Mots d'Histoire

Etoile

Le Moyen Âge

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Clovis

(466-511)

«Depone colla, Sigamber» (en bas latin)
«Dépose tes colliers, Sicambre» (traduction française)

Ces mots auraient été prononcés par l'évêque de Reims, Rémi, à l'instant de baptiser Clovis, roi des Francs. L'évêque signifiait de la sorte que le fier Sicambre (autre nom donné aux Francs) devait renoncer aux amulettes des païens. La formule est fréquemment exposée comme suit: «Courbe la tête, o fier Sicambre; adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré».

Etoile

«Souviens-toi du vase de Soissons» (en français)

Selon le chroniqueur Grégoire de Tours, un soldat franc avait reçu à Soissons un vase de culte qui faisait partie du butin consécutif au pillage de Reims. Mais Clovis, qui désirait faire plaisir à l'influent évêque de la ville, Rémi, lui avait demandé de le restituer. De dépit, le soldat avait frappé de sa francisque le vase qui s'en trouva cabossé. Clovis avait ravalé sa rage et récupéré le vase. Mais plus tard, reconnaissant le soldat lors d'une revue d'armes, il lui reproche une tenue négligée et jette ses armes à terre. Le soldat se baisse pour les ramasser. Clovis, alors, lève sa hache et frappe l'homme en prononçant la phrase ci-dessus.

Hugues Capet

(941-996)

_ Qui t'a fait comte?
_ Qui t'a fait roi?


Ce brutal dialogue, probablement imaginaire, aurait été tenu vers 990 par Hugues Capet, nouvellement élu roi des Francs sous le nom de Hugues Ier, et l'un de ses vassaux récalcitrants, Adalbert de Périgord, qui refusait de lever le siège de Tours. Il témoigne à tout le moins de la fragilité de la dynastie capétienne à ses débuts (Gabriel Vital-Durand).

Louis VI le Gros

(1081-1137)

«On ne prend pas le roi aux échecs!»

Fière parole prêtée à Louis VI le Gros lors de la bataille de Brémule, le 20 août 1119, contre les Anglo-Normands de Henri Ier. Sans écouter Montmorency qui devait être fait prisonnier, «Louis VI, poussé par la chevalerie du Vexin et n'écoutant que son courage, se jeta sur les Anglais, comme toujours à corps perdu» (A. Luchaire). Au plus fort du combat, le roi se tira de justesse d'un mauvais pas en lançant le cri ci-dessus, avant de fendre le crâne de l'archer qui croyait le tenir... Il abandonna tout de même sa bannière puis son destrier, avant de se réfugier aux Andelys (G V-D).

Richard 1er Cœur de Lion

(1157-1199)

«Qu'elle est belle, ma fille d'un an!»

Exclamation du roi Richard Ier Plantagenêt en 1197 en découvrant l'état d'avancement de la forteresse de Château-Gaillard, dominant les méandres de la Seine.

140 ans plus tôt, le duc Guillaume de Normandie s'était emparé de la couronne d'Angleterre. Ses descendants règnaient toujours sur la Normandie. De surcroît, Aliénor d'Aquitaine, répudiée par Louis VII, avait traversé la Manche avec sa dot.

Son troisième fils Richard - le préféré - partit pour la Terre Sainte en 1190. Il y gagna le surnom de Cœur de Lion par son panache, puis revint en France guerroyer contre Philippe II Auguste pour la possession de la Normandie.

Profitant en 1196 de la trêve imposée par le pape, Richard fit surgir de terre une place destinée à garder la Basse-Seine contre les menées de son rival. L'œuvre est remarquable par sa perfection et son unité, d'autant qu'elle a été achevée en deux ans... Elle formait le pivot d'un système défensif appuyé sur les bastions des Andelys et pouvu de chaînes qui fermaient l'accès de la Seine.

