L'Europe dans le Moyen Age : 

     Les royaumes Barbares   

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Si vous devez utiliser ce texte, veuillez mentionner sa source : TOUT L'UNIVERS - HACHETTE, 1982 volume 5

A la fin du Ve siècle, les Goths ont pris possession de l'Italie. 

En 476, l'un de leurs chefs Odoacre, roi des Hérules, a déposé le dernier empereur d'Occident. Mais en 488 il est lui-même chassé par Théodoric, roi des Ostrogoths, qui règnera pendant plus de trente ans sur la péninsule. 

Pourtant, l'entente avec les rudes envahisseurs et le population romanisée vaincu n'était pas acquise ! 

Avec une grande intelligence politique, Théodoric entreprend de fusionner les traditions des Goths et les lois, la culture et les techniques des Romains.

Pour cela, il confie son gouvernement à des nobles et des hommes de loi latin, et il favorise l'élite romaine. 

Ainsi naît une civilisation nouvelle, "romano-barbare", que symbolise bien l'essor de Ravenne, la capitale.

La formation de l'Europe

La gigantesque migration de peuples barbares vers l'Occident romains, conséquence de l'avancée des Huns, a bouleversé la carte de l'Europe.

A la place de l'Empire d'Occident, définitivement disparu, de nouveaux royaumes se sont formés.

Après le pillage de Rome en 410, les Wisigoths reprennent leur marche vers l'ouest, occupent l'Espagne et le sud-ouest de la Gaule. Les Vandales, qui les avaient précédés en Espagne(encore aujourd'hui, le nom de la province espagnole la plus méridionale, l'Andalousie ou Vandalousie, témoigne de leur passage), traversent la Méditerranée et s'installent en Afrique du Nord.

Durant ce même Ve siècle, les Angles et les Saxons envahissent la Bretagne; les Burgondes occupent une partie de la Gaule centrale : c'est la Bourgogne.

Au nord-est du pays des Burgondes se trouve le pays des Alamans, de l'Alsace à l'Autriche. Les Francs, eux, s'installent au nord et à l'est, dans la Gaule belgique. L'Italie est occupée par les Ostrogoths. Quand aux régions situées plus au nord et à l'est, elles étaient depuis bien longtemps occupées par les Barbares.

Comment allait s'opérer la fusion entre l'héritage romain et l'apport des nouveaux conquérants ?

LA BRETAGNE ET LA GAULE

La terre des Angles

En Bretagne, la population était généralement satisfaite de la domination romaine. Pourtant, il y avait des mécontents, notamment parmi les petits propriétaires terriens. Durant les décennies de domination romaines, ceux-ci avaient été peu à peu contraints d'abandonner leurs terres aux grands propriétaires patriciens et se trouvaient réduits à l'état de salariés, de métayers (c'est-à-dire des paysans partageant la récolte avec le propriétaire de la terre) et parfois même de "chômeurs".

Ces mécontents, désormais nombreux, devinrent les précieux alliés des Barbares lorsque ceux-ci commencèrent à défier Rome en occupant les villes et les terres britannique.

Au IIIe siècle, quelques légions suffisaient à maintenir l'ordre en Bretagne. Petite ferme de la Bretagne romaine, avec ses enclos destinés à parquer le bétail. Il n'en était plus de même au siècle suivant. Du nord déferlaient en hordes les Pictes, que César, quelques siècles auparavant, avait péniblement défaits. A l'est et au sud débarquaient des pirates venus de Scandinavie et de Germanie. A l'ouest et au nord-ouest, les Celtes du pays de Galles, les Gaëls partis d'Irlande, les Scots ou Écossais, dont les descendants, aujourd'hui encore, sont fiers de leurs lointaines origines, soumettaient les riches cités romaines à une terrible pression.

En l'an 400, les représentants de l'Empire en Bretagne réclamèrent des renforts à l'empereur. Ce dernier, le jeune Honorius, après avoir demandé conseil à ses généraux, répondit : "L'Empire tout entier est dans la tourmente; que les Britanniques s'aident eux-mêmes de leur mieux."

Il n'est pas surprenant qu'un chroniqueur de l'époque, Béda, ait noté dans ses Mémoires : "Depuis l'an 409, les Romains ne gouvernent plus la Bretagne."

Peu après arrivèrent les nouveaux maîtres : Les Jutes, les Angles et les Saxons.

La naissance de l'Angleterre

Ce qui suscitait la convoitise des peuples barbares, c'était la richesse de la Bretagne romaines : les palais aux fenêtres vitrées et au chauffage central, les luxueuses villae, les terres fertiles, les ateliers de tissage de la laine, etc.

Attaqué en même temps par les Scots et les Pictes, le chef britannique Vortigern demanda l'aide de quelques tribus du nord de la Germanie. Angles et Saxons répondirent avec empressement à cet appel et débarquèrent en Bretagne vers 450. Ils repoussèrent les Scots et les Pictes, occupèrent les villes et les terres les plus fertiles. Ils avaient ouvert la route à d'autres Luxueuse villa de la Bretagne romaine. Elle produisait tout ce qui était nécessaire à ses nombreux habitants.Germains, dont les Jutes, qui franchirent la Manche et poursuivirent l'occupation du pays. Les Bretons romanisés résistèrent pendant près d'un siècle, mais furent définitivement défaits par les Angles en 577, près de Durham. Les Celtes du pays de Galles se retirèrent dans leurs montagnes. La Bretagne devint la terre des Angles ou Angleterre.

