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Introduction
La
naissance et la diffusion de l'islam · Le
Prophète · L'essor
de l'empire musulman · Dynasties
rivales et villes concurrentes · L'Empire
ottoman et la dynastie moghole · L'influence
islamique en Indonésie et en Afrique L'islam
dans le monde moderne Les
dogmes islamiques Controverses
théologiques Le
culte islamique · Les
devoirs religieux · Une
religion syncrétique
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Introduction Pratiquée par plus d'un
milliard de fidèles à travers le monde, la religion fondée en Arabie par
le prophète Mahomet fut diffusée d'abord dans tout le Moyen-Orient, puis
elle étendit son influence à de nombreuses régions de l'Asie et de
l'Afrique. Depuis quatorze siècles, la communauté des musulmans perpétue
un mode de vie, un code moral, une culture, mais aussi une certaine
conception de l'État et du système juridique. |
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Le nom même de la religion – islam signifie en arabe «soumission» à
l'omnipotence divine – implique que les
musulmans gardent la foi et la confiance en Allah, Dieu un et unique, et
qu'ils s'engagent à lui obéir. Dans le Coran, le livre sacré de l'islam,
celui-ci est défini comme la religion d'Abraham, patriarche qui rompit
avec le culte des idoles, «vint vers son Seigneur le cœur pur», obéit aveuglément à Dieu quand celui-ci lui
demanda d'immoler son fils et le servit sans réserve. Aussi les musulmans
rejettent-ils les termes de «mahométisme» et de «mahométans», car ces
appellations répandues en Occident jusqu'à une époque récente suggèrent
qu'il existe un culte de Mahomet, analogue à celui de Jésus-Christ chez
les chrétiens, ce qui irait à l'encontre de la thèse coranique selon
laquelle seul Dieu doit être vénéré. |
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Dans l'esprit de l'islam, la religion n'englobe
pas seulement la piété et la foi individuelles ainsi que le dogme et le
culte de la communauté des croyants, mais elle définit aussi les lignes
directrices et les règles concernant tous les aspects et toutes les
dimensions de l'existence humaine. Ainsi, c'est la charia – la loi canonique – qui est
appelée à régir les pratiques religieuses aussi bien que la vie civile et
tout le comportement social: elle doit constituer la base du droit civil,
commercial et pénal. D'après les juristes musulmans, la charia a quatre
sources: le Coran; la sunna («coutume»), qui désigne les actes et
les jugements exemplaires du Prophète; le qiyas («analogie»), qui
est le principe d'application des lois énoncées dans les deux sources
précédentes à des problèmes qu'elles n'avaient pas traités; et
l'idjmaa («consensus»), l'accord établi au sein de la communauté
des croyants, qui, selon une parole du Prophète, ne peut jamais être
erroné. |
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La naissance et la diffusion de l'islam
L'islam remonte historiquement à l'époque où le prophète Mahomet
(570-632) reçut les révélations transcrites dans le Coran. Cependant, les
musulmans ne datent pas la naissance de leur religion au
VIIe siècle, car ils ne la considèrent pas comme une
innovation mais comme le rétablissement de la véritable religion
d'Abraham. Pour eux, l'islam est une religion intemporelle, non seulement
parce qu'elle professe la «vérité éternelle», mais aussi parce qu'elle
devrait être la religion de tous les hommes. |
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Le Prophète
Mahomet est né vers 570, dans la tribu des Qoraïchites, à La Mecque,
plaque tournante du commerce en Arabie occidentale. Vers 610, il eut la
première série de révélations qui le persuadèrent qu'il avait été choisi
comme messager de Dieu. Il commença à apporter le message qui lui avait
été confié, à savoir qu'il n'existait qu'un seul Dieu, auquel l'humanité
tout entière devait se soumettre. S'étant attiré l'animosité de ses
concitoyens par ses attaques contre le polythéisme, Mahomet finit par
émigrer à Médine avec quelques disciples. Cet exil, appelé l'hégire
(hidjra), eut lieu en 622; les musulmans fixèrent au début de
cette année-là le point de départ de leur calendrier lunaire (Anno
Hegirae, ou AH). |
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À Médine, Mahomet fut reconnu comme chef religieux et militaire. En
l'espace de quelques années, la région de Médine passa sous son contrôle,
et, en 630, il conquit enfin La Mecque. La Kaaba, sanctuaire qui
avait abrité les idoles des païens de cette ville, fut alors consacrée au
