les hérésies
 

Aux premiers temps du christianisme

· Les premières crises du christianisme
· La répression des hérésies
Du Moyen Âge à la Réforme
L'hérésie dans le judaïsme et l'islam

 

La notion d'hérésie est née au moment où l'adhésion à un ensemble de vérités de foi et d'écritures et l'allégeance à des institutions ecclésiastiques étaient exigées de tout chrétien. Au cours de leur histoire, les Églises qualifient d'hérétiques des phénomènes fort complexes, où se mêlent des considérations théologiques, des aspirations mystiques, sociales ou nationalistes. Des conflits, des violences et même des guerres naissent de l'intransigeance doctrinale et politique des guides spirituels, aux époques où ils sont fortement liés au pouvoir étatique.
 

La notion d'hérésie est apparue au IIe siècle après J.-C., au moment d'une crise de croissance du christianisme. Issue du judaïsme, la religion nouvelle s'est donné un canon des Écritures comprenant aussi ce qui est devenu le Nouveau Testament. Elle se répand dans tout l'Empire romain, parmi les païens, et se dote d'un clergé et d'institutions. Certains convertis, influencés par une vision pessimiste du monde, aspiraient à une expérience personnelle de contact spirituel avec Dieu et retenaient de l'Évangile un message de salut exprimé en paraboles; rejetant le Dieu créateur et sa Loi, ils refusent les structures ecclésiastiques, développent une «gnose» une connaissance secrète qui recèle les mystères des origines, de l'au-delà et récusent la doctrine du seul Dieu bon, révélé par le Sauveur. C'est pour répondre à ces gnostiques qu'est inventée la notion d'hérésie. Le terme, qui désigne en grec une école de pensée, est appliqué à l'adversaire qu'on prive alors de la qualité de chrétien, en faisant de lui le disciple, non pas du Christ, mais de maîtres humains.
 

Aux premiers temps du christianisme

Associés aux «faux prophètes», les hérétiques sont accusés de professer des thèses d'inspiration diabolique. Des traités publiés sous le titre de Contre les hérésies, qui se propagent à partir du milieu du IIe siècle, désignent aussi comme hérétiques des groupes diamétralement opposés aux gnostiques, tels que les chrétiens qui restent attachés à des observances juives.

 

Les premières crises du christianisme

Si les premiers siècles se déroulent sans aucune crise grave, à partir du IVe siècle l'Église se trouve obligée, face aux hérésies, d'énoncer clairement les dogmes du christianisme.

 

La première de ces crises est l'arianisme, doctrine du prêtre Arius. Apparue en 320, cette doctrine porte sur la nature de la Trinité; elle nie la divinité de Jésus, prétendant que les trois hypostases trinitaires, quoique distinctes, ne sont pas consubstantielles, et qu'en conséquence seul le Père a qualité d'éternel et d'inengendré. Condamné au concile de Nicée (325) puis au concile de Constantinople (381), l'arianisme finit par disparaître avec la conversion des Wisigoths et des Lombards, derniers ariens.
 


Le nestorianisme, lui, porta sur l'incarnation du Christ. Il reconnaît les deux natures humaine et divine mais nie leur coexistence originelle, ce qui le fit dénier à la Vierge le titre de «Mère de Dieu» Théotokos. Le concile d'Éphèse condamna la doctrine de Nestorius, qui persista néanmoins minoritairement au Moyen-Orient et jusqu'en Chine.

 

En réaction extrême au nestorianisme surgit le monophysisme d'Eutychès qui, tout en reconnaissant la consubstantialité des deux natures, favorise la divine au détriment de l'humaine laquelle, selon lui, n'est qu'une «apparence», et nie, du coup, la Passion réelle du Christ sur la croix. Le concile de Chalcédoine (451), convoqué par le pape saint Léon le Grand, condamne Eutychès et définit la théologie des deux natures.
 

Dernière crise, le pélagianisme, du nom du moine Pélage, réfuté par saint Augustin, fut condamné par les conciles de Carthage (412 et 416) et de Milève (416). Il rejette notamment le péché originel et la grâce de Dieu, insistant sur le rôle du libre arbitre.
 

La répression des hérésies

Dès l'époque ancienne, la mesure prise par l'Église contre l'hérétique est l'«excommunication», l'exclusion de la communauté. Cependant, le condamné a toujours la possibilité de se racheter par la pénitence. Au cas où un évêque est jugé hérétique, selon la procédure adoptée dès le IIIe siècle, une assemblée d'évêques rédige un symbole de foi conforme à la sainte doctrine, que l'accusé est invité à signer; s'il le refuse, on constate qu'il renonce lui-même à la dignité de sa fonction.

 

Le manichéisme est la première hérésie réprimée cruellement par le pouvoir public, car l'empereur Dioclétien y voit une menace extérieure, venue de la Perse (édit de 297). Quand l'Empire devient chrétien, des peines (exil, perte des droits civils, destruction des livres) s'étendent à tous ceux qui sont jugés hérétiques. La mort est infligée pour la première fois par l'empereur Maxime, qui fait décapiter, en 385, le religieux espagnol Priscillien.
 

