le christianisme
 

Introduction 

Naissance du christianisme

· L'activité de Jésus et le judaïsme

· Les premières communautés chrétiennes

La foi et les Églises chrétiennes

· Les Écritures chrétiennes

· Dieu: Père, Fils et Saint-Esprit

· Les Églises chrétiennes dans l'histoire

· Les séparations en branches différentes

· Les confessions chrétiennes

Le christianisme à la fin du XXe siècle

· Le mouvement œcuménique

· Les christianismes non occidentaux

· Intégrismes et fondamentalismes


 

Introduction

L'une des principales religions du monde, le christianisme, professe, comme le judaïsme et l'islam, la foi en un Dieu unique. Par cette référence, il cherche à investir la vie humaine de valeurs et offre un salut. Il constitue une religion révélée à la fois dans les Écritures et dans la personne de Jésus-Christ.

 

Naissance du christianisme

L'activité de Jésus prophète et réformateur religieux qui prêche de l'an 27 à l'an 30 de notre ère en Palestine marque le début du christianisme. À cette époque, la Palestine appartient à Rome et se distingue par sa religion, le judaïsme, qui a un statut particulier dans l'Empire en raison de sa foi en un Dieu unique (monothéisme). L'occupation étrangère est fortement ressentie dans le pays, où le pouvoir politique local est de plus en plus amoindri et partagé. Les fils d'Hérode, le dernier roi juif, lui-même inféodé à Rome, sont sous le contrôle d'un préfet romain dépendant du légat de la province de Syrie. Les impôts sont lourds et la déstabilisation sociale et politique s'accompagne d'une agitation religieuse. Le judaïsme est partagé en plusieurs courants, mais les pratiques religieuses et le rôle du Temple de Jérusalem sont des éléments communs aux courants dominants.

 

Après les conquêtes d'Alexandre au IVe siècle av. J.-C., la rencontre des mondes grec et oriental a produit une culture qui est devenue celle de tout le Bassin méditerranéen: l'hellénisme fut adopté avec sa langue (le grec) par l'Empire romain. Mais sa visée assimilatrice et les compromissions religieuses et politiques avec le pouvoir dominant provoquent des mouvements de protestation à l'intérieur du judaïsme, qui s'appuient souvent sur l'attente fébrile d'un messie envoyé par Dieu pour rétablir la justice et la paix.
 

Les courants de renouveau du judaïsme sont multiples. Ils peuvent être teintés de nationalisme (comme le mouvement zélote) ou axés sur la protestation religieuse (comme le mouvement des esséniens, vivant en communautés dans le désert). L'un d'eux est celui de Jean le Baptiste, qui prêche et baptise loin des centres importants. Son baptême assume le rôle (pardon des péchés) que le judaïsme orthodoxe attribue aux sacrifices offerts dans le Temple de Jérusalem.
 

L'activité de Jésus et le judaïsme

Jésus, à la suite de Jean-Baptiste, annonce la venue imminente du règne et du jugement de Dieu. Comme lui, il annonce le règne de Dieu. Mais il se sépare du Baptiste en ceci qu'il insiste sur l'amour plus que sur la colère de Dieu.

 

Le témoignage principal sur la vie historique de Jésus, qui était de Nazareth, en Galilée, où il commença son ministère, est celui des Évangiles. Or ces livres ne sont pas des biographies, mais des interprétations de sa vie dans une perspective catéchétique. Néanmoins, il est établi avec une relative certitude que Jésus a été un prédicateur itinérant, qui a réuni des disciples autour de lui, enseigné et opéré des guérisons. Il a voulu susciter une réforme du judaïsme en annonçant la proximité de Dieu, en proposant une autre manière de comprendre sa volonté que celle offerte par la Loi juive et en désacralisant l'institution du Temple. Sur ces deux derniers points il a suscité l'opposition des chefs religieux, ce qui a conduit à son exécution sous la forme du supplice romain de la croix. Après sa mort, ses disciples se sont réunis autour de la foi en sa résurrection, qui l'authentifie comme le véritable envoyé de Dieu. Ainsi naît le mouvement de Jésus, qui est, à son origine, un mouvement de renouveau à l'intérieur du judaïsme.
 

