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· L'activité
de Jésus et le judaïsme
· Les
premières communautés chrétiennes
· Les
Écritures chrétiennes
· Dieu:
Père, Fils et Saint-Esprit
· Les
Églises chrétiennes dans l'histoire
· Les
séparations en branches différentes
· Les
confessions chrétiennes
· Le
mouvement œcuménique
· Les
christianismes non occidentaux
· Intégrismes
et fondamentalismes
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Le christianisme à la fin du XXe siècle
Après que le christianisme fut devenu la religion officielle de
l'Empire gréco-romain, des régimes de chrétienté se sont établis autour du
Bassin méditerranéen et dans le monde slave. Ainsi, pendant le
Moyen Âge européen, l'Église catholique était le ciment de la
société, également organisée hiérarchiquement, avec à sa tête le roi,
représentant de Dieu sur terre. La religion est alors la source de la
morale, la garante de l'ordre. Quant à la théologie – la première science –,
elle délimite le champ du savoir et tente de le contrôler. Des brèches
s'opèrent dès le XIIIe siècle, qui s'élargissent à la
Renaissance jusqu'à fracturer le système au moment de la Réforme. Au
XVIIIe siècle, le mouvement des Lumières accélère le
processus. La raison humaine, affranchie de la tutelle religieuse, va
désormais explorer tous les domaines de la réalité. Un état d'esprit
nouveau s'installe en Occident, entraînant une libéralisation des mœurs et une réforme des institutions. Le catholicisme
y résiste de manière frontale, alors que le protestantisme intègre
davantage les transformations de la pensée et de la vie socio-économique.
Le mouvement des Lumières, dont certains aspects étaient contenus en germe
dans le christianisme, est dirigé en grande partie contre les Églises. Au
XIXe siècle, la confrontation continue et s'accentue avec
l'apparition d'un athéisme critique qui élabore de nouveaux systèmes
d'analyse du monde et de l'homme. |
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La religion ne fait plus la loi à la science et devient elle-même objet
de science. Au XXe siècle, les sociétés européennes sont
sécularisées et connaissent toutes un processus de laïcisation. La
sécularisation atteint la culture, alors que la laïcisation concerne les
institutions, mais les deux phénomènes s'influencent mutuellement. Par
ailleurs, la sécularisation produit aussi un changement à l'intérieur des
Églises (concile Vatican II). |
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Le mouvement œcuménique
L'adjectif œcuménique, formé à partir d'un
terme grec qui signifie la «terre habitée», est appliqué dès les débuts du
christianisme aux conciles qui réunissent des représentants de toutes les
Églises locales. Au XIXe siècle, l'œcuménisme caractérise les structures protestantes.
Aujourd'hui le mouvement œcuménique désigne la
recherche d'unité entre les confessions chrétiennes. |
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Au début du siècle, des Églises protestantes et orthodoxes ont fondé
ensemble deux mouvements pour promouvoir l'unité dans le témoignage et la
présence au monde. Ces mouvements ont fusionné pour donner naissance,
en 1948, au Conseil œcuménique des Églises
(COE), dont le siège est à Genève. Il regroupe la plupart des Églises
protestantes et orthodoxes (soit plus de 300 Églises dans plus de 100
pays) qui veulent témoigner d'une présence chrétienne dans les domaines de
la réflexion et de l'action. En 1992, l'Église catholique romaine
n'en est toujours pas membre, mais elle envoie des observateurs aux
conférences internationales qui se tiennent environ tous les sept
ans. |
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Les démarches œcuméniques entre
protestantisme et catholicisme, d'une part, entre catholicisme et
orthodoxie, d'autre part, sont plus récentes. Elles découlent de la
reconnaissance du caractère chrétien du protestantisme par
Vatican II, et de la levée par le pape Paul VI et le patriarche
Athênagoras des anathèmes réciproques échangés au
XIe siècle. |
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À ses débuts, le mouvement œcuménique, marqué
par un grand enthousiasme, a été porteur de l'utopie d'une unification des
Églises. Cet objectif avait valeur de protestation contre la
sécularisation et la division des chrétiens. Mais si sur certains points
les différences doctrinales se sont atténuées, elles demeurent vives sur
d'autres, et une prise de conscience a eu lieu sur l'importance des
clivages en matière éthique, notamment entre catholicisme et
protestantisme. Par ailleurs, le pluralisme est devenu une valeur
positive, et une unité de type institutionnel ne paraît plus
prioritaire. |
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Les christianismes non occidentaux
L'acculturation, un processus dynamique par lequel une culture évolue
sous l'influence d'une autre, est un phénomène connu dès les origines du
christianisme. Enraciné dans le judaïsme, celui-ci s'est développé dans le
monde gréco-romain: il a produit des écrits en grec, qui ont très vite été
traduits dans les langues du Bassin méditerranéen. L'Europe chrétienne a
semblé clore le processus, si bien que le christianisme s'est longtemps
confondu avec la culture européenne, qu'il a en partie
construite. |
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Les missions chrétiennes ont exporté leur message dans les formes de la
culture occidentale. L'émancipation politique des pays asiatiques et
