbaye et est
rattachée à l'évêché de Perpignan en 1764.
En 1791, le monastère est vendu, mais pas détruit. Au XIXe,
des travaux de restauration sont effectués, puis l'abbaye est rachetée
en 1858 par les cisterciens de Sénanque.
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Quelques moines s'y installent sous la direction du Père Jean
: c'est le dernier abbé de Fontfroide, qui meurt en 1895. Deux
nouveaux acquéreurs, Gustave et Madeleine Fayet, profitent de la
loi sur les congrégations de 1901 pour faire de Fontfroide un lieu
culturel prisé, après quelques restaurations
La cour Louis XIV (grand cour) permet d'accéder
aux bâtiments des moines.
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L'église
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Elle
date de la fin du XIIe siècle. Longue de 51 mètres, ses voûtes
atteignent 20 mètres de haut. Contrairement à la
tradition, la construction a commencée par la nef.
La
nef comporte cinq travées. L'élévation
ne comporte qu'un niveau d'arcades légèrement brisées. La
nef est voûtée en berceau brisé.
Côté
sud de l'église
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La
voûte est renforcée par des doubleaux retombant sur des
colonnes géminées qui descendent jusqu'à des consoles
situées à deux mètres du sol.
Dans les collatéraux, éclairés par des fenêtres en plein
cintre, la voûte est en demi-berceau. Au XIVe siècle, des
chapelles latérales ont été ajoutées au niveau du collatéral
sud. Le revers de la façade occidentale est percé des deux
baies et d'une rose.
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A
la croisée du transept s'élève un clocher hexagonal,
dont la base est, à l'extérieur, percée de baies géminées.
Le transept, légèrement saillant, a deux croisillons
d'une travée chacun. Il date des années 1230-40. Dans le
croisillon sud, on trouve la tourelle d'escalier qui
permet d'accéder au clocher. Dans le croisillon nord,
l'escalier mène au dortoir. Deux chapelles s'ouvrent dans
chacun des croisillons : une absidiole et une chapelle
carrée qui sépare l'absidiole du chœur. Au niveau de
l'absidiole sud, on trouve une chapelle du XIIIe siècle.
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Les
absidioles, comme l'abside centrale sont voûtées en cul de
four (voûtes d'ogives dans les travées droites), tandis
que les chapelles carrées sont voûtées en berceau.
L'abside est éclairée par trois étroites baies en plein
cintre. Dans le mur qui comble la différence de niveau
entre la voûte de la nef et celle de l'abside, on trouve
une fenêtre à cinq lancettes.
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La
toiture est composée de dalles posées à même les voûtes.
Dans l'angle nord-est, on trouve un petit clocher hexagonal
à deux étages, ornées de baies en plein cintre.
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Le
cloître et les bâtiments conventuels
Le
cloître
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La
construction du premier cloître s'étend de 1180 à
1210. La partie basse du cloître date encore de
cette époque mais de nombreux remaniements ont
été effectués dans la seconde moitié du XIIIe
siècle. Les galeries, qui comportent quatre baies,
ne sont pas uniformes.
Galerie
nord-ouest
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On
trouve des baies composées d'une simple arcade
brisée. D'autres sont faites de quatre arcades
cintrées (galerie et sud). Certaines galeries
mêlent les deux. Les remplages sont percés d'un
grand oculus ) ou de plusieurs petits.
Galeries
sud-est
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Les
arcades retombent sur des colonnes géminées en
marbre, dont les chapiteaux sont ornés de motifs
végétaux. L'aile nord a été refaite entre le XVIIe
et le XVIIIe siècle.
Galerie
sud
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L'aile
orientale ouvre sur la sacristie et sur une belle
salle capitulaire (ci-contre). On pénètre dans cette
dernière par une porte en plein cintre flanquée de
deux baies de même forme. La salle, qui comporte
trois vaisseaux de trois travées, est voûtée de
boudins toriques.
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Le
dortoir
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Le
dortoir des convers (ci-contre) est une grande salle
voûtée en un berceau brisé dont l'arc descend
jusqu'au sol. La pièce est éclairée par deux
baies cintrées. Le dortoir des moines est
identique.
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Les
réfectoires
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Refait
au XVI-XVIIe siècles, le réfectoire des moines
présente la particularité d'être parallèle au
cloître au lieu de lui être perpendiculaire, comme
c'est habituellement le cas. Le réfectoire des
convers, situé au sud-ouest, comporte cinq travées
voûtées d'ogives, avec des arcs doubleaux qui
retombent à un mètre du sol. Ce réfectoire donne
sur la ruelle des convers, un passage voûté en
demi-berceau qui permettait aux convers d'aller
directement à l'église, sans perturber les moines
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Les
latrines
Comme
à Royaumont, les latrines se situaient au-dessus d'un
cours d'eau (en l'occurrence, le torrent) couvert par
une voûte en berceau.
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