Philippe II devait s'en emparer par la ruse en 1203... En 1304, le roi Louis de Navarre fit enfermer au château son épouse Marguerite de Bourgogne à la suite du scandale qu'avait abrité la Tour de Nesle. Il était destiné à régner à Paris sous le nom de Louis X le Hutin. La forteresse est toujours là, remarquablement conservée (G V-D).

Pierre Amaury

(22 juillet 1209)

«Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens!»

Injonction apocryphe prêtée à Pierre Amaury, légat du pape Innocent III, par le moine allemand Césaire de Heisterbach. Elle aurait été prononcée avant la mise à sac de Béziers par les Croisés venus du Nord (22.000 victimes).

Le légat précédent, Pierre de Castelnau, avait excommunié Raymond VI, comte de Toulouse, coupable de ne pas vouloir prendre la tête de la Croisade contre les Albigeois. Son assassinat, le 15 janvier 1208, allait précipiter les hostilités.

Un petit seigneur, Simon de Montfort, prend la tête des opérations en appliquant une tactique de destruction et de confiscation systématique. Raimon Trencavel et Raimon VI en font les frais, mais aussi le Languedoc et une partie du midi de la France, à commencer par Béziers.

Après plusieurs campagnes impitoyables et des exécutions massives, notamment sur le bûcher, les féodaux du Midi allaient faire soumission en 1229 (G V-D).

Pierre Coning (ou Pieter de Coninck)

(?-1302)

«Schild of vriend?» (en flamand)
«Bouclier ou ami?» (traduction française)

Cette formule qui se rapproche de l'anglais «friend or foe?» devait décider du sort de tous ceux que l'on rencontrait à l'aube du 18 mai 1302 dans les ruelles de Bruges. Il était en effet impossible à qui n'était pas natif des Flandres de prononcer correctement cette expression.

La populace, à l'appel de Pierre Coning, un tisserand jaloux des libertés flamandes, put ainsi démasquer les Français de la garnison et les assassiner. Leur mouvement d'humeur, connu comme les «Mâtines de Bruges», fut suivi de la «bataille des éperons d'or» (11 juillet 1302), remportée par les mêmes sur la fleur de la chevalerie française dont les éperons allèrent orner N-D de Courtrai. Malgré cinq siècles d'efforts, les Français ne purent jamais regagner le terrain perdu dans les Flandres.

Les Flandres étaient alors la plus riche province d'Europe au nord des Alpes en raison de l'industrie de ses tisseurs et de l'activité de ses négociants. Gand était aussi étendue que Paris et allait bientôt abriter la première bourse aux valeurs de l'histoire (G V-D).

Édouard III

(1312-1377)

«Honi soit qui mal y pense!» (en français dans le texte)

Devise de l'ordre de la Jarretière fondé en 1348 par Édouard III Plantagenêt, roi d'Angleterre et petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France.

Selon la chronique, la comtesse Jeanne de Salisbury avait perdu sa jarretière au cours d'un bal à Calais. Le roi se serait baissé pour ramasser celle-ci en défiant les railleurs par cette courtoise injonction. Il fit alors du ruban bleu l'insigne et de l'aphorisme la devise du «Most Noble Order of the Garter». Cet ordre a compté des empereurs et de nombreux rois parmi ses membres.

En 1340, Édouard avait pris le titre de roi de France alors que les juristes de Philippe VI de Valois invoquaient une prétendue «loi salique» pour l'écarter. Il appuya ses prétentions de moyens décisifs et remporta la bataille de Crécy qui vit les chevaliers français vaincus par les archers ennemis (1346). 

Édouard conquit Calais après un long siège en 1347, exigeant la remise des clés par six bourgeois la corde au cou. Seules les prières de la reine Philippa de Hainault permirent d'épargner les malheureux.

En 1356, le  fils aîné du roi, Édouard, plus connu sous le nom de Prince Noir, écrasa à nouveau la chevalerie française à Poitiers et fit prisonnier le roi Jean II le Bon. La guerre de Cent ans allait durer jusqu'en 1453 (G V-D).