africains, le poids des peuples de l'Amérique latine et la nouvelle
distribution des chrétiens dans le monde modifient les données. Depuis les
années 1950, les pays non occidentaux revendiquent la reconnaissance de
leur propre sensibilité dans la pratique du christianisme. |
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Le christianisme africain met en avant le lien, propre aux religions
animistes, des êtres humains avec l'Univers, de même que la conscience
d'une communauté entre vivants et morts. Dans les textes bibliques, il
s'intéresse particulièrement à l'Ancien Testament. La figure de
Jésus-Christ est réinterprétée par des titres nouveaux (l'Ancêtre,
l'Initiateur, le Guérisseur). |
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En Asie, où la double appartenance religieuse suscite des débats,
notamment en Inde, le Christ a pu apparaître en raison de son
universalisme sous le nom des divinités hindoues, et un rôle important lui
est attribué dans la création. Ce sont surtout les enseignements éthiques
qui sont retenus des textes bibliques. Dans d'autres pays, l'héritage
bouddhiste sert à réinterpréter le christianisme (théologie de la douleur
de Dieu, au Japon). Ailleurs encore, la protestation sociopolitique anime
la foi et la théologie (théologie du Minjung, en Corée du Sud). |
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En Amérique latine, où la prise de distance avec le christianisme
d'Europe et de l'Amérique du Nord est à la fois intellectuelle et
populaire, des théologiens ont insisté sur l'aspect libérateur du
christianisme en utilisant une analyse d'inspiration marxiste (théologie
de la libération). Par ailleurs, des communautés de base se sont créées,
qui donnent la parole aux plus pauvres et les encouragent dans la lutte
sociale. |
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Intégrismes et fondamentalismes
La crise du scientisme et des idéologies entraîne une crise du sens
dans le dernier tiers du XXe siècle. Après la mise en
cause du culte de la rationalité – considérée
comme moteur du développement humain – et
l'abandon de la foi dans le progrès perpétuel –
censé conduire à la fois à l'amélioration des conditions de vie et à la
maîtrise de l'Univers –, la croyance dans une
philosophie de l'histoire se trouve ébranlée. Paradoxalement, la
sécularisation et la laïcisation suscitent de nouveaux intérêts pour le
religieux et plus particulièrement pour les radicalismes religieux, qui
prennent la forme d'intégrismes et de fondamentalismes. |
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L'intégrisme est un fait catholique. Apparu en Espagne au tournant du
siècle, lorsqu'un parti catholique nationaliste demanda le respect des
condamnations du Syllabus (texte pontifical de 1864 qui
refusait le progrès et le libéralisme), il se répandit en Europe et prit
la forme d'une opposition aux ouvertures de Vatican II dans les
années 1970 à 1990. |
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Le fondamentalisme naît au début du siècle dans le protestantisme des
États-Unis, en opposition au libéralisme, à l'engagement social et au
primat de la science. L'interprétation des textes bibliques est au centre
de ce mouvement. Les fondamentalistes pratiquent, à des degrés divers, une
lecture littérale de la Bible. L'intégrisme comme le fondamentalisme
entendent défendre des valeurs religieuses, l'un faisant appel à la
tradition de l'Église, l'autre au texte fondateur. |
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Les influences syncrétistes
La religion n'ayant plus le pouvoir d'imposer des normes de foi et de
comportement autrement que par l'adhésion intérieure, le sentiment
religieux prend souvent la place de la doctrine défendue par les Églises.
Par ailleurs, le christianisme est souvent alimenté par des apports
d'autres spiritualités. L'effervescence religieuse comporte aujourd'hui
des caractères protestataires à l'égard du fonctionnement des sociétés et
des institutions ecclésiastiques. |
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Les mouvements de renouveau apparus à l'intérieur du christianisme
(mouvements charismatiques catholiques, courants évangéliques protestants)
offrent une expérience religieuse singulière par sa chaleur émotionnelle
et la conscience unitaire qui président au sein du groupe et au contact
avec le monde extérieur. |
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Aux franges du christianisme surgissent de nouveaux courants religieux,
marqués par l'usage de techniques psychocorporelles (méditation, yoga) et
des élans caritatifs. La mystique et l'ésotérisme y jouent un grand rôle.
Nés aux États-Unis dans les années 1970, ces mouvements ont largement
gagné l'Europe. Ils forment une sorte de nébuleuse composée à la fois de
groupes constitués et de réseaux. L'adhésion personnelle, les affinités,
le charisme des leaders y ont une place importante, et la protestation y
est d'ordre culturel. Ces mouvements empruntent souvent des éléments à
d'autres religions monothéistes (comme le judaïsme) ou polythéistes (comme
l'hindouisme et le bouddhisme). Ils sont donc traversés d'influences
syncrétistes. Un certain nombre de chrétiens y puisent leur inspiration
spirituelle ainsi que leur adhésion à des valeurs résolument
contemporaines, telles que la conscience planétaire ou la recherche du
bonheur personnel. |
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