Les disciples de Jésus se regroupent d'abord à Jérusalem, où ils annoncent l'Évangile, la «bonne nouvelle» que Dieu s'est manifesté dans la personne de Jésus: le Messie (ou Christ) attendu. Parmi ceux qui s'intègrent à leur groupe se trouvent des Juifs qui ont vécu à l'extérieur de la Palestine et qui sont ouverts à la culture grecque et à son universalisme. Les disciples de Jésus venant de ce judaïsme hellénistique sont plus critiques à l'égard des institutions juives que ceux venant du judaïsme palestinien.
 

Les Juifs hellénisants provoquent des affrontements avec les chefs religieux et sont persécutés. Obligés de fuir, ils transmettent le contenu de la prédication de Jésus aux marges de la Palestine, en particulier dans des villes où les populations sont très mêlées, notamment à Antioche (Syrie), où se trouvent une diaspora juive et des adeptes de diverses religions orientales. Des non-Juifs sont convaincus par leur prédication et constituent avec des Juifs un groupe de disciples du Christ Jésus.
 

Le mouvement de Jésus dépasse alors les frontières du judaïsme. Il accepte, en effet, des membres qui n'appartiennent pas au peuple de Dieu, ne portent pas la marque de leur appartenance au peuple juif (la circoncision) et n'obéissent pas aux réglementations juives (par exemple, sur le pur et l'impur). À Antioche, on donne aux adeptes de Jésus, le Christ, le nom de chrétiens. La rupture est consommée, le christianisme est né.
 

Les premières communautés chrétiennes

Si la foi en la résurrection de Jésus, l'homme de Nazareth crucifié par les Romains mais toujours vivant et présent parmi les hommes, est au fondement du christianisme, la signification de cette présence ainsi que le sens de la vie et de la mission de Jésus donnent lieu, dès l'origine, à des interprétations diverses.

 

Pour les adeptes de l'un des courants du christianisme primitif, qui se retrouvent pour la prière, le baptême des fidèles et le repas commun, Jésus est avant tout le Messie annoncé, dont on attend le retour. Pour ceux d'un courant proche, la foi chrétienne est avant tout une obéissance nouvelle, une fidélité au message de Jésus et à sa réinterprétation de la Loi juive. Différent des deux précédents, un autre courant, dont le centre est Jérusalem, voit en Jésus le Juge de la fin des temps, qui envoie son Esprit à ses disciples. Quittant famille et biens, ceux-ci deviennent des prédicateurs itinérants; vivant dans l'attente de la fin du monde et pratiquant des actes de guérison, ils évangélisent la Palestine et la Syrie. Pour leur part, les chrétiens issus du judaïsme hellénistique orientent leur prédication vers les milieux non juifs. D'Antioche, leur quartier général, ils partent en mission pour porter en Méditerranée orientale leur confession de foi, qui donne la priorité à la croix et à la résurrection de Jésus pour le salut des hommes. Un dernier courant, mal connu, est celui du mouvement johannique, qui débute sans doute en Asie Mineure.
 

Chacun de ces courants a ses personnages emblématiques. Dans le cercle relativement large de disciples (hommes et femmes) qui entoure Jésus, notamment dans le groupe des Douze choisis comme apôtres («envoyés»), c'est Pierre qui se détache. Après la mort de Jésus, ses proches acquièrent aussi de l'influence: Jacques deviendra le chef de la communauté de Jérusalem après le départ de Pierre pour Rome. Les hellénistes sont représentés par Paul. Avec Pierre, il est l'une des deux grandes figures des origines.
 

De la campagne palestinienne aux villes de l'Empire

La prédication de Jésus lui-même atteint un monde palestinien encore très paysan. Puis le mouvement de Jésus s'étend à la Syrie-Palestine et à ses villes. Le christianisme naissant dépasse vite les frontières de religion et d'origine nationale, profitant de ce qui fait la force de l'Empire romain: ses routes terrestres et maritimes de la Méditerranée, sa langue de culture et d'administration. Il se propage dans les vastes marchés de biens culturels et religieux que sont les villes. La prédication chrétienne y bénéficie de l'attrait qu'exercent le monothéisme juif et la haute qualité de sa morale.

