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La
formation de l'Europe
La
gigantesque migration de peuples barbares vers l'Occident romains,
conséquence de l'avancée des Huns, a bouleversé la carte de
l'Europe.
A
la place de l'Empire d'Occident, définitivement disparu, de
nouveaux royaumes se sont formés.
Après
le pillage de Rome en 410, les Wisigoths reprennent leur marche vers
l'ouest, occupent l'Espagne et le sud-ouest de la Gaule. Les
Vandales, qui les avaient précédés en Espagne(encore aujourd'hui,
le nom de la province espagnole la plus méridionale, l'Andalousie
ou Vandalousie, témoigne de leur passage), traversent la Méditerranée
et s'installent en Afrique du Nord.
Durant
ce même Ve siècle, les Angles et les Saxons envahissent la
Bretagne; les Burgondes occupent une partie de la Gaule centrale :
c'est la Bourgogne.
Au
nord-est du pays des Burgondes se trouve le pays des Alamans, de
l'Alsace à l'Autriche. Les Francs, eux, s'installent au nord et à
l'est, dans la Gaule belgique. L'Italie est occupée par les
Ostrogoths. Quand aux régions situées plus au nord et à l'est,
elles étaient depuis bien longtemps occupées par les Barbares.
Comment
allait s'opérer la fusion entre l'héritage romain et l'apport des
nouveaux conquérants ?

LA
BRETAGNE ET LA GAULE
La
terre des Angles
En
Bretagne, la population était généralement satisfaite de la
domination romaine. Pourtant, il y avait des mécontents, notamment
parmi les petits propriétaires terriens. Durant les décennies de
domination romaines, ceux-ci avaient été peu à peu contraints
d'abandonner leurs terres aux grands propriétaires patriciens et se
trouvaient réduits à l'état de salariés, de métayers
(c'est-à-dire des paysans partageant la récolte avec le
propriétaire de la terre) et parfois même de
"chômeurs".
Ces
mécontents, désormais nombreux, devinrent les précieux alliés
des Barbares lorsque ceux-ci commencèrent à défier Rome en
occupant les villes et les terres britannique.
Au
IIIe siècle, quelques légions suffisaient à maintenir l'ordre en
Bretagne. Il n'en était plus de même au siècle suivant. Du nord
déferlaient en hordes les Pictes, que César, quelques siècles auparavant,
avait péniblement défaits. A l'est et au sud débarquaient des
pirates venus de Scandinavie et de Germanie. A l'ouest et au
nord-ouest, les Celtes du pays de Galles, les Gaëls partis
d'Irlande, les Scots ou Écossais, dont les descendants, aujourd'hui
encore, sont fiers de leurs lointaines origines, soumettaient les
riches cités romaines à une terrible pression.
En
l'an 400, les représentants de l'Empire en Bretagne réclamèrent
des renforts à l'empereur. Ce dernier, le jeune Honorius, après
avoir demandé conseil à ses généraux, répondit : "L'Empire
tout entier est dans la tourmente; que les Britanniques s'aident
eux-mêmes de leur mieux."
Il
n'est pas surprenant qu'un chroniqueur de l'époque, Béda, ait
noté dans ses Mémoires : "Depuis l'an 409, les Romains ne
gouvernent plus la Bretagne."
Peu
après arrivèrent les nouveaux maîtres : Les Jutes, les Angles et
les Saxons.
La naissance de l'Angleterre
Ce
qui suscitait la convoitise des peuples barbares, c'était la
richesse de la Bretagne romaines : les palais aux fenêtres vitrées
et au chauffage central, les luxueuses villae, les terres
fertiles, les ateliers de tissage de la laine, etc. Attaqué
en même temps par les Scots et les Pictes, le chef britannique
Vortigern demanda l'aide de quelques tribus du nord de la Germanie.
Angles et Saxons répondirent avec empressement à cet appel et
débarquèrent en Bretagne vers 450. Ils repoussèrent les Scots et
les Pictes, occupèrent les villes et les terres les plus fertiles.
Ils avaient ouvert la route à d'autres Germains,
dont les Jutes, qui franchirent la Manche et poursuivirent
l'occupation du pays. Les Bretons romanisés résistèrent pendant
près d'un siècle, mais furent définitivement défaits par les
Angles en 577, près de Durham. Les Celtes du pays de Galles se
retirèrent dans leurs montagnes. La Bretagne devint la terre des
Angles ou Angleterre. D'autres
Bretons, venus de Cornouaille, au sud de l'Angleterre cherchèrent
refuge dans la région de Gaule qui prit dès lors le nom de
Bretagne. Là, ils se mélangèrent avec la population de souche
celtes. En définitive, au VIe siècle, les villes, les routes, la
langue apportées par les Romains avaient presque disparu.
L'Angleterre germanisée était en train de naître.
