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Une
entreprise indéfiniment reconduite La
naissance du mouvement œcuménique · L'initiative
protestante · Le
Conseil œcuménique des Églises Des
débuts difficiles · L'engagement
de l'Église catholique romaine: Vatican II
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| L'œcuménisme est le mouvement pour l'union de toutes les
Églises chrétiennes en une seule. L'effort de rapprochement entre les
Églises chrétiennes divisées, auquel on assiste depuis quelques décennies,
pourrait donner l'impression que celles-ci sont en train de recouvrer une
unité perdue depuis longtemps. En fait, la prière «Que tous soient un,
afin que le monde croie que tu m'as envoyé», attribuée à Jésus, doit être
assurément entendue comme une promesse dont l'avènement est constamment à
susciter: l'unité n'est pas donnée, mais à faire. Certaines époques ont
plus négligé que d'autres cette incessante construction. À ces périodes-là
a dominé une conception rigide et hégémonique de l'unité, cherchant à
imposer la soumission de toutes les Églises à une autorité unique qui
niait les différences historiques et culturelles, de surcroît
complémentaires et fécondes. |
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L'évocation de quelques grandes périodes de l'histoire de l'Église
montre que la construction de l'unité a souvent été mise en échec et
qu'elle n'a jamais été définitivement acquise. |
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Une entreprise indéfiniment reconduite
Ainsi, dès le début de la communauté chrétienne, l'annonce de
l'Évangile aux païens suscita-t-elle des dissensions: fallait-il ou non,
pour se réclamer de la foi évangélique, observer les prescriptions de la
loi de Moïse? Plus tard, les nécessaires précisions doctrinales sur la
personne du Christ provoquèrent des schismes: par exemple, l'hérésie
arienne qui divisa l'Église durant deux siècles. Face à ces divisions, les
conciles dits «œcuméniques» – car ils exprimaient la foi de toute l'Église prenant
des décisions doctrinales et disciplinaires –
luttèrent pour garder l'unité ecclésiale. En dépit du ralliement à Rome
des Églises maronite (1181) et ruthène (1596) – d'où leur nom d'«uniates» – l'époque médiévale a été celle de la séparation de
l'Orient et de l'Occident (schisme d'Orient, en 1054). La prise de
Constantinople ne fit qu'accentuer cette lente dérive entre les deux
Églises, qui avaient tenté, il est vrai, aux conciles de Lyon (1274) et de
Florence (1439) de se réconcilier: mais ces tentatives officielles et
plutôt politiques ne répondaient pas à l'attente et au désir de leurs
communautés respectives. |
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Au début du XVIe siècle, la Réforme provoqua un choc
plus brutal encore, dans la mesure où elle déchira l'Église d'Occident
elle-même. Dès lors, les tendances dominantes cédèrent à l'intransigeance
et les oppositions se durcirent. Ce climat d'hostilité et de persécutions
réciproques entre les catholiques et les protestants et, plus largement,
entre les Églises officielles et les mouvements dissidents (sectes) domina
l'histoire de l'Église d'Occident jusqu'au milieu du
XIXe siècle. |
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La naissance du mouvement œcuménique
À cette époque, une minorité commença à comprendre le caractère
désastreux de la division des Églises chrétiennes et à reconnaître, sous
la pression croissante des attaques antireligieuses, le scandale de leurs
affrontements, qui annihilaient la crédibilité de leur parole. Mais, en
dépit de quelques réalisations pratiques traduisant un certain
universalisme chrétien, le mouvement œcuménique
ne naquit pas avant le début du XXe siècle. |
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L'initiative protestante
Toutes les confessions y ont contribué, mais l'initiative en revient
aux protestants, rejoints assez rapidement par les Églises orthodoxes.
En 1920, par exemple, l'Église de Constantinople envoyait une
encyclique à toutes les Églises du monde, les invitant à «manifester
fraternité et solidarité entre elles». L'Église catholique ne s'y associa
que beaucoup plus tardivement, poussée par la ténacité clairvoyante de
quelques pionniers, longtemps tenus en suspicion par les autorités
romaines, comme l'atteste l'encyclique Mortalium animos,
de 1928. |
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On date généralement la naissance de ce mouvement œcuménique de 1910, année où se tint à Édimbourg,
sous la présidence de John Mott, la première conférence missionnaire
générale. Cette conférence eut pour résultat direct la création,
en 1921, du Conseil international des missions (CIM) et pour
conséquence indirecte la fondation des mouvements Foi et constitution,
préoccupé surtout de problèmes doctrinaux, et Vie et action, plus soucieux
d'un témoignage chrétien commun dans le domaine pratique. Avant de
fusionner à Utrecht en 1938, ces deux mouvements tinrent des
conférences importantes: à Stockholm Vie et action rassembla,
en 1925, sous la présidence de Söderblom, 600 délégués de 37 nations,
et à Oxford en 1937, sous la présidence de J.H. Oldham, un aussi
grand nombre d'Églises. De son côté, Foi et constitution avait réuni,
en 1927, à Lausanne, 400 délégués de 108 Églises, qu'il rassembla à
nouveau à Édimbourg, en 1937. |
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Le Conseil œcuménique des Églises
En raison de la guerre, ce n'est qu'en 1948 que s'opéra, à
Amsterdam, la fusion des deux mouvements et que fut fondé le Conseil œcuménique des Églises (COE), dont le secrétaire
général a été le Dr Vissert'Hooft, de 1948
à 1965. Après Evenston (1954), le COE tint une deuxième conférence
