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· Du
Pséphos à l'Ecthèse (633-638) · Une
querelle entre Rome et Constantinople (638-655) · De
la condamnation de l'Ecthèse au Typos (640-648) · Le
concile du Latran (649) et l'arrestation de
Martin Ier · Le
concile de Constantinople III (680-681) et la fin du
conflit
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| Doctrine chrétienne qui, en
accord avec le concile œcuménique de Chalcédoine
de 451, admet la double nature du Christ, humaine et divine, mais
propose de ne lui reconnaître qu'une seule «énergie» (une seule force
active) et qu'une seule «volonté» (thêlema, d'où le terme de
monothélisme). Cette doctrine fut définie en 616 par Serge, le
patriarche de Constantinople, et Héraclius Ier ,
l'empereur, pour rallier, dans un Empire d'Orient alors menacé par les
Perses, les monophysites, nombreux en Égypte et Syrie. |
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Du Pséphos à l'Ecthèse (633-638)
En 633, le patriarche d'Alexandrie Cyrus, fidèle à la politique
religieuse de Serge, réalisait l'union des orthodoxes et des monophysites
égyptiens autour d'une formule clairement monothélite (ou plutôt
«monoénergiste») : «L'unique et même Christ opère les actions divines et
les actions humaines par une seule énergie théandrique». |
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Sophrone de Jérusalem, présent à Alexandrie
en 633, perçut aussitôt le danger que la formule retenue faisait
courir à l'orthodoxie. Pour lui, l'activité de Jésus se situait au niveau
des natures du Christ et non de la personne ; aussi, il fallait parler de
deux «activités» dans le Christ et non d'une seule. Après avoir vainement
tenté de convaincre Cyrus, Sophrone se rendit à Constantinople pour
alerter le patriarche Serge. Celui-ci, bien qu'il fût, à n'en point douter
l'instigateur de la politique appliquée en Égypte, se rendit aux arguments
de Sophrone. Il promulgua un décret, le Pséphos (633), par lequel
il interdisait à tout chrétien de parler d'une ou de deux «activités» du
Christ. Par ailleurs, il écrivit au pape Honorius une habile lettre qui
expliquait sa politique de conciliation. |
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À Rome, le pontife, mal conseillé par son entourage et peu enclin à la
théologie, refusa, comme Serge, de parler d'une ou de deux «activités»,
mais accepta imprudemment de voir dans le Christ une volonté unique,
rappelant la phrase du Christ «Père, que votre volonté soit faite et non
la mienne». Cette formule fut reprise par Serge et les tenants de la
politique d'union avec les monophysites, politique dont la nécessité
apparaissait d'autant plus grande que l'Empire était alors menacé par les
Arabes. Aussi, en 638, à l'instigation de Serge, l'empereur Héraclius
publia une définition de foi, l'Ecthèse, dans laquelle il
renouvelait l'interdiction posée par le Pséphos de poursuivre le
débat sur la ou les «activités» du Christ, et formulait une nouvelle
proposition : « Nous confessons une volonté de notre Seigneur et Vrai Dieu
Jésus-Christ ». C'est la proposition centrale du monothélisme. Mais,
l'édit, affiché sur la porte de Sainte-Sophie, n'eut pas le résultat
escompté. Les monophysites restèrent fidèles à leur doctrine et
s'opposèrent aux tenants de la position impériale. |
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Une querelle entre Rome et Constantinople (638-655)
La publication de l'Ecthèse ouvrit une nouvelle phase dans
l'évolution du monothélisme. D'une part, parce qu'après sa promulgation,
les principaux protagonistes moururent (le patriarche Serge en 638,
le moine Sophrone et l'empereur Héraclius en 641), laissant la place
à des hommes d'une nouvelle génération, mais aussi parce que la querelle
théologique, d'abord cantonnée au seul monde oriental, devint un objet de
litige entre Constantinople et Rome. |
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À cette opposition religieuse entre l'Orient et l'Occident s'ajouta en
effet un différend politique. En Italie, passée sous le contrôle de
l'Empire depuis la reconquête de Justinien, les populations souffraient
des exactions des troupes byzantines et des agents du fisc. De plus,
depuis la fin du VIe siècle, les Lombards occupaient le
nord de la péninsule, ainsi que les régions de Spolète et de Bénévent.
