|
Au sein de cette
société nouvelle qui s'ébauche, charnière entre la civilisation latine et
le monde barbare, l'église assure une
sorte de continuité, de transition.
- Montée en
puissance de l'église catholique :
L'église a indirectement
bénéficié des malheurs de la Gaule : les désastres accumulés, le naufrage
de la civilisation acculaient les hommes au désespoir. Elle en profita
pour faire passer des messages :
- les barbares
sont les instruments de Dieu, châtiant l'égoïsme des riches et la
dépravation des mœurs,
- la Providence
enrichit les âmes en abolissant la prospérité,
- la vie terrestre
a un caractère fugace au regard de l'éternité.
Les gallo-romains
acceptent la foi chrétienne parce que face aux barbares et à l'anarchie
ambiante, elle représente une force et une unité cohérente.
Le christianisme reste la seule structure
de l'ex-empire grâce au réseau d'évêques reconnu de tous : sous l'emprise
de la nécessité, les évêques prennent véritablement le relais des anciens
pouvoirs publics en cumulant les fonctions suivantes :
- il est un chef religieux et
spirituel,
- il assure la défense de sa ville en
se substituant à l'autorité défaillante des comtes ou gouverneurs :
comme St Aignan à Orléans devant Attila ou Sidoine Apollinaire à
Clermont face aux wisigoths,
- il est un magistrat civil donnant la
justice.
Un évêque est nommé dans chaque ville
(beaucoup de postes restent toutefois vacants) : leur force réside dans
leur capacité à correspondre et à se réunir. Dans les campagnes, la
christianisation est nettement moins évidente : il y aura d'ailleurs une
assimilation par le vocabulaire du mot "païens" au mot "paysans".
- Autres religions
en présence :
En plus du Christianisme, deux autres
religions sont présentes en Gaule après la chute de l’empire :
- les ariens, représentés par les Wisigoths et les Burgondes : ils se
distinguent des chrétiens car il ne reconnaissent pas la divinité du
Christ (pour eux, ce dernier est un homme, aussi bon soit-il). Leur
roi est maître à la fois militaire et religieux, annihilant le pouvoir
de la papauté.
- les
païens, représentés par les francs et certains gallo-romains
situés en campagne : ils adorent des idoles et de nombreux dieux liés
à chacune de leurs activités (Wotan : dieu des batailles, Thor : génie
de la guerre, Thunar : dieu du tonnerre).
De nombreux évêques réalisent que leur
indépendance n’est pas possible et qu’ils devront composer avec les
barbares (ariens ou païens) : nous verrons qu’ils se tourneront vers les
Francs, avec un élan qui permettra à Clovis d’obtenir le soutien de la
population gallo-romaine.
- Développement de
la vie monastique :
|

|
Il faut noter que le
christianisme souffre d’une ambiguïté :
- il est l’unique espoir des
pauvres et des opprimés : accueil des bébés abandonnés, éducation,
orphelinat, hospices, …
- il reste une perspective de
carrière pour les riches sénateurs.
La critique monastique va donc
dénoncer cette hypocrisie des chrétiens tièdes : elle va contribuer au développement de la vie
monastique.
Les premiers moines
recensés sont des ermites au milieu du IIIème siècle, mais ce
phénomène prend surtout de l'ampleur au siècle suivant avec la
reconnaissance du christianisme comme religion d'état. Auparavant,
les chrétiens étaient peu nombreux et risquaient le martyre : le
relâchement qui s'ensuit pousse naturellement certains à rechercher
une autre forme de don absolu.
C'est dans ce contexte
qu'Antoine (250-356) s'est retiré en ermite dans les environs de
Thèbes en Égypte : sa vie a été "médiatisée" grâce à l'évêque
Athanase qui l'a rédigée en 370. Les ermites, de plus en plus
nombreux, vont commencer à partager des repas ou des offices : on
passe ainsi de l'érmitisme à une sorte de communauté, dont la
première règle de vie communautaire basée sur l'obéissance au
supérieur est attribuée à Saint Pacôme (mort en
346). |
- Évolution de l'idéal
de Sainteté :
Ce dernier a
considérablement évolué entre le début de notre ère et la période
mérovingienne dont il sera question dans les chapitres à venir :
- vers le
IIIe : le Saint était un Martyr, comme
Saint Denis ou Saint Valentin (à l'origine de la célèbre fête des
amoureux du 14 février, exécuté pour avoir voulu continuer à célébrer
des mariages catholiques à une époque où les romains s'y
opposaient).
- entre le IVe et
le Ve : il s'agissait plutôt d'un
confesseur ou d'un ermite,
- à partir du
VIe : nous verrons que suite à la carence
des structures politiques et sociales, la sainteté devient active.
Elle apparaît dans l'effondrement des cadres de la cité comme
une action pragmatique au service de la collectivité.
| Quelques Saints célèbres : |
- Saint Cassien
- Saint Martin
- Saint Benoît
|
|
Règle de Saint
Benoit
L'objectif de
cette règle est de parvenir à la sainteté en laissant la "grâce
de Dieu agir progressivement en soi" :
- respect du
silence pour laisser parler Dieu,
- obéissance
au supérieur,
- humilité,
pauvreté et charité,
- partage du temps
entre prière, travail manuel (conçu comme une libération
spirituelle et méditation biblique.
|
|