Glossaire du judaïsme                                             Inspiration biblique

documents annexes à l'ancien testament

(voir aussi la  définition de l'encyclopédie Universalis)

Également appelée Sainte Bible, livre sacré ou Saintes Écritures du judaïsme et du christianisme. La Bible du judaïsme et celle du christianisme diffèrent cependant sur plusieurs points importants. La Bible juive est un ensemble, appelé Textes sacrés hébreux, de trente-neuf livres écrits à l'origine en hébreu à l'exception de quelques passages en araméen. La Bible chrétienne comporte deux parties, l'Ancien Testament et les vingt-sept livres du Nouveau Testament. L'Ancien Testament est présenté sous deux formes légèrement différentes par les deux principales divisions de la chrétienté.

La version utilisée par les catholiques est la Bible du judaïsme complétée de sept autres livres et adjonctions (voir le tableau); certains des livres supplémentaires furent écrits initialement en grec comme le Nouveau Testament. La version de l'Ancien Testament utilisée par les protestants se limite aux trente-neuf livres de la Bible juive. Les autres livres et adjonctions sont dits apocryphes  par les protestants ; ils sont généralement appelés livres deutérocanoniques par les catholiques

Le terme Bible vient, par le latin, du grec biblia, ou «livres», diminutif de byblos, mot signifiant papyrus ou papier, qui était exporté de l'antique port phénicien de Byblos. Au Moyen Âge, les livres de la Bible étaient considérés comme un tout homogène.

Nota : Si la longueur du texte ci-dessous vous rebute, je vous conseille de lire "En survolant la Bible" par Pierre-Antoine Eldin,  ce texte, d'inspiration chrétienne, offre une vue générale de la Bible dans son contexte historique et  religieux, et a pour but de faciliter sa compréhension.

Vous disposez aussi d'un résumé des Livres de la Bible et explication du sens des livres. Une vulgarisation intelligente de la Bible par Éric Denimal (la Bible pour les nuls - Éditions First 2004)

Sommaire   (cliquez sur la boule argentée pour accéder au chapitre)

    Ordre des livres   (voir aussi le tableau)

Usage

Inspiration biblique

Importance et influence

     L'Ancien Testament  

Les livres de l'Ancien Testament

             Récits

             Œuvres poétiques

                 Caractéristiques générales

Poésie lyrique

                Poésie sapientiale

            Textes prophétiques

            Loi

           Textes apocalyptiques

       Évolution de l'Ancien Testament 

Le Pentateuque

Histoire deutéronomiste

Les livres poétiques

Les livres prophétiques

      Le canon 

Le canon hébreu

Le canon chrétien

      Textes et versions anciennes 

Textes massorétiques

La version des Septante et autres versions grecques

Peshitta, Vetus Itala, Vulgate et Targums

      L'Ancien Testament et l'histoire 

Frontière entre interprétation et histoire

Le fondement historique

       Thèmes théologiques de l'Ancien Testament 

Le Dieu d'Israël

Alliance et loi

La personne humaine

      Le Nouveau Testament

Texte, canon et versions anciennes

Manuscrits et étude critique des textes

Écrits précanoniques

Le canon

Versions anciennes

       La littérature du Nouveau Testament 

             Les évangiles

             Récit

             Épîtres

             Écrits apocalyptiques

             Formes littéraires

          L'histoire dans le Nouveau Testament 

Esquisse des grandes lignes de la chronologie

Les récits de l'enfance

Les apôtres et l'Église primitive

        Principaux thèmes du Nouveau Testament 

         Dieu

Jésus

Le Saint-Esprit

Le royaume de Dieu

         Le salut

Éthique

Ordre des livres  (voir le tableau)

L'ordre des livres ainsi que leur nombre diffèrent entre la Bible juive et les versions protestantes et catholiques de la Bible. La Bible du judaïsme comporte trois parties distinctes : la Torah, ou Loi, également appelée Livres de Moïse; le Nebiim, ou Prophètes, divisé en Prophètes anciens et Prophètes modernes; et le Ketubim, ou Écrits, qui contient les psaumes, les livres sapientiaux et autres textes divers. L'Ancien Testament chrétien classe les livres selon leur genre littéraire : le Pentateuque qui correspond à la Torah; les livres historiques; les livres poétiques ou sapientiaux; enfin les livres prophétiques. Certains ont vu dans cette table des matières une sensibilité à la perspective historique des livres : d'abord ceux qui concernent le passé, puis ceux qui concernent le présent et enfin le futur. Les versions protestantes et catholiques de l'Ancien Testament classent les livres dans le même ordre, mais la version protestante ne comporte que les livres de la Bible du judaïsme.

Le Nouveau Testament comprend les quatre Évangiles, les Actes des Apôtres (qui relatent les débuts du christianisme), les Épîtres ou lettres de Paul et autres auteurs, et enfin l'Apocalypse ou Livre de la Révélation. Certains livres classés comme lettres, notamment l'Épître aux Hébreux, sont des traités de théologie.

