le syncrétisme
 

Les syncrétismes religieux exotiques


 
D'un point de vue historique, le terme de syncrétisme a d'abord été utilisé pour signifier le compromis puis la fusion (ou la confusion) entre des doctrines philosophiques ou religieuses.  


Dans un second temps, des historiens des religions s'en sont servi pour qualifier des formations religieuses qu'ils percevaient comme décadentes car incapables de se perpétuer dans leur forme originelle: c'est ainsi qu'on parle de religions syncrétiques à propos des cultes orientaux hellénisés de l'Antiquité romaine (cultes d'Isis, de Sérapis, de Mithra, etc.) principalement au cours du IIe s. après J.-C.

 

Au sens actuel et courant du terme, le syncrétisme renvoie aux phénomènes d'interférence entre religions qui peuvent donner naissance à des formations hybrides nouvelles ou bien se limiter à l'insertion d'éléments étrangers au sein d'une tradition religieuse donnée. Par opposition au terme de synthèse qui suggère une fusion organique, le terme de syncrétisme reçoit généralement une connotation péjorative, celle d'un assemblage hétérodoxe qui aboutit à une religion hybride. La diffusion de croyances extra-chrétiennes comme la réincarnation chez de nombreux chrétiens aujourd'hui est un exemple de phénomène syncrétique, de même que le phénomène du «Nouvel Age» qui agglomère des éléments religieux disparates (occultisme occidental, certaines conceptions religieuses orientales et références à des théories psychologiques actuelles).
 

Les syncrétismes religieux exotiques

Pour les sciences sociales des religions, le concept de syncrétisme est surtout employé pour qualifier les processus de réinterprétation d'une religion traditionnelle au contact des religions importées par les missionnaires (christianisme et islam principalement). Ce processus peut se manifester dans deux directions:

 

d'une part, des structures relevant de la religion indigène sont investies d'une signification nouvelle tirée du contexte d'acculturation à la religion missionnaire;
 

d'autre part, des formes acquises d'origine étrangère sont adoptées mais sans leur contenu qui reste fourni par le substrat indigène. L'ambiguïté du processus syncrétique fait qu'il n'est pas toujours possible de dire quelle direction prédomine.
 

Les exemples les plus connus de syncrétismes religieux exotiques sont ceux des religions afro-brésiliennes (candomblé, xango shango et umbanda) ou afro-antillaises (vaudou haïtien, santeria cubaine) dans lesquelles une forme empruntée au catholicisme populaire vient se superposer à des significations et des attitudes propres à la religion yoruba héritée des esclaves africains. Par exemple, dans le vaudou, la figure de saint Jacques le Majeur reprend les caractéristiques d'Ogun, le dieu de la guerre et de la forge chez les Yorubas.
 

Sur le continent africain, le siècle actuel a vu la prolifération de cultes messianiques qui ont réinterprété le cadre prophétique biblique dans un sens africain: c'est le cas du harrisme d'Afrique de l'Ouest, des Églises «sionistes» d'Afrique du Sud, du kimbanguisme du Congo démocratique (ex-Zaïre), etc. Un autre cas original de messianisme est le rastafarisme jamaïcain où la figure du négus Hailé Sélassié (nommé ras Tafari avant son couronnement) catalyse l'espoir du retour à une Afrique mythique.