les esséniens
 

Un mouvement piétiste

La communauté de Qoumrân
Les fils de lumière
Influences sur le christianisme

 
Membres d'une secte judaïque née vers 150 av. J.-C., les esséniens se caractérisaient par leur mode de vie ascétique et leur croyance dans le véritable Israël, l'Israël eschatologique formé sur le modèle de l'antique Israël du désert, tel qu'il est écrit au Livre des Nombres. La connaissance du milieu essénien, sur quoi Philon d'Alexandrie, Flavius Josèphe ou Pline l'Ancien nous ont donné d'importantes notations, s'est prodigieusement élargie depuis la découverte des manuscrits de la mer Morte en 1947, sur le site de Qoumrân, dans le désert de Juda. On a pu reconstituer l'histoire de cette secte, sa doctrine, son mode de vie et, partant, mieux la situer par rapport au mouvement pharisien et au christianisme naissant.  

Un mouvement piétiste

Les ancêtres des esséniens sont, sans doute, les assidéens de l'époque maccabéenne au IIe siècle av. J.-C., lesquels formaient un mouvement piétiste unissant un nationalisme farouche à une grande ferveur religieuse et messianique. La laïcisation du pouvoir théocratique exercé par le grand prêtre Jonathan provoqua (vers 150 av. J.-C.) parmi les prêtres un schisme qui conduisit un certain nombre d'entre eux à quitter Jérusalem et à se rendre soit à Qoumrân, soit dans la région de Damas. Cette sécession fut menée par celui qui porte le nom de «maître de justice», par opposition à Jonathan, «le prêtre impie».

 
 

Outre ces deux branches, Flavius Josèphe mentionne la présence de nombreux esséniens habitant les villes et les villages de Palestine; ils avaient la réputation d'une grande hospitalité et s'efforçaient, là où ils étaient, de mener une vie aussi proche que possible de celle pratiquée à Qoumrân. Philon, de son côté, évoque la présence d'esséniens, qu'il appelle les thérapeutes, juifs anachorètes vivant sur la lagune d'Alexandrie. Ce mouvement piétiste connut donc une vitalité et une extension remarquables, et il dura plus de deux siècles. La première guerre juive y mit brutalement fin, du moins à Qoumrân, en 71. Après la seconde révolte de 135, tout espoir de réorganisation ayant été détruit, les esséniens qui ne furent pas réabsorbés par le judaïsme officiel passèrent au christianisme ou à l'une des multiples sectes gnostiques de l'époque. Dans la mesure où ce mouvement décidait de rompre avec le milieu ambiant, afin de prolonger en un dernier effort «l'isolement splendide» de la période perse et hellénistique, ses membres ne participèrent guère à l'évolution de l'histoire du peuple juif.

 
 

Ils se sont tenus à l'écart, soit physiquement (exodes à Qoumrân ou à Damas), soit moralement (communautés quasi secrètes des esséniens vivant dans le «monde»), ne jouant qu'un rôle de catalyseur lors de chaque tension politique ou religieuse.

 

La communauté de Qoumrân

La communauté de Qoumrân récapitule dans son intransigeance les caractéristiques de ce mouvement. Si ce mouvement est dû à l'initiative sacerdotale et si la hiérarchie est composée de prêtres, les laïcs n'en constituent pas moins la majeure partie de ses membres.

 
 

Après une période probatoire de trois ans, les nouveaux membres renonçaient à l'usage privé de leurs biens et menaient la vie de la communauté, dont les activités principales étaient le travail manuel (le groupe en vivait) et la réunion liturgique du soir préparant le banquet sacré, préfigurant le repas des «derniers temps». Les prescriptions et les rites réglaient minutieusement la vie de l'essénien, sur un calendrier précis et de nombreuses fêtes. La charité présidait aux rapports des membres de la communauté, le mensonge était un motif d'exclusion.

 

Les fils de lumière

La doctrine des esséniens sur Dieu, le monde et l'homme ne faisait que développer celle de l'Ancien Testament. Convaincus d'être le «petit reste» élu de Dieu, grâce auquel Israël serait sauvé, les esséniens voulaient hâter la venue des «derniers temps», qui amènerait la restauration de la prospérité pré-exilique, due, pensaient-ils, à la direction conjointe du peuple par le grand-prêtre et le roi. Leur mode de vie austère préparait l'avènement de la nouvelle alliance, annoncée par les prophètes. Le climat polémique de la formation de leur communauté les conduisait à s'identifier aux «fils de lumière», combattant les «fils de ténèbres», dont la fin des temps sanctionnerait l'ultime défaite.

 

Influences sur le christianisme

Outre l'intérêt linguistique, paléographique (le quart des manuscrits datant du Ier siècle av. J.-C. est biblique) et historique de ces documents exceptionnels, leur découverte permet de constater qu'ils annoncent partiellement certains écrits du Nouveau Testament comme ceux du judaïsme pharisien du Talmud. Leur théologie est centrée sur l'eschatologie (théorie relative aux fins dernières de l'homme ou du monde) qui s'affirme déjà dans les Écritures, leur piété fait sa place à une vie religieuse qui s'oriente vers une union plus personnalisée avec Dieu. L'importance accordée aux prescriptions légales se retrouve chez les pharisiens.

 

D'autre part, des ressemblances littérales, voire doctrinales, entre Jean et Paul et les écrits esséniens sont manifestes. L'organisation de l'Église primitive, telle qu'elle apparaît du moins idéalement dans les Actes ou dans les épîtres pauliniennes, est reprise à celle de la secte (communauté des biens, prière commune, repas liturgique). Sur le plan doctrinal, on retrouve la notion eschatologique du vrai Israël, l'anticipation, dès cette vie, de la béatitude inaugurée à la fin des temps, la lutte contre les forces du mal, etc. En d'autres termes, l'essénisme porte en lui de nombreux ferments qui ont fertilisé le sol où le christianisme a pris racine.

 

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