Usage

La Bible est un livre religieux, non seulement par son contenu, mais aussi par l'utilisation qu'en font les chrétiens et les juifs. Elle est lue dans presque tous les offices de culte public, ses paroles constituent le fondement de la prédication et de l'enseignement, mais elle est aussi utilisée pour la dévotion et l'étude individuelles. Le langage de la Bible a guidé et modelé les prières, la liturgie et l'hymnologie du judaïsme et du christianisme. Sans la Bible, ces deux religions auraient été pratiquement muettes.

L'importance avouée et réelle de la Bible diffère considérablement selon les diverses subdivisions du judaïsme et du christianisme, mais tous ses adeptes lui reconnaissent un certain degré d'autorité. Beaucoup estiment qu'elle est un guide complet et suffisant pour tout ce qui touche à la foi et à la pratique ; d'autres considèrent l'autorité de la Bible à la lumière de la tradition ou de la pérennité de la foi et de la pratique de l'Église depuis les temps apostoliques.

Inspiration biblique

Le christianisme primitif est l'héritier du judaïsme et a considéré comme allant de soi une vision autoritaire des Écritures. Aucune doctrine officielle sur l'inspiration des Écritures n'a été avancée à l'origine, contrairement à l'islam qui affirme que le Coran vient du ciel. Les chrétiens pensaient cependant que la Bible rapportait la Parole de Dieu par l'intermédiaire de son Esprit — d'abord par la bouche des patriarches et des prophètes, puis par celle des apôtres (voir Apocalypse). Les auteurs des livres du Nouveau Testament eurent recours à l'autorité des textes hébreux pour appuyer leurs thèses sur Jésus-Christ.

La doctrine actuelle de l'inspiration de la Bible par le Saint-Esprit et de l'infaillibilité de ses paroles est née au cours du XIXe siècle, en réaction au développement de la critique biblique et des études universitaires qui semblaient mettre en cause l'origine divine de la Bible. Cette doctrine affirme que Dieu est l'auteur de la Bible en ce sens que la Bible est Sa parole. De nombreuses théories expliquant la doctrine ont été proposées par les spécialistes de la Bible et les théologiens. Elles vont de la dictée divine des Écritures à une illumination aidant l'auteur inspiré à comprendre la vérité qu'il exprime, que cette vérité ait été révélée ou apprise par l'expérience.

Importance et influence

L'importance et l'influence de la Bible parmi les chrétiens et les juifs relèvent de plusieurs raisons. L'une d'elles est le pouvoir de la tradition, de la coutume et de la foi : les groupes religieux se disent guidés par la Bible. Dans un sens, on peut dire que la communauté religieuse est l'auteur des Écritures, car elle les a développées, vénérées, utilisées et enfin canonisées. Une autre raison est le fait que de nombreux chrétiens et juifs continuent de vivre selon le message contenu dans la Bible. L'ancien peuple d'Israël et l'Église primitive connaissaient beaucoup plus de livres religieux que ceux qui composent la Bible. Mais les livres bibliques étaient vénérés et utilisés pour ce qu'ils disaient et pour la manière dont ils le disaient ; ils furent canonisés parce qu'ils étaient utilisés et crus par le grand nombre. La Bible est véritablement la pierre angulaire du judaïsme et du christianisme.

Il est généralement admis que la Bible, avec ses centaines de traductions différentes, est le livre le plus répandu de l'histoire de l'humanité. Sous toutes ses formes elle a eu, et continue d'avoir, une influence considérable, même en dehors des communautés religieuses qui la tiennent pour sacrée. La littérature, les arts plastiques et la musique de la culture occidentale, en particulier, doivent beaucoup aux thèmes et aux images bibliques. Des traductions de la Bible, comme la version anglaise (ou version du roi Jacques, 1611) et la traduction allemande de Martin Luther (achevée en 1534), ont non seulement influencé la littérature mais conditionné l'évolution des langues. Ces effets continuent de se faire sentir chez les jeunes nations où les traductions de la Bible en dialecte contribuent à façonner les traditions linguistiques. (voir traductions modernes)

Il est remarquable que le christianisme ait inclus dans sa Bible la totalité des textes sacrés d'une autre religion, le judaïsme. Le terme Ancien Testament (du mot latin signifiant «alliance») peut être appliqué à ces textes sacrés sur la base des écrits de Paul et d'autres chrétiens des premiers temps, qui faisaient une distinction entre l'«Ancienne Alliance» conclue par Dieu avec Israël et la «Nouvelle Alliance» instaurée à travers Jésus-Christ (voir par exemple Épitre aux Hébreux, VIII, 7). Parce que l'Église primitive croyait en la continuité de l'histoire et de l'action divine, elle a inclus dans la Bible chrétienne les récits écrits de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance.