Philippe VI de Valois

(1293-1350)

«Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est l'infortuné roi de France!»

Supplique du roi Philippe VI de Valois dont l'ost (l'armée) vient d'être écrasée à Crécy-en-Artois (26 août 1346). Une autre version, tirée comme la première des Chroniques de Froissart, indique: «Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est la fortune [destin] de la France!»

Au cours de la bataille, les archers anglais et les coutiliers gallois, qui combattent à pied, ont triomphé de la fleur de la chevalerie française embarrassée par ses armures et ses carapaçons. Les arbalétriers gênois, alliés des Français, se sont laissés surprendre par la pluie qui a mouillé les cordes de leurs armes.

Les pertes françaises sont énormes: roi de Bohême, comtes d'Alençon, de Flandre, ducs de Lorraine, de Savoie, etc. Philippe en réchappe et arrive de nuit au château de la Broye où il demande l'asile en piteux équipage, seulement accompagné d'une quarantaine de compagnons.

L'année suivante, Édouard III Plantagenêt prend Calais et en 1356, son fils Edouard (le Prince Noir) écrase l'armée de Jean II le Bon à Poitiers (G V-D).

Philippe le Hardi

(1342-1404)

«Père, gardez-vous à droite, père, gardez-vous à gauche!»

 < Jean II le Bon, par Girard d'Orléans (exécuté à Londres en 1359, musée du Louvre) >A la bataille de Poitiers, où la noblesse française se débande devant les archers anglais, le roi Jean II, voyant la défaite inéluctable, ordonne à ses trois fils aînés, le dauphin Charles, Louis duc d'Anjou et Jean duc de Berry, de prendre la fuite. Le roi veut protéger sa descendance, et donc sa succession.

Seul, le jeune Philippe, âgé de 14 ans, reste auprès de son père, pour le soutenir jusqu'au bout, non par les armes, mais par les paroles. Le roi récompensera plus tard son fils en lui donnant en apanage le duché de Bourgogne, dont la première dynastie s'était éteinte sans postérité et qu'il dédaignera d'annexer au domaine royal comme le droit féodal l'y autorise. Le nouveau duc sera connu sous le nom de Philippe le Hardi en souvenir de ses exploits à Poitiers.

John Ball

(1381)

«When Adam delved and Eve span,
«Who was then a gentleman?» (en anglais)

«Quand Adam bêchait et Eve filait
«Qui était le gentilhomme?» (traduction française)

Propos séditieux tenus par un poète et prêcheur anglais, John Ball, ô combien en avance sur son temps. Ils seront à l'origine d'un soulèvement paysan pendant l'été 1381, dans le Kent, dans le Sussex et dans d'autres régions d'Angleterre.

Jeanne d'Arc

(1412-1431)

«Tout ce que j'ai fait est par commandement de Dieu!» (in minutes du procès en hérésie, audience du 27 février 1430)

La bergère de Domrémy avait réussi à gagner Chinon où le roi Charles VII était dévoré d'incertitude sur sa destinée. Munie de son étendard, elle fit lever le siège d'Orléans le 8 mai 1429 avant d'emmener le roi à Reims où il fut sacré le 10 juillet. Elle déclara à propos de son étendard: «Il avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fût à l'honneur!»

Jeanne fut capturée le 23 mai 1430 et vendue aux Anglais de Henri VI. Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, mit sur pied un tribunal civil pour briser sa réputation déjà établie et la convaincre de sorcellerie. Interrogée sur son état de grâce, elle répondit: «Si je n'y suis, Dieu m'y mette, si j'y suis, Dieu m'y tienne!»

Le 21 mai 1431, la jeune fille se résigna à signer un aveu de parjure qu'elle ne tarda pas à rétracter. Convaincue de relapse, elle fut brûlée vive sur la Place du vieux-marché à Rouen le 30 mai 1431.

