l'ascétisme
 
Les termes d'ascèse et d'ascétisme viennent d'un mot grec signifiant «exercice». Pratiquer l'ascèse consiste à faire des exercices méthodiques qui impliquent la domination du corps et de ses besoins, y compris les plus naturels, de l'âme et de ses passions, en vue d'accéder à la perfection morale et spirituelle requise par la religion. L'ascétisme est présent dans toutes les religions de salut, mais sous des modalités extrêmement variées qui, au-delà du caractère apparemment aberrant de certaines pratiques de mortification, visent à dompter la nature brute de l'homme pour la rendre transparente à la volonté de Dieu ou, selon la vision des religions orientales, à la réalité illuminée cachée en chacun.  
 

Pour les Grecs, la domination de l'esprit sur la matière apportait la libération, la perfection, la sagesse et, avec Plotin, l'union à Dieu. Les méthodes pour y parvenir étaient la pauvreté, l'abstinence, la préparation quotidienne à la mort. Cette recherche de la perfection a également poussé les esséniens, les thérapeutes égyptiens, les soufis, les derviches à pratiquer l'ascétisme, dont la finalité, pour les yogis hindous et les bouddhistes, est d'atteindre au nirvana, au non-être personnel et à la cessation de toute souffrance. Dans le christianisme, ses origines s'identifient avec celles de la vie érémitique, qui donna naissance à deux grandes écoles de vie religieuse: celle d'Orient (saint Clément, saint Athanase, saint Basile et saint Jean Chrysostome) et celle d'Occident, dont l'influence fut plus grande (saint Ambroise, saint Augustin et saint Benoît). Silence et contemplation sont, dès le Moyen Âge, les voies de l'ascétisme, inséparable du mysticisme, qui s'oriente actuellement vers une participation fraternelle au sort des classes laborieuses et un monachisme ouvert sur le monde.

 
 

Certains cas extrêmes d'ascétisme sont restés célèbres dans le christianisme antique, comme celui de Siméon Stylite (Ve s.), ermite syrien resté vingt-six ou quarante ans, selon les sources, retiré au sommet d'une colonne. Mais l'Inde contemporaine offre encore des exemples de «renonçants» qui font des vœux très spectaculaires, comme celui de garder un bras levé pour le restant de leurs jours, de ne jamais dormir en position allongée mais assis, ou encore de ne boire que dans des crânes de défunts. À côté de ces mortifications qui déprécient la valeur du corps, il existe d'autres formes d'ascèse qui s'attachent au contraire à le fortifier, et qui du coup s'apparentent à des épreuves d'endurance récupérables par des disciplines profanes telles que le sport. L'ascèse la plus répandue au Japon est ainsi l'«ascèse de l'eau», qui consiste à se tenir debout sous une cascade d'eau glacée pour se purifier le corps aussi bien que l'esprit.