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Figure
de Proue :
Richard
Cœur de Lion

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Présentation
Richard 1er, dessin du XIVème
siècle, provenant d’une chronologie
Aucun autre Roi , que Richard Ier , dit " Cœur de Lion "
n’a autant frappé les esprits de son siècle.
Poète, chevalier,
rebelle, homme
de guerre, grand stratège, croisé, roi, il a tout été et demeure l’archétype
du roi-chevalier du Moyen Age.
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Naissance et filiation :
1157
Richard
naquit à Oxford, probablement au palais de Beaumont, dans la nuit du 8
septembre 1157. Son père Henry II, Roi d’Angleterre, Duc de Normandie,
Comte d’Anjou et, par son mariage, Duc d’Aquitaine, est à la tête d’un
empire qui s’étend des frontières écossaises aux Pyrénées.
Sa mère, Aliénor d’Aquitaine, épouse
d’Henry II en secondes noces, est l’être le plus fascinant du couple
royal. La succession au trône est totalement assurée avec Henry le Jeune,
le frère aîné de 3 ans, et Richard. Elle aura encore deux autres fils,
Geoffroy et, le dernier, Jean, né en 1167.


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Enfance et éducation :
1157-1169
Le centre de
l’empire était l’Anjou. Henry II, né au Mans, est mort à Chinon et a été
inhumé à Fontevrault. Aussi Richard ne grandit pas en Angleterre, mais il
n’est pas non plus élevé à la cour de son père. En effet, après la
naissance de Jean, en 1167, Henry et Aliénor, vivent séparément. Aliénor
établit sa cour sur ses terres à Poitiers, avec Limoges une des capitales
traditionnelles des ducs d’Aquitaine . Il vit entouré d’une cour raffinée
où se côtoient les plus fins lettrés, les troubadours les plus célèbres et
les meilleurs musiciens. Aliénor hante les rêves des poètes et des
compositeurs :
" Le monde serait il
tout mien
de la mer au Rhin
que je donnerais
tout
Si la Reine
anglaise
était mienne un seul
jour "
Richard est élevé comme un grand seigneur,
les jeux de l’esprit lui sont familiers, il écrit les langues d’oc et
d’oil (le français et le limousin), et parle si bien le Latin qu’il peut
faire des plaisanteries latines aux dépens de l’archevêque de Canterbury,
moins instruit. Mais il s’initie aussi aux disciplines de la chevalerie,
monter et combattre à cheval, et à l’art de la guerre en participant aux
tournois.
 Aliénor et sa
Cour

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Richard,
nouveau Duc d’Aquitaine : 1169-1172

Adoubement du chevalier. Illustration provenant du
roman de Girard de Roussillon. Les écuyers placent les éperons aux
chevilles du nouveau chevalier, pendant que le roi boucle son ceinturon.
Le chevalier joint ses mains en signe d’allégeance au roi, qu’il reconnaît
comme son seigneur.

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Révolte et soumission :
1173-1177
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En mars
1173, à Limoges, Henry II convoque ses barons en assemblée et, là,
coup de théâtre, Henri le Jeune, frère aîné de Richard, se dresse
contre l’autorité paternelle. Quelques jours plus tard, avec Richard
et Geoffroy, il se retrouve à la cour de Louis VII, à Paris. Les
trois frères font prendre les armes à tous les barons du Poitou et
de l’Aquitaine contre leur père. Une année riche en événements se
déroule. Mais Henri II est le plus fort. Le 8 juillet 1174, Aliénor
qui tentait de rejoindre ses fils, est arrêtée par une patrouille
d’Henri. Elle restera prisonnière de son époux jusqu’à la fin de son
règne.
Le 30
septembre, les enfants rebelles se soumettent. Là, le caractère
déroutant de sa personnalité se révèle. Alors qu’il avait soulevé
l’ensemble des grands feudataires poitevins et aquitains contre
Henry II, il va devenir leur principal adversaire, pour, désormais
allié de son père, les faire rentrer dans l’ordre
" Plantagenêt ".
C’est
dans cette guerre, qu’il développe d’étonnants talents de stratège
et de meneur d’hommes. En 1177, il écrase la révolte des Barons, en
écrasant les mercenaires brabançons à Barbezieux (Charente), et en
emportant de haute lutte le Château de Limoges. A la même époque, il
fait prisonniers 2500 routiers qui mettaient à sac le Limousin et
les mène à Aixe sur Vienne, près de Limoges. Là, il fait couper la
tête à un tiers d’entre eux. Le second tiers est noyé dans la Vienne
et on perce les yeux du dernier tiers. Ces hommes sont ensuite
dispersés sur les routes, pour proclamer la grandeur de la sévère
justice de Richard. C’est à cette époque que Bertran de Born, le
surnommera " oc et no " soulignant cette capacité à
prendre d’un jour à l’autre des décisions contraires.

