le paganisme
 
Dans toutes les religions à vocation universelle (religions abrahamiques et bouddhisme notamment), la notion de paganisme et de païens est présente pour désigner ceux qui sont étrangers ou réfractaires à une mission prophétique nouvelle. Historiquement, le terme de païen provient du latin paganus (paysan, campagnard), ce qui témoigne simplement du fait que la christianisation de l'Occident a commencé par les villes. Le christianisme parle indifféremment de païens ou de « Gentils », terme qui est un décalque du latin gentes (nations) qui traduit lui-même le mot hébreu goy (pl. goyim), par lequel les juifs désignaient les nations non juives.  

Parmi les Gentils, le judaïsme établit une distinction entre les idolâtres et ceux qui suivent les lois noachiques (attribuées à Noé), autrement dit le monothéisme et les principaux interdits moraux. L'islam, pour sa part, parle de kafir pour désigner les non-musulmans, mais introduit une distinction analogue entre les idolâtres qui pratiquent le shirk, péché suprême qui consiste à « associer » d'autres divinités au seul Dieu, et les « gens du Livre » (ahl al-kitab), c'est-à-dire ceux qui ont bénéficié d'une révélation prophétique inspirée par Dieu: en pratique, les fidèles des religions monothéistes.
 

Ce genre de distinctions à deux degrés montre que la notion de paganisme a pour fonction de cristalliser le conflit entre religion universelle et tout ce qui témoigne d'une conception territorialisée ou ethnique du religieux. Ce conflit n'est donc pas uniquement tourné vers l'extérieur, vers les religions étrangères, mais aussi vers les cultes populaires ou les formes de dévotion qui, à l'intérieur de chaque religion universelle, manifestent une telle attitude, habituellement dénoncée dès lors en tant que « survivance païenne » par les tenants de la religion officielle.
 

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