générale à New Delhi (1961) qui vit l'intégration du CIM et l'admission
des Églises orthodoxes des pays socialistes. A cette époque, l'ensemble de
l'orthodoxie et des Églises non chalcédoniennes a rejoint le COE, et
l'organisme, siégeant à Genève, rassemble toutes les confessions
chrétiennes qui ne sont pas en communion avec Rome, à l'exception des
sectes ou des Églises auxquelles leur libéralisme interdit d'accepter les
engagements qu'impliquerait leur adhésion. |
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C'est à New Delhi (1961) que les Églises membres du COE ont défini leur
profession de foi, fondant leur communion: le COE est une association
fraternelle d'Églises qui «confessent le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu
et Sauveur selon les Écritures et s'efforcent de répondre ensemble à leur
commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et
Saint-Esprit». |
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Le travail du Conseil consiste, en priorité, à définir en commun la
nature de l'Église et celle de sa mission. Le Conseil comporte quatre
organes directeurs: l'Assemblée (700 délégués), qui se réunit tous les six
ou sept ans; le comité central (100 membres), qui se réunit tous les ans;
un comité exécutif (15 membres), qui se réunit tous les six mois; un
præsidium de six présidents. Le travail est réparti entre un certain
nombre de commissions et de secrétariats (par exemple Foi et constitution,
Église et société). |
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Parallèlement, un besoin de rapprochement se fait sentir entre les
Églises: des Églises protestantes commencent à fusionner, en Inde du Sud,
notamment. Quant aux Églises orthodoxes, dont la communion existait déjà,
elles multiplient leurs contacts, comme le confirme, par exemple, la
Conférence panorthodoxe de 1961. |
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Des débuts difficiles
Jusque-là les catholiques qui s'étaient consacrés à la construction de
l'unité étaient des pionniers isolés, souvent suspectés, voire suspendus
dans leur tâche. Ces initiatives personnelles permirent, toutefois, cette
ouverture récente. Mentionnons les conversations de Malines (1920-1926),
menées à l'initiative de l'abbé Portal et de Lord Halifax, sous la
présidence du cardinal Mercier, qui entamèrent le dialogue avec l'Église
anglicane. En 1925, Dom Lambert Beaudouin fonda l'abbaye de
Chevetogne; en 1926, le dominicain C.J. Dumont créa «Istina». Ces
deux institutions, officiellement vouées aux contacts œcuméniques avec l'Orient chrétien, ont joué un rôle
important et élargi progressivement leur intérêt à l'ensemble des
problèmes œcuméniques. En 1937, un autre
dominicain, le père Congar, publia Chrétiens désunis, ouvrage qui a
été pendant vingt ans la charte théologique de l'œcuménisme catholique. En 1939, se créa en
Allemagne le mouvement Una Sancta. Mais, sauf quelques ouvertures
en faveur de l'Orient, les autorités romaines restèrent le plus souvent en
retrait sur ces initiatives. |
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L'engagement de l'Église catholique romaine: Vatican II
La dernière grande assemblée œcuménique a eu
lieu en 1968, à Uppsala. Entre les deux dernières assemblées bien des
évolutions se sont manifestées, en particulier dans l'Église catholique.
C'est, en effet, au cours de cette décennie que l'Église catholique
officielle a fait le plus grand pas vers les autres Églises chrétiennes,
et cela d'autant plus facilement que le COE ne s'est jamais voulu un front
antiromain. Dans le catholicisme, l'œcuménisme
ne devint tâche d'Église qu'à partir de Jean XXIII. Depuis, son
successeur a poursuivi cette entreprise. La création du «Secrétariat pour
l'Unité» en 1960, sous la présidence du cardinal Béa, marqua
l'avènement d'une période nouvelle. Des observateurs du COE assistèrent à
toutes les sessions du concile. Le décret conciliaire Unitatis
Redintegratio consacra, en 1964, cette volonté catholique d'œuvrer pour l'œcuménisme.
Les rencontres de Paul VI et du patriarche Athênagoras à Jérusalem
en 1964, puis à Istanbul en 1967, la levée de la double
excommunication de 1054, en 1965, posent de nouveaux jalons dans
cette marche vers la réconciliation. |
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Si Rome ne souhaite pas encore, il est vrai, être membre du COE, elle
envoie, cependant, régulièrement ses représentants dans les commissions de
cet organisme. Depuis 1967, un groupe mixte de travail étudie les
types appropriés de relations à établir entre l'Église romaine et le COE.
Leur coopération est déjà effective dans le cadre des commissions de
Sodepax (Société, développement et paix). |
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Jean-Paul II poursuit l'œuvre œcuménique par des
rencontres avec les dignitaires des autres Églises. En 1994, il a
rencontré le patriarche de l'Église assyrienne d'Orient. |
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D'autres réalisations, encore, comme la traduction œcuménique de la Bible, sont autant de signes d'une
réelle collaboration entre toutes les Églises chrétiennes en quête de leur
unité, c'est-à-dire de leur communion. |
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L'Église catholique romaine a élargit l'œcuménisme aux religions non chrétiennes.
En 1964, Paul VI a créé un secrétariat pour les non-catholiques
et Jean-Paul II s'est rapproché des autres religions et a invité,
en 1986, toutes les religions chrétiennes et non chrétiennes à une
journée de prière à Assise pour la paix, et rencontra, la même année, le
roi Hassan II entouré d'ulémas. |
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