l'iconoclasme
 

· Les origines de l'iconoclasme
· Le premier iconoclasme (730-787)
· Le second iconoclasme et le rétablissement de l'orthodoxie (814-843)

 
L'iconoclasme est une doctrine religieuse qui interdit la représentation des images divines (les icônes) et leur culte. Aux VIIIe  et IXe siècles, cette question provoqua une grave crise dans l'Empire byzantin.  

Les origines de l'iconoclasme

Le christianisme hérita à sa naissance des interdits vétéro-testamentaires portant sur les images figurées et sur la représentation de Dieu. Il reprit aussi la thématique juive du refus de l'idolâtrie et, en particulier, l'interdiction absolue de vénérer les images, par des gestes ou des sacrifices, car Dieu seul pouvait faire l'objet d'un culte. Aussi, un grand nombre d'autorités ecclésiastiques considéraient les images religieuses avec suspicion. Eusèbe de Césarée (v. 265-v. 340) avait refusé à Constantia, la sœur de l'empereur, de lui envoyer une image du Christ ; Épiphane de Chypre (IVe siècle) raconte dans une de ses lettres comment, dans une église de Palestine, il déchira une tenture sur laquelle était brodée une effigie du Christ.

 
 

Cette tendance iconoclaste s'estompa avec les progrès de la christianisation, mais le débat, longtemps théorique, fut porté sur la place publique en Orient à partir du VIIe siècle en raison du développement important du culte des images et des excès qu'il suscita, liés à la croyance que l'icône participait du caractère sacré de son modèle, de ses pouvoirs ou de ses charismes. Pour les Byzantins, l'image n'était pas seulement une aide à la prière ; elle pouvait, comme le Christ, réaliser des miracles. Cette nouvelle forme de dévotion fit craindre aux empereurs byzantins la confusion entre images et idoles. Sur cette question de piété propre au monde byzantin se greffèrent toute une série d'interrogations philosophiques, théologiques, politiques et sociales qui conduisit les empereurs à prendre des mesures iconoclastes

 

Le premier iconoclasme (730-787)

 
Les débuts sous le règne de Léon III

L'iconoclasme débuta sous le règne de Léon III (717-741). Des sources rapportent que sur l'ordre de l'empereur, l'icône du Christ qui se trouvait placée au-dessus de la porte de bronze du palais de Chalcé fut détruite, au début de 727. Mais cet épisode reste controversé et discuté par les historiens. L'empereur ne prit officiellement position contre le culte des images qu'en 730, au cours d'un silention (réunion publique). Cette décision entraîna la démission de Germain, le patriarche de Constantinople, la condamnation des papes Grégoire II et Grégoire III et la réplique de Jean Damascène dans ses trois Discours sur les calomniateurs des images.

 
 

Selon certaines sources iconophiles, Léon III aurait été influencé par un ami d'origine juive ou converti à l'islam. D'autres font allusion à un décret du calife Yazîd (720-724) qui aurait interdit la figuration humaine dans les temples, les églises et les maisons. Mais, les sources chrétiennes orientales n'y faisant pas du tout mention, l'hypothèse d'une influence juive ou musulmane reste invérifiable et, probablement, sans fondement. Il est plus vraisemblable que Léon III ait été choqué par les excès qu'entraînait le culte des images et, surtout, qu'il ait été inquiété des profits qu'en tirait l'institution monastique. Peut-être aussi l'empereur a-t-il vu dans les malheurs de son temps (siège de Constantinople en 717/718 et prise de la ville d'Ikonion en 723/724 par les Arabes, éruption volcanique en mer Égée en 724) une manifestation de la colère divine contre le développement du culte des images et une incitation à lutter contre cette nouvelle forme de piété. Sa politique iconoclaste aurait ainsi répondu à une volonté de purifier la foi, de réformer la vie religieuse.

