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Peu
après la mort de Cyrille d'Alexandrie (444), de nouvelles querelles
christologiques s'élevèrent dans la chrétienté et, en réaction contre
l'hérésie du nestorianisme (qui voulait distinguer en Jésus-Christ deux
personnes), apparut le monophysisme, qui ne voulait considérer qu'une
nature dans le Christ, ce qui constitua une nouvelle hérésie, plus
importante et plus profonde que la première. Le précurseur en avait été
Apollinaire le Jeune (v. 310 - v. 390), évêque de Laodicée, qui, dans sa
Démonstration de l'Incarnation de Dieu, énonça une doctrine déniant
au Christ un corps humain animé d'une âme sensible puisque sa propre
divinité en tient lieu : «La divinité et la chair sont deux parties
constitutives d'une seule nature, de même que, dans l'homme ordinaire, on
a une seule nature formée de deux parties imparfaites, l'âme et le corps.»
Ainsi, en ne laissant à Jésus-Christ qu'un corps sans âme, Apollinaire ne
lui accordait qu'une humanité équivoque, incomplète, et qui, n'étant pas
consubstantielle à celle de l'humanité terrestre, compromettait, dans son
fondement l'action même de la rédemption. La doctrine d'Apollinaire,
combattue en 377 par le pape Damase, fut vigoureusement condamnée par le
concile de Constantinople (381). |
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Mais la subtile dissection à laquelle s'était livré Apollinaire
préparait l'hérésie monophysite. Cette doctrine ne prétendait reconnaître
en Jésus-Christ qu'une seule nature (en grec, monos, unique, et
physis, nature). Pour la réfuter, l'Église fut ébranlée très
profondément tout au long de la seconde moitié du
Ve siècle. |
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Le véritable promoteur de cette hérésie fut Eutychès,
archimandrite (c'est-à-dire supérieur) d'un monastère de Constantinople.
En novembre 448, Eutychès se vit condamner et déposer par le synode de
cette ville (synode endemousa) pour avoir soutenu que le Christ est
de deux natures (humaine et divine) avant l'Incarnation, mais non après
(dès lors, il ne possède plus qu'une nature, la divine), et que la Vierge
Marie est consubstantielle à l'humanité, mais non le Christ. Ne se tenant
pas pour battu, Eutychès, quoique condamné par le patriarche de
Contantinople, obtint de l'empereur d'Orient, Théodose II, la
convocation d'un concile général afin de réexaminer sa doctrine. Ce
concile, que Théodose II convoqua à Éphèse, en 449, devint le
théâtre de scènes violentes qui restèrent dans les annales de l'histoire
de l'Église sous le nom de «brigandage d'Éphèse». Le concile s'ouvrit sous
la présidence de Disoscore, patriarche d'Alexandrie, et partisan du
monophysisme. Très vite, menaces physiques et coups contraignirent les
opposants d'Eutychès au silence : «Anathème celui qui met deux natures
dans le Christ ! Qu'on le chasse, qu'on le massacre !» Le
patriarche de Constantinople mourut en prison à la suite des coups qu'il
reçut. La doctrine des «deux natures» fut rejetée, et après avoir déclaré
Eutychès orthodoxe et chassé du pouvoir tous ceux qui ne
partageaient pas ses vues, le concile rétablit l'archimandrite dans ses
fonctions. |
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À Rome, apprenant ces événements, le pape Léon Ier
convoqua aussitôt un synode (septembre 449), qui condamna formellement les
conclusions du concile d'Éphèse. Cependant, devant les dangers que
représentait pour l'Église entière l'hérésie d'Eutychès, Marcien caressait
le projet d'un nouveau concile général. Après de nouvelles péripéties
violentes (dont la mort accidentelle de Théodose II), ce nouveau
concile œcuménique fut convoqué à Chalcédoine,
en 451. Plus de 520 évêques, auxquels se joignirent les légats
romains, condamnèrent Eutychès et sa doctrine, et, après de longs et
tumultueux débats, parvinrent à rédiger une profession de foi commune
proclamant que «Dieu le Verbe, Fils unique de Dieu, né de la Vierge Marie
quant à son humanité, est en deux natures qui demeurent sans confusion,
sans changement, sans division ni séparation, qu'il est vraiment Dieu et
vraiment homme, composé d'une âme raisonnable et d'un corps,
consubstantiel au Père selon la divinité, et consubstantiel à nous selon
l'humanité, car l'union n'a pas supprimé la différence des natures;
chacune d'elles a conservé ses manières d'être propres et s'est rencontrée
avec l'autre dans une unique personne d'hypostase.» |
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La querelle n'était pas close pour autant. Tandis que certains, tel le
nouveau patriarche d'Alexandrie, Cyrille, accentuaient leurs positions
dogmatiques en mettant au premier plan la nature divine du Christ, la
résistance des courants monophysites s'organisa, sous l'impulsion de
fortes personnalités, comme Théodore, évêque monophysite de Jérusalem, ou
Sévère d'Antioche au VIe siècle. En 484, l'empereur Anastase,
lui-même fervent monophysite, fut remplacé par Justin, qui rétablit
l'orthodoxie des Pères du concile de Chalcédoine. |
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L'hérésie semblait vaincue, mais ce court temps lui
avait permis de s'étendre dans tout le Proche-Orient. De Constantinople,
où elle bénéficiait encore du soutien d'une grande partie des moines, elle
passa en Syrie, où une Église monophysite autonome apparut, sous l'action
de Jacques Baradée, et où elle susbsiste encore au sein de l'Église
jacobite (dont le nom conserve jusqu'à aujourd'hui le nom de son
fondateur); les pays du Caucase furent partagés entre le monophysisme
(l'Arménie) et l'orthodoxie chalcédonienne (la Géorgie); l'hérésie
triompha pleinement en Égypte, où le monophysisme s'implanta durablement
et donna naissance à l'Église copte, qui rejette la foi de Chalcédoine, et
en Éthiopie. |
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Au VIIe siècle, les empereurs
byzantins, espérant réunifier l'Orient chrétien contre la menace perse,
cherchèrent à rétablir la communion avec les monophysites en leur
proposant une nouvelle confession de foi admettant, comme les
Chalcédoniens, la double nature du Christ mais lui reconnaissant une seule
énergie et une seule volonté. Cette formule, proposée en 616 par Serge,
patriarche de Constantinople, fut à l'origine de ce qu'on appelle le
«monothélisme». Mais elle ne rencontra pas les succès escompté chez les
monophysites et fut condamnée par le IIIe concile de
Constantinople (680-681). |
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