le déisme
 

Le courant humaniste

L'Être suprême

 
Le déisme est la croyance en Dieu, professée non pas en vertu d'une révélation divine que l'on juge vraie mais en raison d'une conviction intime obtenue par le travail de l'esprit ou l'effusion de l'âme. Le déiste est donc un croyant qui repousse les trois grandes religions monothéistes révélées: christianisme, judaïsme et islam, et qui, selon la définition de Pascal, rejette le «Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob» pour adopter celui «des philosophes et des savants».  

Le courant humaniste

Le déisme ainsi conçu a été répandu pendant la Renaissance dans les milieux humanistes nourris de la philosophie antique antérieure au christianisme. Il a connu, au XVIIe siècle, une grande vogue en Angleterre, mais dans des cercles restreints. Au XVIIIe siècle il a envahi l'Europe, et spécialement la France, à la suite des idées philosophiques, dont il était un élément essentiel.

 
 

Le déisme est en effet confiance dans l'homme capable de s'élever seul jusqu'à la divinité, sans le secours d'aucune médiation. La raison suffit au déiste pour reconnaître l'existence de Dieu et trouver les moyens de l'honorer par la pratique des vertus morales. Ainsi Voltaire constate que la «mécanique de l'univers» nécessite un «horloger», Rousseau arrive à Dieu par le spectacle de la nature et l'existence de sentiments divins chez l'homme que la société n'a pas perverti. Voltaire et Rousseau furent chacun déistes à leur manière, mais ils se retrouvèrent pour critiquer vivement le christianisme et l'Église catholique. Les déistes raillaient les divisions des chrétiens, le sang qu'elles avaient fait couler. Ils rapprochaient les livres sacrés, les croyances et les rites des divers cultes pour s'en moquer, stigmatiser la futilité de ces différences et préconiser la tolérance réciproque.

 
 

Du reste, les déistes disciples de Voltaire admettaient fort bien que les humbles et les ignorants s'aidassent de pratiques religieuses déterminées pour vivre honnêtement. Mais les lois devaient tenir compte le moins possible des différences religieuses et ne jamais accepter de contraintes dogmatiques. Les déistes à la manière de Rousseau étaient plus systématiques, plus hostiles aux anciennes croyances.

 

L'Être suprême

Les uns et les autres formaient avant 1789 la majorité de l'élite noble et bourgeoise. Le déisme était même répandu dans le clergé, et bien des prêtres se flattaient de prêcher seulement une religion naturelle. Les tendances matérialistes répandues après 1750 par plusieurs penseurs athées demeuraient très minoritaires, et la pensée déiste a inspiré la législation révolutionnaire, qui invoque la morale naturelle et refuse toute marque confessionnelle. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, les Constitutions de l'an I (1793) et de l'an III (1795) mentionnent dans leur préambule «l'Être suprême». Robespierre fit décréter par la Convention le 7 mai 1794: «Le peuple français reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme».

 
 

Le culte déiste, inauguré le 8 juin 1794 par une grande fête parisienne, prenait la suite de la religion patriotique née spontanément depuis 1789. Il utilisait ses symboles (bonnet rouge, autel civique, arbre de la Liberté) et son credo (la Déclaration des droits). Le calendrier républicain indiquait les jours de fête. Sous le Directoire, le culte civique se confondit avec la théophilanthropie, sorte d'Église déiste que Bonaparte dispersa.