culte d'Allah et devint un lieu de pèlerinage pour tous les musulmans. À
sa mort, en 632, Mahomet avait rallié la plupart des tribus arabes à
l'islam. Il avait jeté les bases d'une communauté (umma) régie par
les lois de Dieu. |
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D'après le Coran, Mahomet est le Sceau des prophètes, le dernier d'une
lignée de messagers de Dieu qui commence avec Adam et comprend Abraham,
Noé, Moïse et Jésus. Pour l'édification des générations à venir, il
transmit la parole de Dieu qui lui avait été révélée et était consignée
dans le Coran, ainsi que ses jugements et ses décisions (sunna)
telles qu'elles sont rapportées par les hadith («récits»). |
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L'essor de l'empire musulman
À la mort de Mahomet, un calife («successeur»)
fut choisi pour le remplacer. Abou Bakr (calife de 632 à 634), beau-père
du Prophète, lui succéda comme premier calife; il lança un mouvement
expansionniste qui connut un essor considérable sous les deux califes
suivants, Omar Ier (calife de 634 à 644) et Othman (calife
de 644 à 656). En 656, le califat s'étendait sur toute la péninsule
Arabique, la Palestine et la Syrie, l'Égypte et la Libye, la Mésopotamie,
ainsi que sur une partie importante de l'Arménie et de la Perse. À la
suite de l'assassinat d'Othman, les dissensions entre les adeptes des deux
branches de la famille de Mahomet – les
descendants de Hachim et ceux d'Omayya –
aboutirent au schisme entre les chiites et les sunnites, qui, à l'heure
actuelle, divise encore la communauté musulmane. Après l'assassinat d'Ali
(calife de 656 à 661), le gendre du Prophète, qui appartenait à la branche
hachémite, les chiites refusèrent de reconnaître
Moawiyya Ier, le gouverneur syrien qui accéda alors au
pouvoir.
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Moawiyya établit pour près de quatre-vingt-dix ans le califat omeyyade
(661-750), qui prit Damas pour capitale. Il s'ensuivit une seconde vague
expansionniste. Après la conquête de la Tunisie, en 670, les troupes
musulmanes atteignirent, en 710, l'extrémité nord-ouest de l'Afrique
du Nord, et l'année suivante elles traversèrent le détroit de Gibraltar,
conquirent rapidement l'Espagne et pénétrèrent en France jusqu'à Poitiers,
où elles furent refoulées en 732. Sur la frontière nord, à plusieurs
reprises elles assiégèrent sans succès Constantinople, avant d'atteindre
l'est de l'Indus. L'empire musulman s'étendait dès lors aux frontières de
la Chine et de l'Inde, avec quelques colonies au Pendjab. |
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Dynasties rivales et villes concurrentes
En 750, la dynastie omeyyade fut évincée à Damas par les Abbassides,
qui transférèrent à Bagdad la capitale du califat. Débuta alors une
période davantage marquée par un développement spirituel que par une
expansion géographique. Comme en témoignent les œuvres des philosophes al-Kindi, al-Farabi et Ibn Sina
(Avicenne), les érudits musulmans jouèrent à cette époque un rôle
prépondérant dans le domaine de la littérature, des sciences et de la
philosophie. |
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Le pouvoir politique abbasside fut ébranlé par plusieurs dynasties
rivales: une dynastie omeyyade de Cordoue s'imposa en Espagne (756-1031);
les Fatimides, dynastie alliée aux ismaéliens (courant minoritaire
chiite), s'établirent en Tunisie (909) avant de gouverner l'Égypte
(969-1171); les Almoravides et les Almohades, dynasties musulmanes
berbères, régnèrent successivement sur l'Afrique du Nord et l'Espagne du
milieu du XIe siècle au milieu du
XIIIe siècle; les Seldjoukides, dynastie turque musulmane,
prirent Bagdad en 1055, et leur victoire sur les Byzantins
en 1071 entraîna, indirectement, les croisades chrétiennes
(1096-1254) contre le monde musulman; les Ayyoubides succédèrent,
en 1171, aux Fatimides en Égypte et jouèrent un rôle important par la
suite, face aux croisés. Les Abbassides furent finalement renversés
en 1258, à Bagdad, par les Moghols. Un membre de la dynastie s'enfuit
en Égypte, où il fut reconnu comme calife. Alors que la communauté de foi
demeurait une réalité incontestable, l'unité politique du monde musulman
était rompue à jamais. |
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L'Empire ottoman et la dynastie moghole
En Turquie, la dynastie ottomane, qui avait été fondée vers 1300
par Osman Ier, devint une puissance mondiale dominante au
XVe siècle et continua de jouer un rôle très important
tout au long des XVIe et XVIIe siècles.