Les livres de l'Ancien Testament

L'Ancien Testament peut être abordé selon de nombreuses perspectives différentes. Du point de vue des textes, l'Ancien Testament — en fait la totalité de la Bible — est une anthologie, un recueil de nombreux livres différents. Il ne présente aucune forme d'unité en termes d'auteurs, de date de rédaction ou de genres littéraires; c'est, au contraire, une véritable bibliothèque.

L'ensemble des livres de l'Ancien Testament et des parties qui les composent peut être classé en plusieurs catégories : récits, œuvres poétiques, œuvres prophétiques, lois ou apocalypses. La plupart sont de grandes catégories qui regroupent plusieurs genres littéraires et traditions orales. Aucune n'est spécifique à l'Ancien Testament : on les retrouve toutes dans d'autres textes anciens, notamment ceux du Proche-Orient. Il faut noter cependant que certains genres n'ont pas trouvé place dans l'Ancien Testament. Les lettres ou épîtres, si importantes dans le Nouveau Testament, ne figurent pas comme des livres à part entière (à l'exception de la Lettre de Jérémie dans certaines traditions manuscrites). L'autobiographie, le drame et la satire en sont totalement absents. Il est particulièrement frappant de voir que la plupart des livres de l'Ancien Testament regroupent plusieurs genres littéraires. L'Exode, par exemple, contient un récit, des lois et des poèmes ; la plupart des livres prophétiques comportent, outre le genre prophétique, des récits et des poèmes.

Récits

Tant dans leur forme que dans leur fond, de nombreux livres de l'Ancien Testament sont des récits qui relatent des événements du passé. S'ils contiennent, comme c'est le cas de la majorité, une intrigue (ou du moins le développement d'une tension et sa résolution), une présentation des protagonistes et une description du lieu où les événements se sont déroulés, ce sont des histoires. D'un autre côté, de nombreux ouvrages narratifs de l'Ancien Testament sont des récits historiques — bien qu'ils ne répondent pas à la définition académique du terme. Un récit historique est une narration du passé guidée par des faits, dans la mesure où l'auteur peut les déterminer et les interpréter, et non par des considérations esthétiques, religieuses ou autres. Les récits historiques de l'Ancien Testament sont des œuvres populaires plutôt que critiques, car leurs auteurs ont souvent repris des traditions orales, dont certaines ne sont pas fiables, pour écrire leurs récits. De plus, tous ces récits ont été écrits dans un but religieux ; ils peuvent donc être qualifiés de récits de salut parce qu'ils s'efforcent de montrer combien Dieu est intervenu activement dans les événements humains. On peut citer comme exemple l'histoire du Deutéronome (du Deutéronome au 2e Livre des Rois ), le Tétrateuque (de la Genèse aux Nombres) et le récit du Chroniste (1er Livre et 2e Livre des Chroniques, Livre d'Esdras et Livre de Néhémie). L'histoire de David, dite de la Succession au trône (voir 2e Livre de Samuel, IX-XX; 1er Livre des Rois, I-II), est plus proche de la compréhension moderne de l'histoire que n'importe quel autre récit biblique. L'auteur a été sensible aux détails des événements historiques et des personnages et il a interprété le cours des événements à la lumière des motivations humaines. Quoi qu'il en soit, derrière les événements il reconnaissait la main de Dieu.

Les autres livres narratifs sont le Livre de Ruth, une nouvelle ; le Livre de Jonas, un récit didactique ou pédagogique ; et le Livre d'Esther, un récit romanesque ou une légende de fête. Il est probable que ces livres sont dérivés de récits ou légendes populaires. On trouve plusieurs récits didactiques dans les livres deutérocanoniques de la Bible et dans les Apocryphes : Tobit, Judith, Suzanne, l'Idole de Bel et le Dragon

Les exemples de récits de ce type et autres genres narratifs abondent dans les livres de l'Ancien Testament. Le Livre de la Genèse est composé, comme la plupart des autres œuvres narratives, de nombreuses histoires individuelles qui pour la plupart circulaient à l'origine oralement comme des récits séparés. Les histoires de patriarches de la Genèse, XI-L, ont été qualifiées de légendes, de sagas et, plus précisément, de chroniques familiales. Beaucoup sont étiologiques, c'est-à-dire qu'elles expliquent un lieu, une coutume ou un nom en fonction de ses origines.

Œuvres poétiques

Les livres de l'Ancien Testament qui peuvent être considérés comme poétiques sont notamment les Psaumes, le Livre de Job, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique des cantiques et, dans les livres deutérocanoniques et les Apocryphes, l'Ecclésiastique et la Prière de Manassé. Le Livre de la Sagesse a beaucoup de points communs avec les livres sapientiaux et poétiques, mais n'est pas de la poésie à proprement parler. La plupart des livres prophétiques sont écrits en poésie hébraïque, mais sont suffisamment spécifiques pour être abordés séparément.