Les
Francs en Gaule
La
Gaule était la province la plus cultivée et la plus riche de
l'Occident romain. Avec l'affaiblissement des défenses impériales,
elle tomba elle aussi aux mains des peuples barbares. Le Sud-ouest
fit partie du royaume des Wisigoths. La Provence fut occupée par
les Ostrogoths. Peu à peu, le Centre-est devint le pays des
Burgondes, un des rares peuples barbares convertis au catholicisme
(en général, les autres suivaient ce que l'o, appelait l'hérésie
arienne, selon laquelle Jésus n'était pas vraiment Dieu). Le Nord-est
fut occupé vers le milieu du Ve siècle par les Francs. D'abord
divisés en Francs saliens et Francs ripuaires, ils furent unifiés
par un chef énergique, Clovis Ier, qui
étendit la domination franque sur la Gaule entière.
LES
ROYAUMES GOTHS Wisigoths
et Ostrogoths s'établirent dans la partie centrale de l'ancien
Empire -l'Italie, la France du Sud - ainsi qu'en Espagne. Aussi
n'est-il pas étonnant que ces peuples se soient romanisés plus
rapidement et plus profondément que ceux qui étaient installé
dans les régions périphériques de l'Empire. Les Wisigoths d'Espagne Après
avoir pillé Rome en 410, les Wisigoths ou Goths "Sages"
poursuivirent leur route vers l'ouest et occupèrent
tout le sud de la Gaule (448). Puis ils entreprirent la conquête de
l'Espagne, où étaient déjà installés plusieurs peuples germains
: les Vandales, les Suèves et les Alains. En 484, les Wisigoths
occupaient les trois quarts de la péninsule Ibérique, ayant
réussi à repousser les Vandales en Afrique du Nord, tandis que les
Suèves et les Alains étaient refoulés dans les régions
occidentales, qui forment aujourd'hui la Galice et le Portugal. Mais
les Goths ne purent se maintenir en Gaule. Battus par le chef franc Clovis
à Vouillé, en 507, les Wisigoths durent évacuer l'Aquitaine et
Toulouse, la capitale du royaume, dès lors fixée à Barcelone puis
Tolède. Un
royaume fragileLes
Wisigoths chrétiens, mais ariens, furent d'abord en butte à
l'hostilité des populations catholiques de la péninsule. La fusion
entre les deux peuples, autour de la monarchie des Goths ne se
réalisa qu'après la conversion des conquérants au catholicisme.
Les souverains s'entourèrent de ministres latins. Le VIIe siècle
vit l'épanouissement d'une civilisation wisigoth-latine, aussi bien
dans le domaine des lois, des arts que dans celui des sciences; une
grande figure , l'évêque Isidore de Séville, un des hommes les
plus érudits de son époque, symbolise bien cet essor. Mais les
souverains wisigoths ne surent pas préserver leur indépendance
face à l'Église. Ils furent poussés par les évêques à
persécuter les juifs d'Espagne, qui étaient nombreux. De
plus pour s'assurer l'appui des Romains, encore puissants par leur
richesses et leur culture, ils favorisèrent les riches au
détriment des pauvres. Cela n'empêchait nullement la noblesse
latine d'intriguer contre les souverains. Il n'est donc pas
étonnant qu'après deux siècles de présence la domination des
Wisigoths restât fragile. Lorsque les Arabes envahirent le royaume,
en 711, bien peu prirent les armes pour le défendre.
Les Ostrogoths en Italie
Confié
par son père, roi des Ostrogoths, en otage à l'empereur d'Orient,
le jeune Théodoric reçut une éducation classique : il apprit à
parler couramment le latin et le grec, et put bénéficier de
l'enseignement des meilleurs maîtres en gymnastique et en art
militaire. Après la mort de son père, il passa quinze ans à
guerroyer contre un autre chef Goth qui se posait en rival et à
harceler les armées de l'empereur. Celui-ci, qui l'avait déjà
couvert de titres (consul), magister), essaya de l'éloigner de
Constantinople. Il détourna son ambition vers l'Italie, lui
laissant le soin de s'y tailler un royaume en chassant les Barbares
qui y étaient installés. En
488, Théodoric pénétra en Italie où régnait alors Odoacre, chef
des Hérules, qui avait déposé en 476 le dernier empereur romain
d'Occident et renvoyé les insignes impériaux à l'empereur
d'Orient. Il vainquit l'armée d'Odoacre à Vérone et assiégea
ensuite son adversaire dans sa capitale, Ravenne. Le siège dura
trois ans. Forcé de capituler, Odoacre accepta une trêve.
Théodoric l'invita à un banquet. Là, au mépris des coutumes du
temps, il le fit traîtreusement assassiner par des guerriers (493). Théodoric
était désormais le seul maître de l'Italie. A la péninsule, il
joignit la Sicile et les autres possessions des Ostrogoths : la
Rhétie, la Norique, l'Illyrie et la Pannonie,, c'est-à-dire les
territoires qui forment aujourd'hui la Yougoslavie et l'Autriche. En
508, il occupa même la Provence. Placé
à la tête de cet immense royaume, il pouvait avoir l'ambition de
faire renaître l'Empire d'Occident.
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