L'Empire byzantin, contre lequel les armées musulmanes guerroyaient depuis
les débuts de l'islam, tomba lorsque le sultan ottoman Mehmet II
conquit Constantinople, en 1453, et en fit la capitale de l'Empire
ottoman. |
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Au cours de la première moitié du XVIe siècle, l'Empire
ottoman, qui était déjà fermement établi à travers toute l'Anatolie et
dans la majeure partie des Balkans, conquit la Syrie, l'Égypte (les
sultans prirent le titre de calife après avoir déposé le dernier Abbasside
au Caire) et l'Afrique du Nord. S'étendant aussi considérablement au
nord-ouest, il pénétra en Europe, assiégeant Vienne en 1529. La
défaite de la flotte ottomane à la bataille de Lépante, en 1571, ne
marqua pas, comme de nombreux Européens l'espéraient, le début d'une
dislocation rapide de l'Empire ottoman: plus d'un siècle plus tard,
en 1683, les troupes ottomanes mirent à nouveau le siège devant
Vienne. Le déclin de l'Empire devint plus visible à partir de la fin du
XVIIe siècle, et il ne survécut pas à la Première Guerre
mondiale. La Turquie devint une république, à l'instigation de Mustafa
Kemal Atatürk, en 1923, et le califat fut aboli en 1924. |
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Les Grands-Moghols, une dynastie musulmane d'origine mongole,
conquirent le nord de l'Inde en 1526. L'Empire moghol atteignit
l'apogée de sa puissance entre la fin du XVIe siècle et le
début du XVIIIe siècle. Sous les empereurs Akbar,
Djahangir, Chah Djahan et Aurangzeb, la domination moghole s'étendit à la
majeure partie du sous-continent, où la culture islamique, marquée d'une
profonde empreinte persane, s'implanta. La splendeur des Grands-Moghols
trouve une expression particulière dans leur architecture. Au
XVIIIe siècle, l'Empire moghol commença à décliner. Il
survécut, du moins à travers son nom, jusqu'en 1858, lorsque le
dernier sultan fut déposé par les Britanniques. |
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L'influence islamique en Indonésie et en Afrique
Si des marchands musulmans eurent sans doute des contacts sporadiques
en Indonésie à partir du Xe siècle, ce n'est qu'au
XIIIe siècle que l'islam s'établit à Sumatra, où de petits
États musulmans se constituèrent sur la côte nord-est. L'islam finit par
gagner Java au XVIe siècle, puis se diffusa, généralement
de façon pacifique, des zones côtières vers l'intérieur des terres, en
tous les points de l'archipel indonésien. Au XIXe siècle,
il avait atteint le nord-est et gagné les Philippines. De nos jours, les
musulmans représentent environ 85 % de la population
indonésienne. |
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L'islam pénétra l'Afrique occidentale en trois
phases principales. À partir du Xe siècle, il s'étendit
chez les caravaniers arabes et berbères. Puis suivit une période
d'islamisation progressive de certaines cours royales, notamment celle du
célèbre roi Kankan Moussa, qui régna de 1312 à 1337 au
Mali. Enfin, au XVIe siècle, les sectes soufis, des
confréries de mystiques telles que la Qadiriyya, la Tidjaniyya, la
Muridiyya, ainsi que des saints et des érudits, commencèrent à jouer un
rôle important. Le XIXe siècle connut plusieurs guerres
saintes (djihad), destinées à débarrasser l'islam des influences
païennes, et, à la fin du XIXe siècle et au cours de la
première moitié du XXe siècle, les musulmans prirent une
part active à la résistance contre les puissances coloniales. L'islam joue
un rôle important dans l'Afrique postcoloniale, notamment au Nigeria, au
Sénégal, en Guinée, au Mali et au Niger; des communautés islamiques plus
modestes sont installées dans les autres États de l'Afrique
occidentale.
