la transmigration
 
La théorie de Guénon
Le manque de définition

 
La transmigration (du latin transmigratio, de trans, au-delà de, et migrare, aller ailleurs) désigne le fait pour une âme de passer dans un autre état d'existence, conception qui n'est pas le propre de l'hindouisme, comme on le pense parfois, mais qui s'y trouve affirmée plus nettement que dans toute autre doctrine. Dans l'Antiquité, cette conception était professée par les Égyptiens et plus tard elle fit partie de l'enseignement des druides, des orphiques et des pythagoriciens. De nos jours, elle connaît en Europe et en Amérique une certaine faveur auprès des adhérents des mouvements néo-spiritualistes, spirites, occultistes ou théosophes, qui tous, plus ou moins, ont foi en la réincarnation.  

La théorie de Guénon

Selon René Guénon, le grand théoricien français de l'ésotérisme, les termes «transmigration», «métempsycose» et «réincarnation» ont des significations «totalement différentes», contrairement à l'usage qui en fait des synonymes. Pour lui, la transmigration, en sanscrit samsâra, implique toujours un changement d'état. La réincarnation, à l'en croire, serait une idée moderne et antimétaphysique, car elle équivaut à un retour dans le même état d'existence; peu importe que ce soit sur la Terre ou sur un autre astre. Cette réfutation est empruntée aux docteurs du soufisme (l'islamisme ésotérique), pour lesquels la réincarnation est contraire à la toute-puissance divine, qui exclut la moindre répétition dans la hiérarchie des états multiples de l'être. La métempsycose, toujours selon René Guénon, consisterait en un transfert d'éléments psychiques qui, se dissociant après la mort, peuvent passer dans d'autres êtres, hommes ou animaux, le plus souvent subconsciemment. Ainsi s'expliqueraient certains phénomènes supranormaux, comme l'impression d'avoir déjà vécu dans un lieu que l'on visite pour la première fois.

 

Le manque de définition

Ce qui précède montre que la notion de transmigration reste enveloppée de brume. Cela tient au fait qu'il n'existe pas d'exposé canonique suffisamment explicite de la question, pas plus en Inde qu'ailleurs. On en est réduit à des assertions sans qu'il soit précisé par le contexte ou les commentateurs qu'elles doivent être prises à la lettre ou dans un sens symbolique. Il est indéniable que certains énoncés védiques se prêtent à une interprétation réincarnationniste, notamment quand on lit que «celui qui a suivi la voie [parfaite] des dieux va dans le monde de Brahma d'où il ne revient pas, tandis que celui qui a suivi la voie [imparfaite] des pères, après un séjour dans le monde de la Lune, «revient» (âvartaté) dans le monde humain (mânavaloka)». Il est permis de se demander si René Guénon ne s'est pas trop avancé en affirmant qu'aucun Hindou orthodoxe n'est réincarnationniste.