Être une femme au Moyen Age

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Si vous devez utiliser ce texte, veuillez nommer sa source : Grands Personnages de l'HISTOIRE de FRANCE, édition Hachette : n°3 - 1988

Pastoureaux et pastourelles en train de danser. (XVe siècle)

Une femmes maquillée va tout droit en enfer

Ange ou démon ? Le Moyen Age ne cesse de s'interroger sur la place à leur donner dans la société.

Le siècle de Jeanne d'Arc est celui de la première "Querelle des femmes" qui oppose les misogynes aux champions de l'amour courtois. Pour les uns, une "honnête femme est aussi rare qu'un cygne noir", selon la formule de Jean de Meung, auteur de la seconde partie du célèbre Roman de la Rose (1280). Pour les autres, les dames sont les inspiratrices des plus nobles vertus. 

La tradition chevaleresque des siècles précédents revit dans cet ordre de "L'Écu vert à la Dame blanche" que fonde en 1399 le maréchal Boucicaut pour "défendre les dames envers et contre tous dans leurs justes querelles".

Un chevalier en grande tenue héraldique de Geoffrey Luttrell (vers 1320). British Museum

Dames de la noblesse honorant de leur présence le départ d'un chevalier. 

(XIVe siècle, le chevalier est Sir Geoffrey Luttrel, dans le psautier du même nom)

Récolte des glands pour donner aux cochons, en novembre.

 (image de la fin du XVe siècle)

L'année suivante, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, préside à la création de la fameuse "cour d'Amour" qui débat de casuistique amoureuse et se réunit à la Saint-Valentin pour un tournoi poétique en l'honneur des dames. Ces initiatives restent cependant sans grande prise sur la réalité de l'époque. La foule se rassemble pour voir passer le cortège du "prince d'Amour et de ses galants musiciens", mais la "vénération" des dames demeure lettre morte pour le peuple comme pour les bourgeois. 

La poétesse Christine de Pisan (qui meurt à peu près en même temps que Jeanne d'Arc) est la première "féministe" à dénoncer l'inégalité des sexes. Ainsi, elle soutient que "si la coutume était de mettre les filles à l'école, elles comprendraient subtilités d'art et de science comme il faut".

Les hommes entretiennent les femmes dans une ignorance dont ils osent ensuite se gausser ! Tout le savoir d'une femme doit se borner à tenir une maison et à obéir à son époux. Deux choses sont essentielles pour elle : "la salvation de l'âme et la paix du mari" ; la première passe d'ailleurs par la seconde car seules les femmes soumises gagnent le Paradis !

Il faut se méfier des séductions de la mode et éviter d'attirer les regards. Pas de décolleté trop hardi, de corsage ajusté ou de hennin démesuré ! Dans la rue elle doit marcher "la tête droite, les paupières basses, la vue droit devant soi quatre toise et à bas terre, sans regarder homme ou femme qui soit à droite ou à gauche" ! Ces préceptes austères ne sauraient malgré tout dissimuler une relative liberté des mœurs. Une femmes maquillée est "damnée sans rémission"., tandis que celle qui avoue avoir "dix ou douze fois couché avec son écuyer" ne risque que le Purgatoire !

Pour conjurer le péril féminin, la société médiévale reprend la tradition du "harem" islamique et du "gynécée" grec. La "chambre des dames", au plus secret de la maison, est un domaine réservé, jalousement gardé par une veuve de la parenté (et non l'épouse du maître de maison, souvent trop jeune).

Le temps se passe en travaux d'aiguille. Seuls les hommes de la famille y ont accès. Ils y viennent après souper se faire masser, peigner ou épouiller. Entre la paysanne accablée de besognes et d'enfants et l'épouse d'un commerçant aisé, l'abîme est immense. C'est au nom de toutes cependant que l'humaniste Jean de Montreuil fait dire à l'une de ses héroïnes : "Ainsi nous, femmes innocentes, nous serons toujours maudites par ces hommes qui se croient tout permis, et au-dessus des lois, tandis que rien ne nous est dû (...) Nous ne sommes pas des compagnes mais des captives ou des esclaves achetées... Ils sont sévères pour les autres et indulgents pour soi : ce sont des juges iniques".