 

Dans les grandes villes de l'Empire, où vivent des communautés juives, les missionnaires proposent d'abord leur message dans le cadre des synagogues. Les sympathisants du judaïsme (appelés les «craignant Dieu») sont attirés par cette prédication qui rompt avec un particularisme de type national. Mais l'insuccès du christianisme auprès des Juifs eux-mêmes fait que la nouvelle religion se répand de plus en plus dans un contexte où elle est confrontée aux modes de pensée religieux et philosophiques du monde hellénisé.
 

Fort abondantes au Ier siècle, les religions de salut provenant de l'Orient offrent une expérience mystique et un espoir dans l'au-delà à ceux qui s'y initient, tout en restant tolérantes entre elles. Le christianisme, qui se trouve dans une situation de concurrence religieuse intense, se démarque par le fait qu'il propose un salut faisant l'objet d'une annonce publique (donc non réservé à des initiés) et qu'il refuse toute coexistence avec d'autres religions, toute forme de syncrétisme.
 

L'Empire romain laisse libre cours à cette profusion de religions, mais il impose une idéologie unitaire, qui est le culte de l'empereur. Dans ce contexte syncrétiste où un nouveau culte peut s'ajouter à un autre, le judaïsme affirmant qu'il y a un seul Dieu, l'unique objet de l'adoration humaine observe un monothéisme strict et bénéficie d'une reconnaissance de cette conception particulière. Les chrétiens, également monothéistes, bénéficient d'abord du même statut que les Juifs, dispensés par la loi romaine du culte de l'empereur. Mais lorsque leur appartenance à une autre religion apparaît clairement, ils se trouvent fragilisés. De la seconde moitié du Ier siècle au IIe siècle, ils subissent de la part du pouvoir impérial des persécutions ponctuelles, puis de plus en plus fréquentes et systématiques au IIIe siècle et au début du IVe siècle.
 

Des communautés disparates

L'expansion du christianisme s'organise autour de deux pôles: les prédicateurs itinérants et les groupes de sympathisants sédentaires que les premiers laissent après leur passage. Peu à peu se constituent des communautés locales qui prennent le nom d'Église (ecclesia, «assemblée convoquée», une institution typique de la cité grecque). Le terme va prendre une double signification: celle du groupe de croyants qui se rassemblent en un lieu donné, et celle de l'ensemble des croyants qui, dans leur totalité, constituent l'Église du Christ. Ne possédant pas de bâtiment propre, les Églises réunissent dans des maisons particulières des gens d'origine sociale très variée (esclaves, hommes libres, classes montantes, petit peuple), à l'image des groupes qui entouraient Jésus en Palestine.

 

Ces communautés sont le plus souvent composées de chrétiens d'origine païenne (pagano-chrétiens) et de chrétiens d'origine juive (judéo-chrétiens) ou provenant de cercles proches. Cette disparité ne tarde pas à créer des problèmes: les chrétiens d'origine juive, attachés à leur identité et à leur appartenance au peuple choisi par Dieu, sont réticents à prendre les repas, en particulier l'eucharistie (le partage du pain et du vin, par lequel se constitue la communion des croyants et leur lien avec Dieu) en commun avec les chrétiens d'origine païenne, qui ignorent leurs préceptes alimentaires. Très tôt se pose la question de savoir s'il faut passer par le judaïsme pour pouvoir bénéficier de l'Évangile du Christ Jésus, s'il faut s'intégrer d'abord au peuple de Dieu par la marque d'appartenance de la circoncision et la pratique des réglementations juives pour bénéficer de la grâce (pardon gratuit) de Dieu. La conviction de l'apôtre Paul, le principal artisan de l'ouverture sans condition de l'Évangile aux païens, l'a emporté, non sans avoir entraîné des débats et des conflits.
 

La foi et les Églises chrétiennes

Dans le monothéisme chrétien, le salut accordé par Dieu indique que la vie ne s'achève pas avec la mort. Cette foi a traversé les siècles grâce aux Écritures et aux institutions humaines que sont les Églises chrétiennes.