Un des juges, pris de remords, confia: «Je voudrais que mon âme fut où je crois qu'est l'âme de cette fille!»

Un procès en réhabilitation eut lieu en 1456. La Pucelle fut canonisée en 1920 et n'a pas fini d'entretenir la controverse (G V-D).

Skanderbeg

1405-1468)

«Je ne vous ai pas apporté la Liberté; je l'ai trouvée ici, parmi vous.»

Georges Castriota (Gjergj Kastrioti en albanais) est un jeune prince albanais envoyé comme otage à la cour du sultan Mourad II, peu après que les Turcs aient occupé les Balkans. Le jeune homme devient le favori du sultan et s'illustre à la guerre sous le nom de Iskander bey, ou prince Alexandre, déformé en «Skanderbeg».

Suite à une défaite des Turcs face aux Hongrois de Jean  Hunyade à Nis (Serbie actuelle), en 1443, Skanderbeg déserte l'armée ottomane avec 300 Albanais. Il occupe Kruja, sa ville natale, principauté de son père, en Albanie centrale, et revient au christianisme de son enfance.

Il hisse au sommet de la forteresse de Kruja un drapeau rouge avec un aigle noir à double tête, qui est aujourd'hui le drapeau de l'Albanie indépendante, et se fait proclamer souverain des Albanais. C'est à cette occasion qu'il prononce les mots ci-dessus.

Alphonse d'Aragon, roi de Naples, lui apporte aide et argent, de même que le pape et la principauté de Venise. Le pape Paul II le surnomme «Athleta Christi»

Skanderbeg meurt de maladie le 17 janvier 1468, à 65 ans. Les Albanais tiennent encore tête pendant 12 ans aux Ottomans. En 1480, les Turcs occupent le pays et arrivent même à débarquer sur l'autre rive de l'Adriatique, à Otrante, en Italie.

Philippe de Commynes

1445-1509)

«La fin justifie les moyens»

Contemporain de l'italien Machiavel et comme lui au service des puissants, Philippe de Commynes est l'auteur de Mémoires qui constituent une source irremplaçable d'informations sur les règnes de Louis XI et Charles VIII.

De ces Mémoires en forme de traité de morale politique est extraite la formule ci-dessus appelée à devenir un proverbe.

Louis XII

(1462-1515)

«Qui s'y frotte s'y pique»

Devise des ducs d'Orléans qui avaient adopté le porc-épic comme emblème. Le roi Louis XII, fils du poète Charles d'Orléans, conserva ces insignes quand il succéda en 1498 à son neveu Charles VIII, mort sans héritier, et épousa la jeune reine devenue veuve Anne de Bretagne... et sa dot.

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«Le roi de France ne venge pas les injures du duc d'Orléans»

Louis XII, à peine installé sur le trône de France, adressa ces belles paroles au duc de la Trémoille. Ce dernier l'avait combattu et fait prisonnier pendant la «guerre folle» que Louis, alors duc d'Orléan, avait menée à la tête des féodaux contre la régente Anne de Beaujeu.

Louis XII, qui avait l'étoffe d'un conquérant et dont la grand-mère, Valentine Visconti, était la soeur de l'ancien duc de Milan, ne tarda pas à revendiquer des possessions en Italie. Il occupa Milan en 1499 puis Naples en 1501. Ce mirage ne dura guère et la duplicité de ses alliés lui rendit bientôt la vie difficile. Le pape Jules II fomenta contre le roi de France la Sainte Ligue (1510) et bientôt Vénitiens, Aragonais, Anglais et Suisses se jetèrent sur les armées françaises réduites à la défensive. Louis XII se tira honorablement de ces péripéties et maria sa fille Claude au duc d'Angoulême, futur François Ier, avant de mourir en 1515 (G V-D).

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Mise à jour le 24 février 2003