Caractéristiques générales

La poésie hébraïque présente deux caractéristiques majeures, l'une relativement facile à reconnaître, même dans les traductions, et l'autre difficile à discerner. La caractéristique la plus évidente est l'usage du parallelismus membrorum, ou parallélisme des vers ou autres parties. Par exemple, la signification d'un vers peut être réexposée ou présentée par un second vers, comme dans Psaumes, VI, 1 :

     Yahvé, ne me châtie point dans ta colère, ne me reprends point dans ta fureur.

 Ces deux vers sont synonymes. Par ailleurs, le second vers de la strophe peut énoncer l'aspect négatif de ce qui est dit dans le premier, comme dans Proverbes, XV, 1 :

   Une aimable réponse apaise la fureur, une parole blessante fait monter la colère.

Dans d'autres cas, le second vers peut élargir ou expliquer le premier ou encore le parallélisme peut être purement formel. Ce parallélisme s'étend dans certains cas à trois vers ou plus.

Les autres principaux traits de la poésie hébraïque sont le rythme qui semble avoir été fondé sur le nombre d'accents de chaque vers. L'un des mètres les plus faciles à reconnaître est celui de la qina, ou hymne funèbre, dans lequel le premier vers a trois accentuations ou syllabes accentuées tandis que le deuxième en a deux.

Les livres poétiques regroupent un grand nombre de genres différents. Les plus répandus sont les divers cantiques d'adoration (Psaumes) et les poèmes sapientiaux. La Bible comprend en outre un livre de poésie amoureuse, le Cantique des cantiques.

Poésie lyrique

Les textes du culte d'Israël étaient de la poésie lyrique, c'est-à-dire destinés à être chantés. La plupart de ces cantiques, mais pas tous, sont regroupés dans le Livre des Psaumes. Beaucoup sont des hymnes — des cantiques louant Dieu lui-même, ses œuvres en faveur d'Israël ou sa création. D'autres sont des lamentations collectives ou complaintes qui étaient en fait des prières chantées par le peuple quand il était dans la difficulté. Près d'un tiers des Psaumes sont des lamentations individuelles ou des plaintes, des chants utilisés par ou au nom d'individus confrontés à la mort ou à une catastrophe. Lorsque le peuple ou l'individu avait été sauvé du malheur, il chantait des chants d'action de grâces. Quelques Psaumes, comme le II, le XLV et le CX, célèbrent le couronnement d'un roi d'Israël en tant que serviteur spécial de Dieu.

Poésie sapientiale

La poésie sapientiale regroupe un ensemble de paroles de sagesse et de courts poèmes, comme dans le Livre des Proverbes, et de longs textes comme Job, l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique. Les pièces sapientiales, plus courtes, sont des proverbes, des dictons et des réprimandes, généralement de deux lignes. Certains étaient incontestablement des dictons traditionnels ou populaires; d'autres portent les marques d'une composition réfléchie et créative. Les Proverbes, I-IX, contiennent un ensemble de poèmes sur la nature de la sagesse proprement dite, mais le Livre de Job est une longue composition en forme de dialogue reposant sur un conte populaire. L'Ecclésiaste est une œuvre un peu décousue; l'Ecclésiastique est un livre écrit par un docteur juif et ultérieurement traduit par son petit-fils.

Les thèmes des textes sapientiaux sont très variés, allant des conseils pratiques aux réflexions sur le rapport entre la recherche de la voie de la sagesse et l'obéissance à la loi divine révélée. Job se tourmente à propos de la souffrance des justes et l'Ecclésiaste est une méditation triste sur le sens de la vie face à la mort.

Textes prophétiques

On connaissait des prophètes ailleurs dans le Proche-Orient ancien, mais aucune autre culture n'a élaboré un ensemble de textes prophétiques comparable à celui d'Israël. Des auteurs égyptiens anciens ont produit des œuvres littéraires appelées « prophéties », mais ces écrits diffèrent des livres prophétiques bibliques par leur forme et par leur contenu.

La plupart des livres prophétiques hébreux présentent trois genres littéraires : le récit, la prière et le discours prophétique. Le récit est généralement un ensemble d'histoires ou la relation d'actions prophétiques soit par le prophète lui-même, soit par une tierce personne. Il contient des visions, des actes symboliques, des événements prophétiques comme les conflits entre les prophètes et leurs adversaires, ainsi que des commentaires historiques. Jonas raconte effectivement l'histoire d'un prophète et ne contient qu'une ligne de prophétie (voir Jonas, III, IV). La prière inclut des hymnes et des suppliques, comme les lamentations de Jérémie (par exemple, Jérémie, XV, 10-21).