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Geoffroy, frère de Richard (émail du musée du
Mans)

Procession du couronnement de
Richard Ier , (" Chronique d’Angleterre " de Jean de
Wavrin, écrite pour Édouard IV, à Bruges, à la fin du XVème
siècle).Richard est peint marchant sous un dais,
flanqué de deux archevêques, et précédé par une châsse et le Lord
portant sa
couronne.
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Richard, roi d’Angleterre, part pour la Croisade :
1183 - 1189

Ce frontispice représentant le
couronnement d’un roi d’Angleterre, provient d’une Apocalypse écrite au
milieu du XIVème siècle et visible à l’abbaye de Saint-Augustin de
Canterbury.Cette oeuvre montre le Roi couronné, assis sur le trône, tenant
son sceptre et un globe.
En juin 1183, une soudaine
attaque de dysenterie, change sa situation. Son frère aîné Henri le Jeune,
âgé de 27 ans, meurt. Richard devient héritier du trône
d’Angleterre.
En 1184, Richard croise le
fer pour la première fois avec l’homme qui deviendra le plus sûr allié de
Philippe Auguste : Jean, le cadet des frères angevins. Henry II avait
espéré que Richard laisserait l’Aquitaine à Jean. Mais Richard a refusé
car il avait passé son enfance et son adolescence en Aquitaine, soumettant
la province à sa volonté et n’était pas prêt à l’abandonner. Richard garda
son duché et Jean devint " Jean sans Terre ".
Le 6 juillet 1189, à Chinon,
Henry II meurt. Le 20 juillet Richard est investi du duché de Normandie,
et le 3 septembre, à Westminster, il est couronné Roi d’Angleterre.
Aliénor triomphe.
Le 11 décembre, il
s’embarque pour la croisade et rencontre Philippe Auguste quelques jours
plus tard pour organiser le départ. Le 7 août 1190, il quitte Marseille
et, le 24 septembre, atteint Messine, en Sicile, où Philippe l’a
précédé.

Un hiver
en Sicile : 1190-1191
Richard et Philippe se rencontrent, l’atmosphère semble
chaleureuse. Les vents défavorables ne permettent pas de lever l’ancre
pour la Terre Sainte et le séjour sicilien se prolonge.
Le 2 Février 1191
une violente altercation oppose les deux rois.
Jeanne, la
sœur de
Richard, jeune et très désirable veuve de Guillaume de Sicile, enflamme le
cœur du roi de France. Richard ne le tolère pas. Les brouilles se
développent et s’amplifient tout au long de ce séjour forcé. Enfin le 30
Mars Philippe Auguste quitte Messine le jour même où Aliénor y arrive
accompagnée de Bérengère de Navarre, fille du roi Sanche, future épouse de
Richard.