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L'islam dans le monde moderne
L'expédition conduite par Bonaparte en Égypte, en 1798, suivie
trois ans plus tard par l'expulsion des troupes françaises par
Britanniques et Ottomans alliés, est souvent considérée comme le début de
la période moderne de l'islam. L'arrivée au pouvoir de Méhémet-Ali, qui
entreprit de reformer l'Égypte, dont il fut le vice-roi de 1805
à 1849, marqua en effet le début de la longue lutte d'un monde
musulman désireux de se libérer des tutelles coloniales et d'établir des
États indépendants. La résistance contre la domination étrangère ainsi que
l'effort pour rendre à la communauté musulmane la place qu'elle souhaitait
occuper dans le monde moderne caractérisent aussi bien les courants
panislamiques, tel celui mené par Djamal al-Din al-Afghani, que les
mouvements nationalistes du XXe siècle. |
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L'évolution politique, sociale et économique des nombreux pays à
majorité musulmane présente des différences considérables. La Turquie
ainsi que de nombreux pays arabes sont devenus des républiques laïques,
alors que l'Arabie Saoudite demeure une monarchie absolue, gouvernée au
nom de la loi islamique. De 1925 à 1979, l'Iran fut dirigé par
des souverains Pahlavi, dont la politique favorisa la laïcisation et
l'occidentalisation du pays. La résistance croissante de la communauté
musulmane, en grande majorité chiite, conduisit au départ forcé du chah et
à l'établissement d'une république islamique sous l'égide de l'ayatollah
Khomeyni. Depuis 1979, le Pakistan est devenu également une
république islamique, dont la Constitution prévoit l'application par
l'État de la loi islamique. |
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Les dogmes islamiques
Souvent enseignés au moyen d'un «catéchisme»,
par le biais de questions et de réponses, les dogmes islamiques sont
généralement traités selon six grandes catégories: Dieu, les anges, les
Écritures, les prophètes, le Jugement dernier et la prédestination. La
conception musulmane de Dieu est déterminante pour tous les autres
éléments de la foi. Parmi les anges (qui sont tous serviteurs d'Allah et
soumis à son pouvoir), certains sont censés jouer un rôle particulièrement
important dans la vie quotidienne des musulmans: notamment les anges
gardiens, qui notent les actes des hommes et dont ces derniers auront à
répondre le jour du Jugement dernier, ainsi que l'ange de la mort et ceux
qui interrogent les morts dans leurs tombeaux. Djibrail (Gabriel), dont le
nom est mentionné dans le Coran, est celui qui transmit la révélation
divine au Prophète.
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Promesse ou menace, le Jugement dernier occupe une place importante
dans le Coran, dans la pensée et la piété musulmanes. Le jour du Jugement
dernier Yom al-Dinn que seul Dieu peut connaître, chaque âme devra
répondre de ses actes. L'une des questions fondamentales qui se situent au
cœur des discussions théologiques sur le
Jugement dernier, et plus généralement sur le concept de Dieu, est de
savoir si les descriptions que donne le Coran du paradis et de l'enfer
comme des apparitions de Dieu doivent être interprétées de façon littérale
ou allégorique. La conception dominante adopte le principe de
l'interprétation littérale (Dieu est assis sur le trône, il possède des
mains), mais elle introduit des nuances en affirmant que les hommes n'ont
pas la faculté de juger et qu'ils doivent éviter de s'interroger sur
Allah, car Dieu est incomparable. |
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La question de la prédestination témoigne du même théocentrisme. Se
référant à la toute-puissance divine qui seule peut guider les hommes vers
la foi («Si Dieu ne nous avait guidés, nous n'aurions sûrement jamais été
guidés»), nombreux furent ceux qui en conclurent que Dieu décide également
de ne pas guider certains hommes, les laissant s'égarer ou même les
égarant délibérément. Dans les débats théologiques ultérieurs, les
détracteurs de la prédestination se préoccupaient moins de la liberté et
de la dignité humaines que de la défense de l'honneur de Dieu. |
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