Le discours domine dans les textes prophétiques, l'essence même de l'activité prophétique étant d'annoncer la Parole de Dieu. Les discours les plus courants sont des prophéties de châtiment ou de salut. Dans les deux cas, ils reposent, comme la majorité des discours prophétiques, sur des formules dont les termes sont dits révélés par Dieu; par exemple, « ainsi parle Yahvé ». L'annonce d'un châtiment justifie généralement le châtiment par l'injustice sociale, l'arrogance religieuse ou l'apostasie et explique clairement la nature du désastre — militaire ou autre — qui sera infligé à la nation, au groupe ou à l'individu concerné. Les prophéties de salut annoncent l'intervention imminente de Dieu pour sauver Israël. D'autres discours peuvent être des prophéties à l'encontre de nations étrangères, des discours affligés énumérant les péchés du peuple et des réprimandes ou avertissements.

Loi

Les éléments en rapport avec la loi ont une importance telle dans les Textes sacrés hébreux que le terme Torah (Loi) fut donné par le judaïsme aux cinq premiers livres et par le christianisme primitif à la totalité de l'Ancien Testament. Les écrits parlant de loi dominent dans l'Exode, le Lévitique et les Nombres. Le cinquième livre de la Bible fut appelé Deutéronome («seconde loi») par les traducteurs grecs, alors qu'il relate essentiellement les derniers actes et paroles de Moïse. Mais il contient de nombreuses lois, souvent dans un contexte d'interprétation et de prédication.

Selon la tradition biblique, la volonté de Dieu fut révélée à Israël par l'intermédiaire de Moïse quand l'alliance fut conclue sur le mont Sinaï. Par conséquent, toutes les lois, sauf celles du Deutéronome, se trouvent dans les textes compris entre Exode, XX, et Nombres, X, où sont relatés les événements du mont Sinaï.

Des spécialistes distinguent dans les lois hébraïques deux grands types, le type apodictique (incontestable, nécessaire) et le type casuistique. La loi apodictique est représentée notamment par les Dix Commandements (voir Exode, XX, 1-21, XXXIV, 14-26 ; Deutéronome, V, 6-21). Ces lois, que l'on trouve généralement regroupées par cinq ou plus, sont des exposés courts, sans ambiguïté ni équivoque de la volonté de Dieu quant aux comportements humains. Ce sont soit des ordres, soit des interdictions. En revanche, les lois casuistiques comportent toutes deux parties : la première énonce une condition (« si quelqu'un vole un bœuf ou un agneau puis l'abat et le vend…») et la seconde les conséquences juridiques («…il rendra cinq têtes de gros bétail pour le bœuf et quatre têtes de petit bétail pour l'agneau », Exode, XXII, 1). Ces lois concernent généralement des problèmes liés à la vie agricole ou urbaine. Les lois casuistiques sont semblables, par leur forme et souvent par leur contenu, aux lois que l'on trouve dans le Code d'Hammourabi et à d'autres codes anciens du Proche-Orient.

Textes apocalyptiques

En tant que genre spécifique, l'apocalypse a vu le jour en Israël après l'exil, c'est-à-dire après la captivité des Juifs à Babylone entre 586 et 538 av. J.-C. Une apocalypse, ou révélation, contient la révélation d'événements à venir à travers la description assez longue et détaillée d'un rêve ou d'une vision. Elle emploie des images hautement symboliques et souvent bizarres, qui sont expliquées et interprétées. Les écrits apocalyptiques traduisent généralement la vision historique que l'auteur a de son époque, à savoir une époque où les forces du mal s'associent pour lancer leur assaut final contre Dieu, après quoi commence une nouvelle ère.

Daniel est le seul livre véritablement apocalyptique des Textes sacrés hébreux, encore que la première partie (chap. I-VI) soit en fait une série de récits légendaires. Des passages d'autres livres ressemblent à bien des égards à des textes apocalyptiques (voir Livre d'Isaïe, XXIV-XXVII ; Zacharie, IX-XIV, et certains passage d'Ézéchiel). Dans les apocryphes, le 2e Livre d'Esdras est une apocalypse. Au cours des deux derniers siècles av. J.-C. et du Ier siècle apr. J.-C., le judaïsme a produit de nombreuses autres œuvres apocalyptiques qui n'ont jamais été considérées comme canoniques. C'est le cas notamment d'Hénoch, de la Guerre entre les fils de la lumière et les fils de l'obscurité et de l'Apocalypse de Moïse. Voir livres Deutérocanoniques

Jusqu'à une époque récente, la plupart des spécialistes prétendaient que l'évolution de la littérature et de la pensée apocalyptiques avait été fortement influencée par la religion perse. Cette opinion est remise en cause par la découverte des racines de la littérature apocalyptique dans la pensée israélite elle-même, en particulier la compréhension prophétique de l'avenir, ainsi que dans les traditions antérieures du Proche-Orient. Voir écrits Apocalyptiques

Évolution de l'Ancien Testament

Tous les livres de l'Ancien Testament n'ont pas vu le jour à la même époque ni au même endroit ; ils sont en fait le produit de la foi et de la culture israélites sur un millier d'années ou plus. C'est pourquoi une autre perspective littéraire envisage les livres et les parties qui les composent du point de vue de leur auteur et de leur histoire littéraire et prélittéraire.

