L'éducation des enfants au Moyen Âge 

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Les structures familiales

Ces cours sont des fiches faites à partir de : Didier LETT et Danièle ALEXANDRE-BIDON, 

Les enfants au Moyen Âge, Ve-XVe siècles, Hachette, collection «Vie quotidienne», 1997.

Voir Martin Aurell, «Le triomphe du mariage chrétien», in L'Histoire, n° 144, mai 1991, pages 18-23.

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La sacralisation du mariage 

La réforme grégorienne

Comme les laïcs et les ecclésiastiques sont séparés sur le plan de la sexualité, la réforme grégorienne entraîne une redéfinition du statut du mariage : il faut attendre la fin du XIeme siècle pour que, dans une noblesse française coutumière des adultères, des répudiations et des mariages consanguins, l'Église impose son modèle de mariage.

Divers points sont codifiés avec la réforme grégorienne; ce sont les tribunaux ecclésiastiques (les officialités) qui sont juges des affaires matrimoniales.

Les théologiens affirment avec force que le consentement des deux contractants est nécessaire pour établir la légitimité du mariage.

Les canonistes s'en prennent également aux mariages incestueux, auxquels ils donnent une définition très large : à partir du VIIIeme siècle, l'interdiction du mariage entre consanguins s'étend jusqu'au septième degré de la computation germanique. Le concile de Latran IV (1215) ramène l'interdiction du mariage au quatrième degré, pour éviter les trop nombreuses répudiations faites jadis par les nobles sous prétexte de consanguinité.

Ce concile impose également la publication des bans, c'est-à-dire la proclamation solennelle du mariage quelques jours avant sa célébration, afin d'éviter les mariages clandestins.

Les coupables de polygamie ou de divorce sont excommuniés. Le mariage, à l'image du Christ et de l'Église, doit être unique et indissoluble.

La lutte contre la contraception 

L'Église s'oppose à tous les procédés qui tentent de contrarier la nature, divine par essence. Les méthodes contraceptives antiques ne disparaissent pas pour autant de la société du haut Moyen Âge, en particulier dans les milieux aristocratiques où les femmes, sans doute vivement encouragées par leurs époux, tentent de limiter leur descendance pour éviter que l'héritage ne s'émiette.

Cependant, au haut Moyen Âge les pratiques de contraception sont peu efficaces. Il faut attendre le XIIeme siècle pour que des techniques contraceptives gréco-romaines et arabes se répandent en Occident grâce aux traductions réalisée à Tolède. Elles ne permettent toutefois qu'un contrôle très réduit des naissances, ce qui pousse les couples à utiliser d'autres méthodes : usages condamnés et hygiène sexuelle (respect des interdits et continence).

L'élargissement de la famille après la crise du XIVeme siècle

Une démographie d'«ancien régime»

Parce que c'est la finalité du mariage et qu'il existe peu de moyens contraceptifs efficaces, le nombre de naissances est très élevé. Devant la faiblesse des sources, il est impossible de procéder à une estimation précise de la fécondité et de la natalité du haut Moyen Âge. Les seules mentions du nombre d'enfants émanent presque toujours du milieu aristocratique, et témoignent d'une forte natalité. Mais parallèlement beaucoup d'enfants meurent.

En nous appuyant sur des données démographiques plus tardives mais qui peuvent s'appliquer à la période médiévale, on considère que le taux de mortalité des enfants de moins d'un an est de l'ordre de 20 à 30% : en moyenne, trois enfants sur dix meurent avant un an, et presque autant avant l'âge de la puberté. Ainsi, c'est à peine un enfant sur deux qui pourra procréer. Il faut attendre le XIeme siècle pour que les conditions démographiques et économiques étant meilleurs, la population de l'Occident s'améliore sensiblement.

La forte mortalité infantile s'explique d'abord par le manque d'hygiène, la malnutrition et l'absence de médecine efficace. La dysenterie et la fièvre sont les deux principaux fléaux qui touchent les nourrissons. 

Familles biologiques et recomposées

Les historiens ont longtemps opposé les «familles larges» de type patriarcal du haut Moyen Âge aux familles «conjugales» des siècles suivants. Cette conception est aujourd'hui remise en cause : la famille nucléaire est en effet largement attestée dans les premiers siècles médiévaux. Aux XIIeme et XIIIeme siècles, la famille étroite apparaît encore plus nettement qu'avant au sein de la parenté. Il faut être prudent cependant, car les différences régionales sont fortes en ce qui concerne cette réduction de la taille de familles, mais le mouvement semble être assez général.

Si aujourd'hui l'éclatement de la cellule familiale se fait essentiellement pour cause de divorce, au Moyen Âge, dans la très grande majorité des cas, elle est la conséquence de le mort d'un des parents. On peut estimer que 30 à 40% des enfants ne vivent pas toute leur enfance avec leurs deux géniteurs. En d'autres termes, plus du tiers des enfants vivent dans une famille recomposée, Cette «circulation» de l'enfant médiéval est renforcée par le fosterage, la mise en nourrice ou en apprentissage, les séparations de couple ou l'abandon. Les coutumiers du XIIIeme siècle consacrent toujours de très nombreux chapitres au droit de bail ou de garde des enfants, préoccupation juridique qui atteste sans doute un phénomène massif.

L'évolution du bas Moyen Âge

Après un beau XIIIeme siècle, les deux cents ans qui suivent sont frappés par des bouleversements auxquels la structure familiale n'échappe pas : c'est la famille en miettes des grandes épidémies de peste, à l'entraide momentanément rompue par la peur de la contagion. Pourtant, à l'issue de ce désastre démographique, rien n'a fondamentalement changé : les enfants, à en croire les images qui se multiplient au XVeme siècle, sont tout autant aimés et protégés. Les textes ne démentent pas cette situation. La littérature pédagogique, qui a connu un renouveau inégalé au XIIIeme siècle, s'enrichit de nouveau au XIVeme siècle avec l'humanisme italien. La puériculture, déjà fixée antérieurement au XIIIeme siècle, se perfectionne, les berceaux se font plus confortables.

Avec les crises du Moyen Âge, une part de la famille ancienne retrouve un rôle important : les oncles ou les grands-parents se substituent aux parents disparus, le frère adulte assume souvent ses sœurs restées célibataires, et il lui incombe de recueillir sa mère, si elle le souhaite, à son foyer, ou de lui procurer des moyens d'existence. Enfin, la vie de famille dure plus longtemps que jamais, du moins pour les garçons qui restent souvent au foyer jusqu'à l'approche de la trentaine. Il faut entendre le modèle de la famille conjugale au sens large, incluant tous les enfants, y compris d'origine extérieure (bâtards, esclaves dans les régions méditerranéennes).