 D'autres Bretons, venus de Cornouaille, au sud de l'Angleterre cherchèrent refuge dans la région de Gaule qui prit dès lors le nom de Bretagne. Là, ils se mélangèrent avec la population de souche celtes. En définitive, au VIe siècle, les villes, les routes, la langue apportées par les Romains avaient presque disparu. L'Angleterre germanisée était en train de naître.

Les Francs en Gaule

La Gaule était la province la plus cultivée et la plus riche de l'Occident romain. Avec l'affaiblissement des défenses impériales, elle tomba elle aussi aux mains des peuples barbares. Le Sud-ouest fit partie du royaume des Wisigoths. La Provence fut occupée par les Ostrogoths. Peu à peu, le Centre-est devint le pays des Burgondes, un des rares peuples barbares convertis au catholicisme (en général, les autres suivaient ce que l'o, appelait l'hérésie arienne, selon laquelle Jésus n'était pas vraiment Dieu). Le Nord-est fut occupé vers le milieu du Ve siècle par les Francs. D'abord divisés en Francs saliens et Francs ripuaires, ils furent unifiés par un chef énergique, Clovis Ier, qui étendit la domination franque sur la Gaule entière.

LES ROYAUMES GOTHS

Wisigoths et Ostrogoths s'établirent dans la partie centrale de l'ancien Empire -l'Italie, la France du Sud - ainsi qu'en Espagne. Aussi n'est-il pas étonnant que ces peuples se soient romanisés plus rapidement et plus profondément que ceux qui étaient installé dans les régions périphériques de l'Empire.

Les Wisigoths d'Espagne

Après avoir pillé Rome en 410, les Wisigoths ou Goths "Sages" poursuivirent leur route vers l'ouest et occupèrentCasque et croix d'orfèvrerie barbare. Exécutés avec des feuilles d'or et de pierres précieuses enchâssées. tout le sud de la Gaule (448). Puis ils entreprirent la conquête de l'Espagne, où étaient déjà installés plusieurs peuples germains : les Vandales, les Suèves et les Alains. En 484, les Wisigoths occupaient les trois quarts de la péninsule Ibérique, ayant réussi à repousser les Vandales en Afrique du Nord, tandis que les Suèves et les Alains étaient refoulés dans les régions occidentales, qui forment aujourd'hui la Galice et le Portugal. Mais les Goths ne purent se maintenir en Gaule. Battus par le chef franc Clovis à Vouillé, en 507, les Wisigoths durent évacuer l'Aquitaine et Toulouse, la capitale du royaume, dès lors fixée à Barcelone puis Tolède.

Un royaume fragile

Les Wisigoths chrétiens, mais ariens, furent d'abord en butte à l'hostilité des populations catholiques de la péninsule. La fusion entre les deux peuples, autour de la monarchie des Goths ne se réalisa qu'après la conversion des conquérants au catholicisme. Les souverains s'entourèrent de ministres latins. Le VIIe siècle vit l'épanouissement d'une civilisation wisigoth-latine, aussi bien dans le domaine des lois, des arts que dans celui des sciences; une grande figure , l'évêque Isidore de Séville, un des hommes les plus érudits de son époque, symbolise bien cet essor. Mais les souverains wisigoths ne surent pas préserver leur indépendance face à l'Église. Ils furent poussés par les évêques à persécuter les juifs d'Espagne, qui étaient nombreux.

De plus pour s'assurer l'appui des Romains, encore puissants par leur richesses et leur culture, ils favorisèrent les riches au détriment des pauvres. Cela n'empêchait nullement la noblesse latine d'intriguer contre les souverains. Il n'est donc pas étonnant qu'après deux siècles de présence la domination des Wisigoths restât fragile. Lorsque les Arabes envahirent le royaume, en 711, bien peu  prirent les armes pour le défendre.

Les Ostrogoths en Italie

Confié par son père, roi des Ostrogoths, en otage à l'empereur d'Orient, le jeune Théodoric reçut une éducation classique : il apprit à parler couramment le latin et le grec, et put bénéficier de l'enseignement des meilleurs maîtres en gymnastique et en art militaire. Après la mort de son père, il passa quinze ans à guerroyer contre un autre chef Goth qui se posait en rival et à harceler les armées de l'empereur. Celui-ci, qui l'avait déjà couvert de titres (consul), magister), essaya de l'éloigner de Constantinople. Il détourna son ambition vers l'Italie, lui laissant le soin de s'y tailler un royaume en chassant les Barbares qui y étaient installés.

En 488, Théodoric pénétra en Italie où régnait alors Odoacre, chef des Hérules, qui avait déposé en 476 le dernier empereur romain d'Occident et renvoyé les insignes impériaux à l'empereur d'Orient. Il vainquit l'armée d'Odoacre à Vérone et assiégea ensuite son adversaire dans sa capitale, Ravenne. Le siège dura trois ans. Forcé de capituler, Odoacre accepta une trêve. Théodoric l'invita à un banquet. Là, au mépris des coutumes du temps, il le fit traîtreusement assassiner par des guerriers (493).

Théodoric était désormais le seul maître de l'Italie. A la péninsule, il joignit la Sicile et les autres possessions des Ostrogoths : la Rhétie, la Norique, l'Illyrie et la Pannonie,, c'est-à-dire les territoires qui forment aujourd'hui la Yougoslavie et l'Autriche. En 508, il occupa même la Provence.

Placé à la tête de cet immense royaume, il pouvait avoir l'ambition de faire renaître l'Empire d'Occident.