Presque tous les livres ont connu une longue chaîne de transmission et d'évolution avant d'être rassemblés et canonisés. Il convient en outre de faire une distinction entre le point de vue traditionnel des juifs et celui des chrétiens à propos des auteurs et de la date des livres, ainsi qu'à propos de leur histoire littéraire telle qu'elle a été reconstituée par les spécialistes modernes à partir de données trouvées dans les livres bibliques et ailleurs. La présente étude n'a pas pour objet de faire un exposé détaillé de l'histoire littéraire de l'Ancien Testament. Beaucoup de faits ne sont pas connus, l'histoire est longue et souvent compliquée et d'anciennes conclusions sont régulièrement revues à la lumière de nouvelles preuves et méthodes. On peut toutefois résumer les grandes lignes de cette histoire.

Pour la plupart des livres de l'Ancien Testament, il s'est passé beaucoup de temps entre le moment où les premiers mots furent prononcés ou écrits et la constitution de l'ouvrage dans sa forme finale. Beaucoup d'individus ont été impliqués, des conteurs, des auteurs, des éditeurs, des auditeurs et des lecteurs. Non seulement des individus, mais différentes communautés de foi ont joué un rôle. (voir les entrées de chaque livre de l'Ancien Testament).

De nombreuses œuvres littéraires actuelles reposent sur des traditions orales. La plupart des histoires de la Genèse, par exemple, ont circulé oralement avant d'être consignées par écrit. Les discours prophétiques, que l'on trouve aujourd'hui sous forme écrite, furent à l'origine communiqués oralement. Presque tous les Psaumes, qu'ils aient été ou non écrits à l'origine, ont été composés pour être chantés pendant le culte. Mais on ne peut raisonnablement pas en déduire que la transmission orale fut uniquement le prélude à la littérature écrite et disparut une fois que les livres furent inventés. En fait, les traditions orales ont coexisté pendant des siècles avec les écrits.

Le Pentateuque

Selon la tradition juive et chrétienne, Moïse fut l'auteur du Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible. Mais ce n'est dit nulle part dans ces livres; cette tradition vient en partie du fait que les Hébreux les ont appelés livres de Moïse, mais en voulant dire concernant Moïse. Dès le Moyen Âge, des érudits juifs s'aperçurent que la tradition posait un problème : le Deutéronome (dernier livre du Pentateuque) raconte la mort de Moïse. Les livres sont en fait des ouvrages anonymes et composites. En raison de nombreux doublons et répétitions, notamment deux manières différentes de désigner Dieu, deux récits séparés de la création, deux histoires du déluge se recoupant, deux versions des pestes égyptiennes, etc., les spécialistes modernes pensent que les auteurs du Pentateuque ont puisé dans plusieurs sources différentes, chacune d'un auteur et d'une période différents.

Les sources diffèrent par le vocabulaire, le style littéraire et le point de vue théologique. La plus ancienne est la rédaction jéhoviste ou yahviste (J, en raison de son utilisation du nom divin Jahvé — par la suite Jéhovah — ou Yahvé), couramment datée du Xe ou IXe siècle av. J.-C. La deuxième est la rédaction élohiste (E, en raison de l'emploi du nom général Élohim pour Dieu), généralement datée du VIIIe siècle av. J.-C. Puis vient la rédaction deutéronomiste (D, limitée au Deutéronome et à quelques autres passages), datée de la fin du VIIe siècle av. J.-C. Enfin la rédaction sacerdotale (P, en raison de l'importance accordée aux règles du culte et aux préoccupations sacerdotales), datée du VIe ou Ve siècle av. J.-C. J contient un récit complet qui va de la création à la conquête de Canaan par Israël. E n'est plus un récit complet, s'il le fut jamais; ses informations les plus anciennes concernent Abraham. P est principalement axé sur l'alliance et la révélation de la loi au mont Sinaï, mais intègre ces événements dans un récit qui commence par la création.

Aucun des auteurs de ces documents — s'il s'agit d'individus et non de groupes — n'a fait preuve de créativité au sens moderne du terme. Ils ont plutôt agi en éditeurs, rassemblant, organisant et interprétant des traditions anciennes, tant orales qu'écrites. Par conséquent, le contenu de ces ouvrages est en majorité beaucoup plus ancien que la rédaction proprement dite. Certains des éléments écrits les plus anciens sont des passages d'œuvres poétiques comme le Chant de victoire (voir Exode, XV) et certains des éléments relatifs à la loi proviennent d'anciens codes de lois. Selon un point de vue récent, les différents récits du Pentateuque auraient été organisés selon plusieurs grands thèmes (promesse aux patriarches, exode, errance dans le désert, Sinaï et conquête de la terre) et auraient pris leur forme générale vers 1100 av. J.-C. Dans tous les cas, l'histoire des origines d'Israël a vu le jour au sein de la communauté de foi et sous son influence. 

