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Doctrine
réservée aux initiés Les
groupes gnostiques
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| Le gnosticisme est une
doctrine religieuse dont les partisans prétendaient avoir une connaissance
entière et secrète de Dieu. Ses origines sont encore très mal connues. Il
semble qu'on puisse parler d'une lointaine gnose irano-babylonienne. Mais
le foyer principal du gnosticisme fut Alexandrie, au début
du IIe siècle ap. J.-C. |
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Doctrine réservée aux initiés
Le gnosticisme se rattache au mouvement général de syncrétisme qui
voulait fondre ensemble les divers systèmes philosophiques ou religieux du
paganisme. Doctrine de «délivrance» par la connaissance, donc réservée aux
seuls initiés, le gnosticisme s'apparente aux «mystères» secrets des Grecs
ou des Orientaux. Le monde spirituel émane d'un principe premier de Dieu,
par l'intermédiaire d'êtres abstraits, les éons, mot grec qui
signifie temps. Quant à la matière, comme chez les philosophes
grecs, elle demeure inintelligible, inexplicable: c'est un scandale pour
la pensée. Elle provient soit d'une erreur, soit d'une chute du dernier
éon spirituel. Elle est donc essentiellement mauvaise, comme le
prétendront ensuite les manichéens. Une rédemption, avec retour au
principe premier, rétablira l'harmonie. Les gnostiques et leurs disciples
sont sauvés de droit. Ces thèses restent essentiellement distinctes du
christianisme, où la révélation n'est pas l'apanage de quelques-uns, mais
s'offre à tous, où le salut ne consiste pas dans la seule connaissance,
mais dans l'effort moral sous l'impulsion de l'amour. |
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Un nombre important de textes gnostiques, écrits en copte, a été
découvert en 1945 à Nag Hamadi, en Haute-Égypte, notamment de
précieux «évangiles», vraisemblablement apocryphes. En fait, la doctrine
est surtout connue indirectement par les écrivains chrétiens qui l'ont
réfutée: en Occident, Saint Irénée, Saint Hippolyte, Tertullien; en
Orient, Clément d'Alexandrie, Origène, Eusèbe de Césarée, Saint Épiphane
(315 - 403), Théodoret de Cyr (393 - 460). |
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Les groupes gnostiques
Le groupe primitif ou palestinien comprend tout d'abord les disciples
de Simon le Magicien. L'école se partage rapidement en sectes diverses
(gorthéens - disciples de Gorthée -, masbothéens juifs et chrétiens,
adrianistes, ménandristes, eutychiens - disciples d'Eutychès -, cléobiens
- disciples de Cléobius -, dosithéens - disciples de Dosithée). Les
disciples de Cérinthe (cérinthiens) étaient des judéo-chrétiens qui
niaient la divinité de Jésus et attendaient un royaume terrestre du
Christ. Ceux de Nicolas (nicolaïtes) accordaient un rôle important à une
Mère céleste, créatrice du démiurge; ils passaient pour
dépravés. |
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Le groupe syriaque comprend Satornil d'Antioche (début
du IIe siècle), dualiste et élève de Ménandre; Bardesane
d'Édesse (154-222), dont la doctrine fera école, conserve toujours le
respect extérieur des textes bibliques, mais les interprète très
librement. Il semble avoir été dualiste et avoir accordé aux astres une
grande influence sur la destinée humaine. |
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Le groupe égyptien offre des doctrines plus variées et plus
ambitieuses; il trouve en effet à Alexandrie un milieu favorable, de
culture philosophique plus profonde qu'en Syrie, et une liberté
d'enseignement beaucoup plus grande. |
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Basilide fonde la première école strictement
gnostique, qui ne dure guère que jusqu'au IIe siècle. Pour
lui, le Dieu sans nom et éternel s'est manifesté par 57 déploiements,
formant ainsi 365 séries d'êtres qui correspondent à autant de cieux, dont
le nôtre est le dernier. La corruption des anges créateurs de notre
univers a nécessité l'envoi d'un rédempteur. La rédemption n'intéresse que
l'âme: les actes où le corps est engagé sont indifférents, ce qui a pour
conséquence le rejet de toute morale. |
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Valentin (2e moitié du IIe siècle) enseigne
à Rome et, après lui, son école se divise en une secte italienne
(Ptolémée, Héracléon, Florinus) et une secte orientale (Théodote,
Marc). |
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Carpocrate enseigne une gnose plus simple, fortement influencée par la
philosophie platonicienne; son fils Épiphane accentue ce caractère et
recommande la communauté des biens et des femmes. Les carpocratiens se
distinguent très vite par leur immoralité. Le groupe asiatique, qui
essaime dans les îles, en Égypte, en Perse et en Italie, tente de se
rapprocher du christianisme. C'est, en fait, une épuration de celui-ci:
Cerdon, fondateur du mouvement, rejette les dogmes de l'Incarnation, de la
Résurrection, de l'union de l'âme et du corps. Marcion, puis Marcus,
Apelle et Lucien sont ses principaux disciples. |
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Les gnostiques prennent une place à part dans l'histoire de la pensée.
Très libres avec les textes sacrés, suivant leur imagination et non leur
raison, ils ne furent ni des philosophes ni des prêtres d'une religion
particulière. Ils n'en ont pas moins eu, à leur époque, une grande
influence, si on en juge par l'opposition que les Églises durent leur
faire. Cette influence ne dura pas, du fait de l'instabilité même de leurs
doctrines. |
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Se rattache plus largement encore à la gnose toute la littérature
hermétique, qui, pour être généralement plus tardive en Égypte qu'on ne
l'a cru, n'en a pas moins dû avoir, en ce pays, des origines antérieures
au christianisme. De même, la religion mandéenne, que la tradition
rattache à saint Jean Baptiste, n'est guère qu'une gnose. L'apparentement,
maintenant connu, du manichéisme au mandéisme montre l'influence gnostique
sur la formation de la religion de Manès. |
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