Les
croisades 1191-1192

Chronique de Saint-Denis : la trahison des Sarrazins
De charitables chevaliers donnent
l'aumône à des
mendiants, ne soupçonnant pas derrière eux des soldats armés.
En Avril , Richard
s’embarque avec Bérengère. Ils abordent en Crète et le 9 Mai ils sont à
Chypre où, le 12 Mai lors de leur mariage à Limassol, Bérengère est
couronnée reine d’Angleterre. Richard se rend maître de l’île et, le 5
Juin, appareille pour Saint Jean d’Acre laissant le pouvoir à deux
chevaliers chargés d’administrer Chypre en son nom.
Le 12 Juillet, les musulmans
qui défendaient Acre se rendent et les Croisés y font avec Richard une
entrée triomphale. Mais les intrigues se nouent, les jalousies
s’exacerbent et Philippe Auguste annonce son départ. Lusignan et
Montferrat s’opposent sur la dévolution du Royaume de Jérusalem. Le 20
Août alors qu’une entrevue est fixée entre les Croisés et les émissaires
de Saladin pour un échange de prisonniers et la reddition de la vraie
Croix, Richard exaspéré par le retard des musulmans fait exécuter les 2700
captifs.
En Septembre, Richard bat
Saladin à Arsouf. Il reprend contact avec l’ennemi et lors d’une très
cordiale entrevue avec Malik el Adil, frère de Saladin, il lui propose
d’épouser sa sœur, la belle Jeanne. Ainsi serait définitivement résolu le
problème des Lieux Saints : le prince musulman et l’ex-reine de
Sicile règneraient sur la région côtière en résidant à Jérusalem. Les
chrétiens continueraient à dire la messe au Saint Sépulcre alors que les
musulmans prieraient dans leurs mosquées.
Ce projet n’aboutit pas. Richard installe
Gui de Lusignan comme roi de Chypre, bat Saladin devant Jaffa après avoir
renoncé à marcher sur Jérusalem. Le 2 Septembre est conclu le traité de
Jaffa entre les deux héros de la troisième croisade , Richard et Saladin.
Désormais les Chrétiens peuvent librement se rendre en pèlerinage sur tous
les Lieux Saints et un état Franc est créé s’étendant de Tyr à
Jaffa.
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 Caravane, pèlerins musulmans sur le chemin de la
Mecque (Ecole de Bagdad).
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Portrait de Saladin, défenseur de l'Islam.
(Ecole Fatimide). |
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 Saladin représenté avec un visage de diable et des
pieds de dragon. (Psaultier de Luttrell 1340)
Joute entre deux chevaliers : l'un portant les armes
de Richard l'autre avec une tête de Sarrazin sur son
bouclier. |
 Les
arabes et les chrétiens à la bataille. (Chronique d'Alphonse de
Castille)
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Retour
et captivité 1192-1194.
L’heure est maintenant au
retour car, malgré la vigilance d’Aliénor, les barons Aquitains et
Poitevins encouragés par le Roi de France s’agitent et Jean sans Terre
prend goût au pouvoir. Le 9 Octobre 1192, Richard s’embarque à Chypre.
Après une navigation chaotique qui l’amène à rebrousser chemin de
Marseille à Corfou puis Raguse où il débarque avec une poignée de
compagnons. Hélas il est sur les terres de son ennemi le plus
irréductible, Léopold, duc d’Autriche. Ce dernier est prévenu et Richard
est arrêté sans aucun ménagement et jeté dans un cul de basse fosse comme
un vulgaire bandit de grand chemin. Au bout de quelques mois de ce régime
particulièrement sévère il est transféré de Durnstein à Trifels sur les
terres de l’Empereur Henri VI. L’Europe entière est au courant au grand
scandale de la papauté qui voit d’un très mauvais oeil un croisé être
emprisonné par des Chrétiens. Mais rien n’y fait, d’ailleurs l’ensemble
des souverains voilent à peine leur satisfaction de voir enfin Richard
neutralisé. Seule Aliénor se démène et négocie la rançon de son fils
qu’elle apporte elle-même à l’Empereur à Cologne. Le 2 Février 1194,
Richard est enfin libéré.


