le chiisme
 

L'imamat

Les obédiences chiites

 
La division, perçue aujourd'hui comme fondamentale, entre chiites et sunnites prend sa source dans les querelles politiques qui, lors de la première expansion de l'islam, éclatèrent notamment autour de la question de la succession du Prophète.  

L'imamat

Les chiites se définissent comme le «parti (chi'at) d'Ali», gendre de Mahomet et époux de Fatima, qui fut le quatrième calife, de 656 à 661, après Abou Bakr, Omar et Othman. Ils lui attribuent une sainteté éminente et un rôle presque égal à celui du Prophète, lui conférant un droit absolu à la direction spirituelle de la communauté, ainsi qu'à ses descendants en ligne directe: les imams, choisis selon un principe héréditaire. L'accession au califat est l'un des points de discorde entre les chiites et les sunnites, ceux-ci considérant Abou Bakr, Omar et Othman comme les trois premiers califes légaux (élus dans la tribu des Quraychites), et Ali comme un calife parmi les autres, sans prééminence. La seule fonction que les sunnites accordent aux imams est la direction de la prière. Les chiites, quant à eux, n'admettent pas les trois premiers califes reconnus par les sunnites, et considèrent que le califat ne pouvait légitimement revenir qu'à Ali, gendre du Prophète. Deux événements allaient ensuite consacrer la rupture définitive entre chiites et sunnites : la déposition de Hasan, fils d'Ali, par Moawiyya Ier (fondateur de la dynastie des Omeyyades), et que les chiites considèrent comme le deuxième imam légitime après Ali; puis le meurtre de Husayn, autre fils d'Ali et troisième imam selon les chiites, assassiné en 680 par les Omeyyades à Karbala (devenue de ce fait une des villes saintes du chiisme). Lors de la fête annuelle d'Achoura qui commémore ces événements, les chiites revivent, en se flagellant jusqu'au sang, les souffrances de Hasan et de Husayn.

 

La majorité des chiites sont dits «duodécimains» ou «imamites», car ils reconnaissent l'autorité de douze imams (Ali et ses onze successeurs) comme celle de véritables guides inspirés par un décret d'origine divine rendu en faveur de la descendance d'Ali. Le douzième et dernier imam ne serait pas mort mais aurait été «occulté» (c'est-à-dire qu'il aurait mystérieusement disparu) au IXe-Xe siècle. Vivant dans un monde invisible, l'«imam caché» (mahdi) doit revenir un jour définitivement parmi les hommes pour faire régner la justice. Cette dimension messianique du chiisme, avec sa mystique de la souffrance salvatrice, a été entretenue par le nombre important d'imams assassinés, ce qui a donné naissance à une martyrologie impressionnante avec ses lieux saints (al-Nadjaf, Karbala...). Le chiisme duodécimain est majoritaire et est religion d'État en Iran. D'importantes communautés chiites vivent également en Iraq et au Liban.

 

Les obédiences chiites


Dans la conception chiite de l'imamat, qui est restée minoritaire en islam, l'imam apparaît comme une sorte de «prêtre-roi», considéré comme l'unique source de toute autorité spirituelle et temporelle, et infaillible. Ce point de vue s'est imposé surtout en Perse, où il correspond probablement à des traditions bien antérieures, et où le chiisme est devenu religion d'État avec l'implantation de la dynastie séfévide à partir du XVIe siècle. Fait exceptionnel dans l'islam, les ayatollahs iraniens se sont constitués en un véritable «clergé» (notion étrangère à l'islam). Dirigé par les docteurs de la Loi, ce «clergé» s'est doté d'une grande autonomie politique et économique. Aux yeux des chiites, le pouvoir constitué n'a aucune légitimité, car celle-ci ne sera accordée qu'au seul imam caché, le mahdi, dont ils attendent le retour et qui assurera le triomphe de la vérité.

 

Le chiisme se divise en autant d'obédiences qu'il y a d'imams «reconnus»; on en dénombre une soixantaine. Les principales obédiences, outre celle des duodécimains, sont celles des zaydites au Yémen, qui ne reconnaissent que cinq imams, et des ismaéliens, au Proche-Orient, en Inde et en Afrique orientale, appelés septimains car ils ne reconnaissent que sept imams; issues de ces derniers, on trouve les sectes des Druzes, des haschischins et des Alaouites. Les ismaéliens, considérés comme des extrémistes, persécutèrent les sunnites, ce qui leur valut en retour de violentes répressions. Ils fondèrent les dynasties des Fatimides (Afrique du Nord, Égypte) aux Xe-XIIe siècles, et la secte des Qarmates (Xe siècle), qui survit à Bahreïn et au Yémen.