 

Les Écritures chrétiennes

Les textes religieux de référence des premiers adeptes de Jésus sont ceux du judaïsme: les livres qu'ils ont appelés ensuite l'Ancien Testament, dans lequel ils puisent des éléments qui, à leurs yeux, annoncent la venue de Jésus-Christ et révèlent le sens de sa mission. Mais ces textes ne leur permettent pas de se situer par rapport à la société et aux religions d'origine, ou de régler les divergences à l'intérieur des communautés et entre les prédicateurs itinérants. Pour aider les Églises, l'apôtre Paul rédige, entre 50 et 60 après J.-C., un certain nombre de lettres qui, rassemblées, forment un recueil, dont chaque communauté peut avoir un exemplaire. Ces lettres et les Évangiles, composés entre 70 et la fin du Ier siècle, sont utilisés pour la catéchèse (enseignement) et les lectures au cours des assemblées. La production d'écrits chrétiens continue tout au long du IIe siècle pour ne plus tarir.

 

Vers le milieu du IIe siècle apparaît la nécessité d'établir une sélection parmi les écrits pour conserver une fidélité à l'origine en même temps qu'un lien entre les Églises qui occupent un espace de plus en plus vaste, ce qui favorise le développement de traditions indépendantes. Au milieu du IVe siècle, une liste unique est fixée: elle contient les écrits qui forment le Nouveau Testament.
 

Dieu: Père, Fils et Saint-Esprit

Les premières communautés chrétiennes donnent de nombreux titres à Jésus, dont les plus importants sont «Seigneur», «Fils de Dieu» et «Christ». Pour les chrétiens d'origine païenne, le titre de Christ n'était pas chargé du même sens que dans le monde juif; il a très vite pris une valeur propre et, joint à Jésus, a formé un nom double. Dans l'appellation de Jésus-Christ, Jésus renvoie à la vie et à la mort de l'homme de Nazareth, et Christ à la mission et à la dignité particulières reconnues à Jésus dans la foi en sa résurrection. La relation entre Dieu et Jésus-Christ constitue l'originalité de la foi chrétienne.

 

Jésus-Christ est celui qui révèle de façon particulière la volonté et l'œuvre de salut de Dieu. Dans les textes de l'Ancien Testament, Dieu est le créateur du monde, celui qui nomme et fait exister les êtres et les choses, qui permet la vie en manifestant des exigences à l'égard des hommes. Ce Dieu est aussi un Dieu de dialogue, un Dieu personnel, dont l'histoire se confond avec celle de l'humanité. Pour la théologie chrétienne, l'être humain n'a accès à Dieu que par Jésus-Christ, qui en est la face livrée au monde. La relation unique et profonde de Dieu et du Christ se traduit dans les termes de Père et de Fils.
 

Dieu un en trois personnes

Après la mort de Jésus, la foi en sa résurrection affirme la victoire de Dieu sur la mort comme un don de vie malgré la mort et au-delà d'elle, en même temps qu'elle garantit une autre forme de présence de Jésus-Christ. Celle-ci se manifeste en particulier par le Saint-Esprit, qui est à la fois un consolateur et un soutien. Il remet en mémoire et permet de comprendre les paroles du Christ, et inspire ainsi la vie des croyants. Les diverses modalités de la présence de Dieu et de sa relation avec l'homme ont été l'objet d'une intense réflexion dans les Églises primitives.

 

Les débats ont d'abord porté sur la christologie: il s'agissait d'expliquer comment Jésus-Christ peut être à la fois homme et Dieu, et comment le Dieu unique peut être à la fois Père, Fils et Saint-Esprit. Les credo anciens, comme le symbole des Apôtres (IIIe siècle), ont essayé de fixer les grandes lignes de la foi en développant la relation entre Dieu et Jésus-Christ. Mais des dissensions eurent vite lieu et, lorsque le christianisme devint la religion de l'Empire au début du IVe siècle, les empereurs convoquèrent des conciles dits «œcuméniques», chargés de formuler les dogmes de l'Église dans son universalité. La doctrine trinitaire qui affirme que Dieu est un en trois personnes est un de ces dogmes reconnus par toutes les Églises. Elle ne se trouve pas exprimée comme telle dans le Nouveau Testament, mais s'appuie sur son témoignage. La Trinité indique que Dieu est en lui-même une structure de dialogue et qu'il renferme un mystère et une liberté.
 

Suivant leurs sensibilités religieuses et leur histoire propre, les Églises chrétiennes accordent une fonction et une place différentes aux manifestations de Dieu. Cela est vrai en particulier pour le Saint-Esprit. Mais elles s'appuient toutes sur les définitions des premiers grands conciles des IVe et Ve siècles.
 