Retour et
mort de Richard,1194-1199.
Le 13
Mars, Richard est en
Angleterre où il remet de l’ordre dans son royaume, puis passe en
Normandie et en Aquitaine où il arrête net les visées de Philippe Auguste
sur ses possessions continentales.
Le 13 Janvier 1199 une trêve
de 5 ans est conclue entre les deux rois, Richard est enfin libre de
régler certains comptes restés en suspens. Celui qui est particulièrement
visé s’appelle Adhémar. Il est vicomte de Limoges et fut l’un des moins
zélés de ses vassaux à participer à la collecte de sa rançon et aussi l’un
des moins fidèles puisque aujourd’hui encore les archives de France
conservent le traité secret de l’alliance du vicomte avec le roi de France
contre son suzerain de droit : Richard.
L’heure avait sonné de
mettre son vassal au pas. La légende dit qu’on avait trouvé à Châlus un
fabuleux trésor de 12 statues d’or et que Richard vint sur place pour
revendiquer cette fabuleuse découverte. La vérité est beaucoup plus
simple : Adhémar doit être châtié et le château de Châlus est le
verrou qui donne accès à Limoges. D’autre part, à moins de 15 kilomètres,
se trouvent les plus importantes mines d’or de France, encore exploitées
aujourd’hui. Le vicomte de Limoges devait sans doute soigneusement oublier
de remettre à son suzerain son dû. Il faut peut-être voir là l’origine de
la légende.
Quoiqu’il en fut, Richard,
accompagné du sinistre Mercadier son routier et chef de guerre favori,
arrive avec une centaine d’hommes pour prendre Châlus le 25 Mars 1199. Dés
le lendemain, il repère les lieux. L’ensemble de la garnison, une poignée
d’hommes d’armes et leur famille, trente à trente cinq personnes, se
réfugient dans le grand donjon cylindrique. Ils craignent pour leur vie
d’autant plus que Richard et Mercadier ont proclamé haut et fort qu’il n’y
aurait pas de quartier pour ces félons. Ils savent qu’ils ne seront pas
secourus, ils savent aussi qu’on ne se rebelle pas contre son suzerain.
Ils sont dans le plus total désespoir. Un des chevaliers barricadés dans
ce formidable donjon a une arbalète. Son nom est Pierre Basile. Il voit à
ses pieds un petit groupe de cavaliers. Exaspéré, et pour les faire fuir,
sans même viser, il lâche son trait d’arbalète, le carreau vole et vient se
ficher à la base du cou d’un des cavaliers qui se dresse fièrement sur ses
étriers pour complimenter le tireur sur son adresse.
Richard était atteint, il
descend de cheval, s’assoit sur un rocher pour qu’on examine la blessure
et, persuadé de sa bénignité, revient à son camp. Mais on ne peut extraire
le fer, l’infection gagne, Richard comprend que sa fin est proche. Il
pardonne aux défenseurs de Châlus et à Pierre Basile en particulier à qui
il lègue une somme d’argent. Sa mère bien aimée, Aliénor, accourt de
Fontevrault pour recueillir les dernières volontés de son
fils : " que mon corps soit enterré à Fontevrault, mon
cœur dans ma cathédrale de Rouen, quant à mes entrailles qu’elles restent
à Châlus ".
Ainsi mourut à Châlus en
Limousin le plus emblématique roi du Moyen- Age. Le Limousin et
l’Aquitaine venaient de perdre l’un des leurs, qui maniait si
magnifiquement la langue d’Oc qu’il était devenu l’égal par son talent des
plus grands troubadours. Le défenseur des Arts, le musicien, le parfait
chevalier n’était plus, avec lui s’achevait ce douzième siècle glorieux
dont on allait, des siècles durant, regretter la fin.

A gauche, Richard languissant en prison en Allemagne,
à droite Richard mortellement blessé à l'épaule par un arbalétrier devant
Châlus.

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