 
 

Léon III a fait l'objet d'une vaste littérature, qui l'accable de tous les maux, et qui le dépeint comme un empereur cruel. Pourtant, il adopta une position relativement mesurée et ne déclencha aucune persécution.

 
 

Mais avec Léon III, l'iconoclasme n'en était qu'à ses débuts ; il n'était pas encore constitué comme doctrine.

 

La politique de Constantin V

La théologie de l'iconoclasme fut établie par le fils et successeur de Léon III, Constantin V (718 - 775), qui rédigea lui-même un ouvrage, Peuseis (Interrogations), dans lequel il développa l'idée selon laquelle l'image parfaite devait être semblable, voire consubstantielle, à son modèle. L'image peinte du Christ ne pouvait rendre compte de sa nature divine. Seul le pain eucharistique pouvait la représenter.

 
 

Pour obtenir l'approbation de l'Église, Constantin V réunit, le 10 février 754, un concile à Hiéreia, non loin de Chalcédoine. Les trois cent trente-huit évêques orientaux qui y étaient rassemblés finirent, après sept mois de débat, par proscrire toute forme de vénération des images et frappèrent d'anathème les défenseurs des icônes. Mais ni les patriarches d'Antioche, de Jérusalem, et de Constantinople, ni les représentants du pape n'assistèrent à ce concile.

 

La persécution

Après le concile, Constantin entama une violente politique de répression. Il fit détruire ou déposer les images religieuses, les remplaça par des scènes profanes, et s'en prit aux défenseurs des images, notamment aux moines, dont certains, comme Étienne le Jeune ou Jean, higoumène du monastère de Monagria, subirent le martyre.

 

Le rétablissement du culte des images (787-814)

Le revirement de la politique impériale fut opéré l'impératrice Irène, veuve de Léon IV et mère de Constantin VI, avec l'aide du patriarche Taraise. En 787, l'impératrice convoqua un concile œcuménique à Nicée, où les évêques condamnèrent l'iconoclasme et rendirent le culte des images obligatoire. Il fut également décidé que les évêques qui avaient adhéré à l'iconoclasme pourraient conserver leur siège, à la condition qu'ils se repentent de leurs erreurs. La clémence dont ils bénéficièrent provoqua l'exaspération de certains religieux, dont les plus intransigeants, «les zélotes», se recrutèrent parmi les moines du couvent du Stoudios, avec à leur tête Théodore le Studite.

 
 

En Occident, ces décisions furent mal reçues. En effet, la traduction latine des actes du concile, rédigés en grec, était extrêmement maladroite. Aussi, lorsque Charlemagne en prit connaissance, il crut, à tort, qu'ils recommandaient l'adoration des images. Le souverain, qui songeait sans doute au rétablissement de l'Empire, saisit cette occasion pour rompre avec Byzance. Il fit alors rédiger par Théodulf le Capitulaire sur les images appelé aussi Livres carolins dans lesquels il était exposé que les images saintes ne devaient servir qu'à l'instruction de ceux qui ne savaient pas lire. Puis, en 794, Charlemagne réunit à Francfort un concile où il fit condamner les décisions prises à Nicée, au même titre que l'adoptianisme espagnol. Le pape Hadrien, très embarrassé de cette initiative, prit la défense des Byzantins, et condamna les positions de Charlemagne, sans pour autant reconnaître officiellement l'autorité du concile oriental.

 

Le second iconoclasme et le rétablissement de l'orthodoxie (814-843)

L'iconoclasme reprit sous le règne de Léon V (813-820), dans des conditions très différentes. Du côté des défenseurs du culte des images apparurent d'authentiques penseurs comme Nicéphore ou Théodore le Studite, qui répondirent, à un siècle de distance aux arguments de Constantin V. Quant aux empereurs iconoclastes, ils adoptèrent des positions beaucoup plus modérées que celles de leurs prédécesseurs.

