|
|
|
Le 12 juillet
1790, à Paris, l'Assemblée constituante adopte la «Constitution civile du Clergé».
Ce document causera la ruine de la Révolution inaugurée
un an plus tôt.
Les députés français avaient nationalisé le 10 octobre 1789 les biens de l'Église sur
une proposition de Talleyrand, évêque d'Autun, dans le désir de remédier à la crise
financière qui étranglait le royaume. Ils avaient par ailleurs dissous les ordres
religieux le 13 février 1790.
Ces réformes avaient été accomplies sans en référer au pape.
Elles n'étaient, il est vrai, guère plus audacieuses que celles de l'empereur Joseph II
en Autriche, au début de la même décennie, et avaient été plutôt appréciées par
les catholiques français et le clergé, fort d'une centaine de milliers de personnes, qui
souhaitaient de tout leur cœur une réforme de l'Église.
Mais dans la foulée, les députés veulent mettre l'Église de France en harmonie avec
les nouvelles institutions nationales.
C'est ainsi qu'un «comité ecclésiastique» rédige la Constitution civile
du Clergé et la soumet à l'Assemblée.
Le document abroge le Concordat conclu en 1516 entre le roi François 1er et les
représentants du pape.
La carte religieuse est calquée sur la carte administrative avec un diocèse par
département (83 au total) au lieu de 135 précédemment, aux contours parfois
extravagants.
L'État s'engage à appointer les évêques et les curés. Il fixe des niveaux de
traitements d'ailleurs tout à fait convenables. 50.000 livres pour l'évêque
métropolitain de Paris, 20.000 livres pour les autres évêques, 1200 à 6000 livres pour
les curés.
Plus ennuyeux, les évêques et les curés doivent être désignés par les électeurs de
leur paroisse ou de leur diocèse, que ces électeurs soient catholiques, athées,
protestants, voltairiens,... Le pape n'a plus d'avis à donner sur ces nominations.
Les curés et les évêques sont invités à prêter «en présence des
officiers municipaux, du peuple et du clergé, le serment d'être fidèle à la nation, à
la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution».
C'est le triomphe du gallicanisme, un courant de pensée vivace dans la haute société
française depuis... Philippe le Bel.
Le roi Louis XVI sanctionne (approuve) le décret le 24 août 1790, après avoir beaucoup
hésité et contre l'avis du pape Pie VI, qui se refuse à toute discussion.
Le 27 novembre, enfin, l'Assemblée exige du clergé le serment de fidélité à la
Constitution civile du clergé... La moitié des curés et tous les évêques sauf 4 s'y
refusent! C'est la rupture entre les catholiques et la Révolution.
|
|