Les Églises chrétiennes dans l'histoire

La vie des Églises locales prend corps dans le culte, l'enseignement, l'évangélisation et les œuvres de solidarité. Très tôt, les cultes chrétiens sont célébrés le dimanche, jour de la résurrection du Christ. Ils comportent une liturgie (une confession de foi et des chants) et la lecture de textes bibliques, suivie éventuellement de commentaires. Le baptême, qui marque l'entrée dans l'Église, et l'eucharistie (appelée aussi Sainte Cène), qui célèbre l'union des chrétiens avec Jésus-Christ, sont les deux sacrements pratiqués dans les Églises primitives et communs à toutes les Églises chrétiennes. Un sacrement manifeste le don de Dieu, alors que les sacrifices sont des dons offerts par les hommes à la divinité.

 

Pour vivre dans la durée, les Églises reconnaissent en leur sein des services particuliers appelés ministères. Au début du christianisme, ces ministères sont peu institués et varient d'une communauté à l'autre. Le Nouveau Testament fait état de ministères de la parole (docteurs et prophètes), de ministères d'ordre et de gouvernement (anciens et épiscopes) et de ministères d'assistance (diacres).
 

L'organisation des Églises

Malgré les persécutions, le christianisme connaît un essor rapide au Ier et au IIe siècle et s'étend vers la partie occidentale de l'Empire, où l'on parle latin. La multiplication des Églises et l'éloignement de la période des premiers témoins (les Apôtres) conduisent à une organisation dépassant l'échelon local. Il s'agit de conserver la foi des origines dans une unité visible. Les Églises locales ont désormais à leur tête un seul évêque, qui a autorité sur les prêtres. Certains sièges épiscopaux sont placés au-dessus des autres, mais dès le Ier siècle le siège romain a primauté sur tous. L'évêque est considéré comme un père («papa»), qui va donner le titre réservé à l'évêque de Rome (pape). L'organisation des Églises se modèle sur l'organisation politique, administrative et économique de la société, surtout en Occident, qui hérite du juridisme latin.

 

Les Églises et le pouvoir politique

L'Empire romain, avec ses deux pôles l'occidental et l'oriental , connaît des failles dès le IIIe siècle. L'empereur Constantin autorise l'exercice du culte chrétien en 313. Le christianisme sera constitué en religion officielle à la fin du IVe siècle. Après la disparition de l'empire d'Occident, en 476, l'Église latine s'affranchit de la tutelle de Constantinople et supplée dans bien des cas le pouvoir politique qui se désagrège. Au Xe siècle, la christianisation de l'Europe est achevée. Le pape devient le personnage principal d'Occident, ajoutant un pouvoir temporel à son pouvoir spirituel. En Orient, en revanche, l'Église grecque dépend le plus souvent de l'empereur.

 
 

Apparu dès la constitution des Églises, le monachisme prend au début la forme du départ au désert (ermites), puis celle de la vie communautaire (cénobites). Alors que pendant la longue période de relations ambiguës avec le pouvoir, les Églises se sont substituées à l'État défaillant (éducation, santé), les ordres monastiques ont joué un rôle important dans l'élaboration des civilisations orientales et occidentales.

 

Les séparations en branches différentes

Après la fin de l'empire d'Occident, l'Orient et l'Occident ont des échanges de plus en plus rares, et les divergences culturelles et spirituelles s'accentuent. Les littératures chrétiennes, en grec d'un côté, en latin de l'autre, se développent séparément. L'Orient, qui vit sous une unité politique (l'Empire perdure jusqu'au milieu du XVe siècle), est moins centralisateur au point de vue ecclésiastique que l'Occident. Les quatre sièges épiscopaux d'Orient, ou patriarcats, sont représentés par le patriarche de Constantinople; ils reconnaissent une primauté d'honneur à l'évêque de Rome. Mais une rivalité d'influence s'installe entre Rome et Constantinople. De plus, les Orientaux reprochent aux Latins d'introduire des nouveautés non justifiées (usage de l'hostie, jeûnes, célibat des prêtres). La crise la plus grave concerne le dogme de la Trinité. Au VIe siècle, à la formule «le Saint-Esprit procède du Père», un concile ajoute «et du Fils». Aux yeux des Orientaux, c'est donner à l'Esprit un rôle secondaire et rompre l'équilibre de la Trinité. À la fin du IXe siècle, il apparaît un désaccord d'ordre institutionnel, lorsque la papauté devient l'autorité centralisatrice des Églises chrétiennes. La rupture, qui était en germe depuis longtemps, se concrétise en 1054, lorsque le pape Léon IX excommunie le patriarche de Constantinople et que celui-ci lui réplique de façon semblable. L'Église d'Orient prend alors le nom d'Église orthodoxe.