Histoire deutéronomiste

Le Deutéronome, les livres de Josué, des Juges, le 1er et le 2e Livre de Samuel et le 1er et le 2e Livre des Rois ont été récemment reconnus comme un récit homogène de l'histoire d'Israël, depuis l'époque de Moïse (XIIIe siècle av. J.-C.) jusqu'à l'exil babylonien (la période qui va de la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. à la reconstruction en Palestine d'un nouvel État juif après 538 av. J.-C.). En raison de son style littéraire et de sa perspective théologique semblables à ceux du Deutéronome, ce récit est appelé Histoire deutéronomiste. Si l'on prend comme preuve, parmi d'autres, les derniers événements qu'il relate, il aurait été écrit vers 560 av. J.-C., pendant l'exil. Mais il est possible qu'au moins une édition ait été écrite plus tôt.

L'auteur (ou les auteurs) de l'ouvrage se proposait de consigner l'histoire d'Israël et d'expliquer le malheur qui a frappé la nation tombée aux mains des Babyloniens. D'un côté, il a fait ce que tout autre historien aurait fait, rassemblant et organisant des sources anciennes, tant écrites qu'orales. Il a utilisé des éléments très divers, notamment des récits sur les prophètes, des listes de diverses sortes, des récits anciens et même des comptes rendus de jugement. En fait, il indique souvent ses sources au lecteur (voir par exemple Josué, X, 13 ; 2e Livre de Samuel, I, 18 ; 2e Livre des Rois, XV, 6). Mais, d'un autre côté, il a agi en théologien — un théologien ayant déjà de fermes convictions sur le cours et la signification des événements qu'il consignait. Il a exprimé ses convictions par la manière dont il a organisé les informations et en faisant dire par les principaux personnages des discours qu'il a lui-même écrits (par exemple, Josué, I). Il pensait qu'Israël était tombé aux mains des Babyloniens parce qu'il avait désobéi à la Loi de Moïse (comme dans le Deutéronome), en particulier en rétablissant le culte de faux dieux dans de faux lieux de culte; il pensait aussi que les prophètes avaient annoncé l'exil longtemps avant qu'il ne survienne.

Les livres poétiques

La poésie liturgique et la poésie sapientiale de l'Ancien Testament sont toutes deux difficiles à dater et à attribuer à un auteur particulier, principalement parce qu'elles contiennent extrêmement peu d'allusions historiques. David passe pour être l'auteur des Psaumes parce que la tradition rapporte qu'il chantait et composait; en fait, seuls soixante-dix des cent cinquante Psaumes sont spécifiquement rattachés à David et beaucoup moins encore ont vu le jour à son époque. Les attributions à David et à d'autres apparaissent dans les préambules qui furent ajoutés bien après que les Psaumes eurent été écrits. L'attribution à Salomon des Proverbes et autres livres sapientiaux est liée à la grande sagesse qui lui était traditionnellement reconnue et se justifie dans la mesure où Salomon encouragea effectivement les institutions qui élaborèrent cette littérature. La poésie sapientiale contient quelques-uns des éléments les plus anciens des Textes sacrés hébreux, et dans des livres comme l'Ecclésiaste et l'Ecclésiastique, quelques-uns des plus récents.

Le livre des Psaumes est devenu le livre d'hymnes et de prières du second temple d'Israël, mais de nombreux cantiques sont antérieurs au second temple. Ils contiennent des thèmes et des expressions propres aux peuples cananéens qui vivaient dans la région et dont Israël a hérité. De nombreuses voix parlent dans et à travers les Psaumes, mais avant tout ce sont les voix de la communauté pendant le culte.

Les livres prophétiques

Les livres prophétiques entièrement écrits par la personne dont le nom sert de titre sont peu nombreux, voire inexistants. De plus, dans la plupart des cas, même les paroles du prophète ont été rapportées par d'autres. L'histoire du scribe de Jérémie, Baruch (voir Jérémie, XXXVI ; voir également Isaïe VIII, 16), illustre l'une des manières dont les paroles prophétiques prononcées sont devenues des livres. Les différentes paroles des prophètes auraient été reconstituées de mémoire et rassemblées par leurs disciples puis consignées par écrit. La plupart des livres furent édités et développés plus tard. Par exemple, quand le Livre d'Amos (vers 755 av. J.-C.) fut utilisé au moment de l'exil, on lui donna une nouvelle fin plus optimiste (Amos, IX, 8-15). Le Livre d'Isaïe reflète des siècles d'histoire israélite et est l'œuvre de plusieurs prophètes et autres personnages : Isaïe, I-XXXIX provient essentiellement du prophète lui-même (742-700 av. J.-C.) ; les chapitres XL-LV sont d'un prophète inconnu de l'exil, appelé Deuxième Isaïe (539 av. J.-C.); et les chapitres LVI-LXVI, dits Troisième Isaïe, sont de divers auteurs de la période qui suit l'exil.

