la kabbale
 
L'univers de la kabbale
· La connaissance de Dieu
· L'interprétation ésotérique
Origine et développement

 
(ou (la) cabale ).

La kabbale (de l'hébreu qabbalah, «tradition») est un terme général appliqué à un mouvement mystique juif qui plonge ses racines dans le judaïsme primitif et qui s'épanouit en Espagne et dans le sud de la France au XIIIe siècle, puis à Safad, en Palestine, au XVIe siècle.

 
 

La kabbale tente d'adapter aux dogmes bibliques de la Création, à la gnose juive et à l'exégèse talmudiste les théories d'Aristote, de Pythagore et de Platon. Longtemps enseignée par quelques initiés à de petits groupes de disciples et faisant l'objet de traités nombreux mais rarement publiés, elle n'est pas un corps de doctrine homogène, mais un ensemble de théories et d'expériences (mystiques) souvent fort éloignées les unes des autres. La kabbale, qui constitue la tradition mystique des Hébreux, est le fait d'hommes profondément religieux et de grands penseurs.

 

L'univers de la kabbale

Les kabbalistes croient en l'existence d'un Dieu impersonnel, l'En-Soph («ce qui est infini»), qui demeure éternellement inconnaissable dans les profondeurs de son propre être.

 

La connaissance de Dieu

La kabbale veut concilier l'En-Soph avec le Dieu personnel de la Bible. Cet effort se traduit par une gamme de tentatives dont est née la doctrine des sephiroth, qui, bien que très différemment exprimée par les maîtres de la kabbale, constitue l'essentiel de leur enseignement. Selon les uns, les dix sephiroth prises ensemble ne sont pas autre chose que Dieu, chacune d'elles présentant une face de l'infini; selon les autres, ce ne sont que les instruments de la puissance divine; Dieu est immanent en elles, mais il demeure au-delà de ce qui est perçu en elles. Les sephiroth sont degrés de l'être, force divine, catégories au sens d'Aristote, nombres, sphères, vases qui reflètent en différentes couleurs la lumière divine, noms de Dieu, enfin degrés à travers lesquels Dieu descend de sa retraite jusqu'à sa révélation dans la Chekhina, l'étincelle créatrice. Il est difficile de les définir. Prenant leur source dans le monde supérieur et infini, mais conditions du «fini», elles exercent leur activité dans les trois mondes inférieurs: idées créatrices, forces créatrices, formes créatrices.

 
 

Les âmes humaines, primitivement unies en Adam, ont été séparées après la chute et unies au corps. Elles sont formées de trois éléments qui participent aux trois mondes. Après la mort, le premier élément retourne à la lumière de Dieu, le second connaît les béatitudes du paradis, le troisième repose en paix sur la terre. Il en est ainsi pour les âmes des justes; celles des pécheurs doivent, à travers une transmigration dans d'autres corps humains, réaliser la perfection de leur existence terrestre.

 

L'interprétation ésotérique

Les kabbalistes enseignent que le monde fini n'est pas une émanation de l'infini, mais qu'au contraire il est né d'une contraction de cet infini qui a libéré l'espace primordial dans lequel il se situe. Dans cet espace abandonné grouillent les puissances du mal, sous-produits de l'action des sephiroth, et se débat l'âme du Messie, tourmentée par les démons, dont elle finira par triompher.

 
 

Le moyen de parvenir à la connaissance est l'interprétation de la grande révélation offerte par la Torah, qui n'a pas seulement un sens littéral. Elle possède aussi un sens allégorique, mais surtout un sens secret qu'il est possible de pénétrer par l'interprétation, la combinaison et la contemplation des lettres qui la composent et de leurs valeurs chiffrées. Cette contemplation des lettres est l'une des formes essentielles de la mystique kabbaliste; elle aboutit à la perception du Grand Nom de Dieu et, par là, à la connaissance universelle. Cette interprétation ésotérique de la Torah conduit à donner aux commandements de la Loi une signification magique qui dépasse leur signification littérale. Elle justifie l'importance des commandements: le sens moral de toute action humaine se situe sur le plan de l'infini cosmique et influe sur l'équilibre des mondes.

 

Origine et développement

Le mouvement de la kabbale a des origines très anciennes. On trouve déjà une partie de ses éléments dans la littérature apocalyptique des IIe et Ier siècles avant J.-C. Les esséniens ont parfois été considérés comme des précurseurs de la kabbale. Le Zohar ou Sefer ha-Zohar (Livre de la splendeur), livre sacré des kabbalistes, prétend rapporter l'enseignement que Simon bar Yohaï dispensait à ses disciples au IIe siècle après J.-C. Le Sepher Yetsira, le Livre de la Création, redécouvert au IXe siècle, fut écrit entre le IIIe et le VIe siècle; il contient déjà les éléments d'une cosmogonie fondée sur les dix chiffres (les sephiroth) et les vingt-deux lettres de l'alphabet hébraïque, et propose le Grand Nom de Dieu comme objet suprême de la méditation.

 
 

À partir du XIIIe siècle, les kabbalistes apparaissent comme un groupe mystique distinct, avec Abraham Aboulafia, représentant du kabbalisme extatique, qui puise son inspiration à la fois dans le Sepher jetzira et dans l'œuvre du philosophe juif Maimonide (1135-1204), et surtout avec Moïse de León, qui, entre 1270 et 1280, écrit en araméen une série de traités dont l'ensemble constitue le Sepher ha-Zohar ou Livre de la Splendeur: l'importance de ce maître livre de la kabbale fut telle que l'on a souvent confondu la doctrine tout entière avec cette œuvre particulière.

 
 

En 1492, les Juifs sont chassés d'Espagne par Isabelle la Catholique, et un groupe de mystiques part s'établir à Safad, petite ville de Galilée où, pendant plus d'un siècle, les activités kabbalistes vont connaître une vie intense. Moïse Cordovero et surtout Isaac Louria transportent la kabbale du cercle étroit des initiés jusque dans la conscience populaire. Leur doctrine est une tentative pour surmonter l'exil, en en aggravant les tourments, mais en exaltant l'espoir d'une rédemption. L'accent est mis sur le rôle véritable de la Loi: diriger l'effort intérieur de l'Homme vers la restauration de l'harmonie universelle.

 
 

Un siècle plus tard, la kabbale aboutit à la doctrine hérétique de Sabbatai Zevi, qui se proclame Messie et suscite une immense espérance dans le monde juif. En 1666, il se convertit à l'islam, mais, en dépit de son apostasie et jusqu'à nos jours, il conserve des disciples qui croient voir personnifiée en lui la vieille conception du Messie torturé par les puissances du mal.

 
 

Le kabbalisme, bien que comptant encore quelques adeptes, a aujourd'hui cédé la place à une autre forme de mysticisme, le hassidisme (de hassid, «pieux»), rénové en Europe orientale vers le milieu du XVIIIe siècle, mais qui a hérité beaucoup d'éléments de l'ancienne mystique.

 
 

La pensée kabbaliste, d'essence purement juive, a pénétré le monde chrétien. Les cathares ne l'ont sans doute pas ignorée. Raymond Lulle (1233-1315), Pic de La Mirandole (1463-1494), Reuchlin (1455-1522), Paracelse (1493-1541) s'en sont inspirés, ainsi que de nombreux écrivains.

 

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