 
 

Après 787, l'Empire byzantin avait traversé une période extrêmement troublée (destruction de l'armée byzantine par les Bulgares de Krom en 792, raids musulmans sur Éphèse, Amorion et le Bosphore, affaiblissement de l'institution impériale) qui fit croire à ses sujets qu'il était victime, comme sous le règne de Léon III, d'une malédiction divine, due au rétablissement du culte des images. Aussi, le mouvement iconoclaste se reconstitua, surtout dans l'armée.

 
 

En 813, à la suite d'une défaite contre les Bulgares, une révolte militaire renversa l'empereur Michel Ier, qui se fit moine, et mit à sa place un officier arménien, Léon, favorable à l'iconoclasme.

 

La politique de Léon V

En 814, Léon V chargea deux conseillers de réunir des partisans et de rassembler un dossier contre les images. Puis, à la fin de la même année, il demanda au patriarche Nicéphore et à certains évêques de placer les icônes plus haut sur les murs des églises, afin de les soustraire au regard des fidèles. Nicéphore, approuvé par Théodore le Studite, s'y opposa et tenta de regrouper les partisans des images. Mais, malade et abandonné par certains évêques qui l'avaient d'abord soutenu, il fut exilé en 815 et remplacé par Théodore Mélissène Cassitéras. La même année, celui-ci réunit avec l'empereur Léon V un concile qui réprouva les canons de Nicée II et reprit, quoique sous une forme parfois atténuée, la condamnation du culte des images formulée par le concile iconoclaste de Hiéreia (754). Si le culte des images demeurait interdit, l'image, elle, n'était pas condamnée : elle pouvait être suspendue dans les établissements religieux, à condition de n'y jouer qu'un rôle pédagogique et narratif.

 
 

L'épiscopat accepta les décisions du concile ; les opposants furent très peu nombreux. Seuls l'évêque Euthyme de Sardes, Hilarion de Dalmatou, Théodore le Studite et un groupe de moines de Constantinople furent emprisonnés.

 

La radicalisation de l'iconoclasme

La politique iconoclaste, poursuivie par Michel II le Bègue (820-829), assassin et successeur de Léon V, se radicalisa sous le règne de Théophile (829-842). Cependant, la persécution, qui reprit en 835, ne fut pas aussi virulente que lors du premier iconoclasme, car l'empereur voulait éviter de faire des martyrs. Seuls les chefs de file du mouvement iconodoule furent poursuivis. Les sources rapportent aussi la persécution de deux frères palestiniens, à qui l'on grava sur le front les idées qu'ils professaient.

 

Les nouvelles conceptions iconodoules

La renaissance de l'iconoclasme incita les défenseurs des images à rendre plus cohérente la théologie de l'image, pour en justifier le culte. Ainsi, le patriarche Nicéphore et Théodore le Studite, sans doute influencés par les idées d'Aristote, développèrent une nouvelle réflexion autour de la relation entre l'image et son modèle : l'image, quoique différente de son modèle exprime son caractère sacré. C'est le contretype de son modèle. Ainsi, en révérant l'image du Christ fixée par le dessin, le croyant révère le Christ dans une même adoration.

 

Le rétablissement de l'orthodoxie (843)

Le culte des images fut finalement rétabli par l'impératrice Théodora, lors du synode du Kanikléion dont les décisions, officiellement proclamées le 11 mars 843, mirent un terme à une crise de 113 années. Depuis cette date, chaque année, l'Église orthodoxe commémore le triomphe des images à l'occasion du premier dimanche de Carême, nommé dimanche de l'orthodoxie.

 
 

Au lendemain de l'iconoclasme, l'Église byzantine et l'institution monastique sortirent renforcées, et le culte des images triompha en Orient. Les icônes se multiplièrent et devinrent un élément essentiel de la piété byzantine. Ses canons artistiques se normalisèrent. En revanche, en Occident, cette forme de dévotion ne fut jamais adoptée, et l'image religieuse conserva une vocation essentiellement pédagogique.

 

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