le gallicanisme
 

Les origines du gallicanisme

Le gallicanisme du XVIe au XVIIIe siècle
La fin du gallicanisme

 
Le gallicanisme est un ensemble de doctrines couramment répandues en France du XVe au XIXe siècle, qui affirme sur les plans théologique et juridique la liberté de l'Église française et la supériorité du pouvoir royal face aux prétentions du pape visant à la théocratie pontificale. Le contraire du gallicanisme est l'ultramontanisme (le pouvoir d'«au-delà des Alpes»). En fait, il n'y avait pas un gallicanisme mais au moins trois, qui se mêlaient souvent, s'opposaient parfois: le gallicanisme ecclésiastique affirmait la supériorité des conciles sur le pape, le gallicanisme royal posait, contre le pape, le roi comme chef temporel de l'Église française, le gallicanisme parlementaire, enfin, n'était qu'une variante du gallicanisme royal.  

Les origines du gallicanisme

Elles remontent au conflit entre Philippe le Bel et le pape Boniface VIII au début du XIVe siècle. La défaite de Boniface VIII est aussi celle de la théocratie pontificale. Le gallicanisme se renforça avec le séjour de la papauté en Avignon, et surtout avec le grand schisme du XVe siècle.

 
 

La Pragmatique Sanction de Bourges (1438), tout en reprenant certaines décisions du concile de Bâle (périodicité des conciles et supériorité des conciles sur le pape), affirmait le droit du roi de France sur la surveillance générale de l'Église (régalisme) et insistait sur le rétablissement des élections épiscopales et abbatiales. Avec le concordat de 1516, le gallicanisme royal triomphait désormais: les élections aux bénéfices majeurs étaient supprimées, le roi désignait un candidat au pape, qui lui donnait la consécration canonique.

 

Le gallicanisme du XVIe au XVIIIe siècle

Le gallicanisme triomphe à cette époque. Face aux prétentions du Saint-Siège, grâce à la procédure «d'appel comme d'abus», les parlements intervenaient dans les affaires religieuses. Des positions extrêmes apparurent, comme celles de Richer (1611) dans son De ecclesiastica et politica potestate libellus: l'Église est une aristocratie dans laquelle le pape détient le pouvoir exécutif, le concile se réservant le pouvoir législatif. Quant aux prêtres, ils font partie du sénat de l'Église.

 
 

Pour fortifier sa position dans le conflit qui l'opposait au pape à propos de la régale (droit qu'avait le roi de toucher les revenus des évêchés vacants et de nommer aux bénéfices sans charge d'âmes qui en dépendaient), Louis XIV provoqua la réunion d'une assemblée générale du clergé français d'où sortirent les quatre articles rédigés par Bossuet (1682) et qui seront désormais la charte du gallicanisme: le pouvoir des papes est purement spirituel; les rois ne peuvent donc leur être soumis; la puissance spirituelle du pape est limitée par les conciles généraux, et en France par les coutumes du royaume et de l'Église; le pape a une «part principale» dans les questions de foi mais son jugement n'est «irréformable» que s'il est confirmé par l'Église. Ces quatre articles, adoptés par le Parlement, firent l'objet d'un enseignement dans les facultés de théologie et les séminaires, malgré une reculade de Louis XIV en 1693 devant la forte réaction du Saint-Siège.

 
 

Au XVIIIe siècle, le roi eut besoin de l'autorité du pape dans sa lutte contre le jansénisme: le gallicanisme royal s'effaça devant le gallicanisme parlementaire. Les conflits furent nombreux non seulement avec l'épiscopat, mais aussi avec le roi, à cause de la protection plus ou moins avouée apportée par le Parlement aux jansénistes. Les doctrines de Richer furent remises en honneur; certains même, dépassant Richer, inclinaient au «parochisme», sorte de démocratie cléricale. La Constitution civile du clergé de 1790 procéda également d'un certain gallicanisme, mais qui n'était pas celui du clergé, lequel était hostile à la prééminence de l'État. De là le très grand nombre de prêtres réfractaires.

 

La fin du gallicanisme

Le concordat de 1801 et surtout les articles organiques qui l'accompagnaient constituèrent un compromis: l'autorité spirituelle du pape sur les évêques était consacrée, mais ceux-ci étaient nommés par le chef de l'État; de surcroît, leurs actes et leurs voyages étaient étroitement surveillés.

 
 

Au XIXe siècle, le gallicanisme marqua un net recul devant l'ultramontanisme; le débat devait se clore après la proclamation de l'infaillibilité pontificale en 1870. Enfin, la loi de 1905, qui instaura la séparation de l'Église et de l'État, porta au gallicanisme son dernier coup.