Aussi, comme les Byzantins manquaient de moyens pour lutter contre les
Lombards, les papes se positionnèrent comme les défenseurs de l'Italie
contre les Barbares, mais aussi contre les appétits de l'Empire. |
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De la condamnation de l'Ecthèse au Typos (640-648)
L'Ecthèse fut condamnée à Rome par le
pape Jean IV, puis par son successeur, Théodore Ier.
À Constantinople, le patriarche Pyrrhus, chassé par une révolution de
palais, s'exila en Afrique et céda son trône à Paul (641-653). Ce dernier,
soutenu par le nouvel empereur, Constant II, poursuivit la politique
monothélite, ce qui entraîna un durcissement des positions romaines.
Condamné avec Pyrrhus en 646 par Théodore Ier, Paul
répliqua en faisant mettre à sac la résidence des apocrisiaires
(représentants) du pape et exila l'un d'entre eux. Puis, sous l'influence
du patriarche, l'empereur Constant II promulgua en 648 un décret
impérial, le Typos, qui abolissait l'Ecthèse et interdisait
comme Serge dans le Pséphos, de parler d'«énergie» ou de «volonté»
du Christ. Constant II espérait ainsi passer sous silence une dispute
qui nuisait à l'unité de l'Église et de l'Empire. Mais dans les faits, il
restait fidèle au monothélisme. |
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Le concile du Latran (649) et l'arrestation de
Martin Ier
Le nouveau pape, Martin Ier, riposta en convoquant un
concile au Latran (octobre 649) qui condamna le Typos, jeta
l'anathème sur les patriarches monothélites et affirma la dualité des
énergies et des volontés dans le Christ. Tous les évêques d'Occident
avaient été convoqués mais seuls vinrent ceux d'Italie, de Sicile, de
Sardaigne et d'Afrique. Ils furent toutefois soutenus et aidés dans leurs
travaux par plusieurs dizaines de moines orientaux, parmi lesquels
figuraient Maxime le Confesseur (579-662) et Étienne de Dora.
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L'empereur Constant II répondit par un coup de force. Il envoya
l'exarque Olympios en Italie et lui ordonna de faire appliquer le
Typos. Mais le dignitaire, après avoir échoué dans cette mission,
en raison de la résistance du clergé et du peuple romain, choisit de
changer de camp et chercha à se faire proclamer empereur avec le concours
de différents officiers byzantins. Il mourut en 652 au cours d'une
épidémie et Constant ler le remplaça par Théodore
Kalliopas, qui parvint à arrêter Martin et Maxime (653). |
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Conduit à Constantinople, Martin fut jugé et condamné à mort. Le
procès, intenté au pape, n'aborda aucune question théologique. Les chefs
d'accusation retenus contre lui furent, pour l'essentiel, politiques et
sans fondement, puisqu'il lui fut reproché d'avoir favorisé la révolte
d'Olympios. Martin fut finalement gracié et exilé en Crimée, où il mourut
(655). |
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Maxime le Confesseur fut condamné à être amputé de la langue et de
la main droite (662). Il mourut en exil des suites de ses
blessures. |
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Le concile de Constantinople III (680-681) et la fin du
conflit
La crise monothélite fut finalement résolue par
le successeur de Constant II, l'empereur Constantin IV
(668-685). Celui-ci réunit un concile œcuménique
(Constantinople III, 680-681), qui condamna le monothélisme et jeta
l'anathème sur le pape Honorius et les patriarches monothélites. Il reprit
la profession de foi de Chalcédoine et la précisa en reconnaissant au
Christ « deux volontés, non pas opposées l'une à l'autre mais une volonté
humaine subordonnée à la volonté divine ». Le pape Léon II approuva
les actes du concile, les fit traduire en latin et les envoya aux
métropolitains d'Occident. |
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Après le concile de Constantinople, le monothélisme ressurgit encore
sous le règne de Philippikos Bardanès (711-713), puis disparut
définitivement. |
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