 

La Réforme européenne

Au XVIe siècle, avec la Renaissance, l'humanisme, des inventions comme l'imprimerie, et la découverte de l'Amérique, un désir de changement se manifeste à l'égard de l'Église d'Occident, ou Église romaine, marquée par les ambitions temporelles de la papauté, le luxe du haut clergé et l'ignorance dans laquelle est maintenu le peuple. Après son excommunication en 1520, le moine allemand Martin Luther organise la Réforme sous la protection du prince de Saxe. Des mouvements parallèles naissent en Suisse et en France, avec Zwingli, puis Calvin. Malgré leurs vues communes sur la place de la Bible, le salut gratuit et le rôle des laïcs, les réformateurs ne fondent pas une Église unie face à l'Église romaine.

 

Les confessions chrétiennes

À partir du XVIe siècle, le christianisme connaît donc trois grandes branches: le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme. Chacune des confessions s'est développée en relation avec une culture qu'elle a fécondée: le catholicisme et le protestantisme ont marqué la culture occidentale; l'orthodoxie, le monde oriental et l'Europe de l'Est.

 

Le catholicisme

L'Église, qui avait son centre à Rome et a retenu le terme de catholique (en grec, «universel») dès le IVe siècle, au concile de Nicée (325), est dotée d'une organisation centralisée et hiérarchisée. Le pouvoir y est exercé par le pape et les conciles œcuméniques. Le pape, à Rome, constitue l'unité visible de l'Église. La médiation entre Dieu et les fidèles est assurée par les autorités religieuses, qui transmettent et gèrent le salut offert aux êtres humains dans plusieurs domaines, notamment celui de l'enseignement et celui de la distribution de la grâce. Un autre élément de médiation est la messe, conçue comme un sacrifice où se renouvelle le don de Jésus-Christ sur la croix dans le sacrement de l'eucharistie. Les sacrements, au nombre de sept, nécessaires à la réception de la grâce, sont dispensés par les prêtres. Une autre médiation apparaît dans le culte de la Vierge Marie et dans celui des saints.

 

L'orthodoxie

Le contenu de la foi y remonte à la formulation des premiers siècles. L'orthodoxie («l'opinion ou la foi droite», en grec) s'en tient en effet aux dogmes définis par les huit premiers conciles œcuméniques. Fidèle aux origines, elle se caractérise par une relation de collégialité entre les Églises, qui sont autocéphales et élisent leurs propres chefs. Le patriarche de Constantinople (aujourd'hui Istanbul) conserve une primauté d'honneur: il convoque des conférences panorthodoxes, placées sous le signe d'interdépendance des Églises. Les prêtres orthodoxes (mais non les moines) peuvent se marier.

 

Le protestantisme

Le terme de protestant se réfère à un événement historique: en 1529, les princes allemands favorables à la Réforme protestèrent contre l'attitude de Charles Quint, qui exigeait la soumission de tous à Rome. Le protestantisme connaît un grand morcellement ecclésiastique, conséquence de son choix en faveur de la liberté de conscience. Les Églises protestantes ont en commun leur conception de l'Église, le refus de médiations dans la gestion de la grâce, et l'affirmation de la responsabilité personnelle dans les choix éthiques. L'organisation ecclésiastique est l'affaire des communautés, qui se donnent des règles communes sur des bases démocratiques. Le culte protestant se caractérise par l'importance donnée à la parole (prédication) et par l'administration de deux sacrements: le baptême et la Cène. Les pasteurs sont mariés et, dans la quasi-totalité des Églises, les femmes ont accès aux ministères. Le face-à-face de l'homme avec Dieu supprime toutes les autres médiations, en particulier celle d'une hiérarchie et d'un clergé.

 

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