Du Moyen Âge à la Réforme

La querelle des images embrase l'Orient chrétien au VIIIe siècle. Dans l'Empire byzantin, les adversaires de la vénération des icônes, représentations du Christ, se réfèrent à l'interdit de la Bible (Exode XX, 4) et redoutent un retour à l'idolâtrie. Leurs objections sont encore liées aux débats christologiques, mais aussi à l'influence des exemples juif et musulman. Les iconoclastes partisans de la destruction des icônes ont le soutien de deux empereurs. Cependant, le concile œcuménique de Nicée de 787 affirme la légitimité des icônes, arguant que l'incarnation leur confère un caractère sacramentel. Dans ce conflit, qui reprend au IXe siècle, les partisans des icônes n'emportent une victoire définitive qu'en 843. Dorénavant les iconoclastes seront considérés comme hérétiques.

 

À côté des grandes hérésies christologiques, de nouveaux courants sectaires prolifèrent en Orient. Les pauliciens d'abord, qui refusent les rites et les sacrements, et professent un idéal de vie marqué par un ascétisme extrême. En Asie Mineure, l'adhésion aux dogmes pauliciens de nombreux soldats représente un cas très clair d'une hérésie devenue aussi l'expression d'une opposition politique. D'autre part, la Cappadoce est le foyer du messalianisme, courant enthousiaste et mystique, faisant de la prière l'activité principale et recherchant des rapports directs avec Dieu par-delà les rites de l'Église. Ses sectataires contestent parfois la validité du ministère sacramentel des évêques et des prêtres. À partir du Xe siècle se développe le bogomilisme bulgare, qui repose sur des mythes cosmogoniques et des rites d'initiation particuliers.
 


En l'Occident, à partir de l'«an mille», les hérésies sont surtout des contestations de l'idéologie dominante. Ce sont des utopies, des rêves de retour à un christianisme pur, dont le plus marquant est celui des cathares (les «parfaits»), qui a une grande audience au XIIIe siècle, dans le Languedoc. Leurs liens avec les bogomiles sont assez clairs, mais le catharisme, qui assimile le Dieu créateur de la matière au principe du mal, incarné dans l'Église, a une organisation ecclésiale complète. Malgré la victoire de la croisade organisée contre les albigeois, les cathares résisteront longtemps.

 


Les tribunaux de l'Inquisition sont institués en 1232. Dirigés par les dominicains, ils ont pour mission de rechercher les suspects d'hérésie, de les interroger (la torture est autorisée en 1254), et d'abandonner les récalcitrants au pouvoir laïc, qui les met à mort par le feu. Un autre grand mouvement hérétique a son origine dans les écrits de Joachim de Flore, qui attend l'âge de l'Évangile éternel diffusé par les justes et prône l'idéal de pauvreté.

 


Des hérésies différentes naissent à la fin du Moyen Âge. Wycliffe, en Angleterre, rejette le clergé et les sacrements, et fait traduire la Bible en anglais pour favoriser une religion exclusivement scripturaire. Condamnée en 1382, sa doctrine influence Jan Hus, à Prague. Bien que Hus accepte l'Église en place, le hussitisme prend tout son relief de sa dimension nationale. Après la mort de Hus sur le bûcher, en 1415, le mouvement lance les Tchèques dans la révolte contre l'Église et contre l'empereur germanique.

 

Les premiers réformateurs, au XVIe siècle, combattus comme hérétiques par l'Église catholique, conservent eux-mêmes la notion d'hérésie comme doctrine contraire aux idées de l'Écriture sainte, et s'accordent à penser que les princes et les magistrats chrétiens doivent réprimer les «blasphémateurs». Calvin va jusqu'à imposer la punition par le glaive. Au XVIIIe siècle des protestants critiqueront la notion même d'hérésie comme legs du catholicisme, mais ce rejet ne sera pas général.
 

Du côté catholique, la Curie romaine emploie, à partir de 1824, dans ses actes officiels, le terme «acatholiques» plutôt que celui d'«hérétiques». Le péché d'hérésie restera cependant l'objet de définitions du droit canonique.
 

L'hérésie dans le judaïsme et l'islam

Dans le judaïsme, où il n'existe pas de formulation officielle du dogme, il n'y a pas non plus de définition claire de l'hérésie. Dans la littérature rabbinique, plusieurs termes désignent des déviations, dont le plus commun est minim, qui fut appliqué d'abord aux judéo-chrétiens. Mais ce terme vise également ceux qui croient en l'existence d'une divinité du mal, ou qui nient l'élection d'Israël ou la venue du Messie. D'autres mots fustigent ceux qui s'affranchissent des règles de la Loi (Torah), qui relèvent des contradictions entre les textes bibliques, ou encore qui nient l'inspiration de la Torah et l'autorité de la Loi orale. La rupture des relations sociales avec les dissidents est limitée à la communauté qui la promulgue et peut être contestée par une autre.

 

Les fidèles de l'islam formant à l'origine une communauté régie par Mahomet, sous l'inspiration divine, les premières divisions consistèrent en des luttes pour la succession du Prophète. Le parti d'Ali, gendre et cousin de Mahomet, est à la source du chiisme, alors que les tendances majoritaires composèrent le sunnisme (de sunna, voie modèle de la «coutume»). À l'intérieur de ces deux ensembles, de nombreux partis ou sectes politico-religieux ont surgi tout au long de l'histoire, recoupant parfois des oppositions entre États ou entre ethnies. Les controverses doctrinales y ont joué un grand rôle, en se référant au Coran, à la Tradition du Prophète et à la codification des grands docteurs du Moyen Âge.
 

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