Le canon

La Bible hébraïque et les versions chrétiennes de l'Ancien Testament ont été canonisées à différentes époques et en différents lieux, mais l'évolution des canons chrétiens doit être interprétée par rapport aux Textes sacrés hébreux.

Le canon hébreu

L'idée, en Israël, d'un livre sacré remonte au moins à 621 av. J.-C. Pendant la réforme de Josias, roi de Juda, alors que le temple était en réparation, le grand prêtre Hilqiyyahu découvrit «le livre de la Loi» (voir 2e Livre des Rois, XXII). Ce manuscrit constitua probablement la partie centrale de l'actuel livre du Deutéronome, mais ce qui est important c'est l'autorité qui lui fut conférée. Un plus grand respect fut voué au texte lu à la communauté par Esdras, prêtre et scribe hébreu, à la fin du Ve siècle av. J.-C. (voir Néhémie, VIII).

La Bible hébraïque devint les Saintes Écritures en trois étapes. Cette évolution correspond aux trois parties du canon hébreu : la Torah, les Prophètes et les Écrits. Selon des preuves externes, il semble clair que la Torah, ou Loi, est devenue un texte sacré entre la fin de l'exil babylonien (538 av. J.-C.) et le moment où les Samaritains se sont séparés du judaïsme, probablement vers 300 av. J.-C. Les Samaritains ne reconnaissaient que la Torah comme Bible.

La deuxième étape fut la canonisation du Nebiim (Prophètes). Comme l'indique le préambule des livres prophétiques, les paroles des prophètes telles qu'elles furent rapportées furent considérées comme étant la Parole de Dieu. Pour des raisons pratiques, la seconde partie du canon hébreu fut close vers la fin du IIIe siècle, peu avant 200 av. J.-C.

Entre-temps, d'autres livres furent rédigés, écrits et utilisés pour le culte et l'étude. Au moment où l'Ecclésiastique était écrit (environ 180 av. J.-C.), l'idée d'une Bible tripartite avait déjà vu le jour. Le contenu de la troisième partie, le Ketubim (Écrits), resta quelque peu flou dans le judaïsme jusqu'à l'époque qui suivit la chute de Jérusalem devant les Romains en 70 apr. J.-C. Vers la fin du Ier siècle apr. J.-C., les rabbins de Palestine avaient arrêté la liste définitive.

Les forces à l'œuvre dans le processus de canonisation étaient à la fois positives et négatives. En outre, la plupart des décisions avaient en pratique déjà été prises : la Loi, les Prophètes et la plupart des Écrits avaient servi de Textes sacrés depuis des siècles. La controverse se développa uniquement autour de quelques livres des Écritures, comme l'Ecclésiaste et le Cantique des cantiques. D'un autre côté, de nombreux autres livres religieux se proclamant également la Parole de Dieu étaient écrits et circulaient. C'étaient notamment les livres actuellement classés dans les apocryphes protestants, certains livres du Nouveau Testament et de nombreux autres. L'établissement officiel d'une Bible fut par conséquent la réponse à une question théologique : par rapport à quels livres le judaïsme se définirait-il et définirait-il sa relation à Dieu ?

Le canon chrétien

Le second canon — ce qui est aujourd'hui la version catholique de l'Ancien Testament — vit le jour à travers la traduction grecque des premiers livres hébreux. Le processus débuta au IIIe siècle av. J.-C. à l'extérieur de la Palestine, parce que les communautés juives d'Égypte et d'ailleurs avaient besoin des Écritures dans la langue de leur culture. Les livres adjoints à cette Bible, notamment les suppléments aux livres plus anciens, furent produits pour la plupart par les communautés juives hors de Palestine. Vers la fin du Ier siècle apr. J.-C., alors que les premiers écrits chrétiens étaient rassemblés et diffusés, il existait déjà deux versions des Saintes Écritures du judaïsme : la Bible hébraïque et la version grecque de l'Ancien Testament (dite des Septante). La Bible hébraïque était cependant la référence officielle pour la foi et la pratique religieuse; rien n'indique qu'une liste officielle des Écritures grecques ait jamais existé dans le judaïsme. Les livres supplémentaires de la version des Septante ne furent officiellement reconnus que par le christianisme. Les écrits des Pères de l'Église contiennent de nombreuses listes différentes, mais il est clair que c'était la version grecque longue de l'Ancien Testament qui prévalait.

La dernière grande étape de l'histoire du canon chrétien fut la Réforme protestante. Quand Martin Luther traduisit la Bible en allemand, il redécouvrit ce que d'autres — en particulier saint Jérôme — avaient su : que l'Ancien Testament avait vu le jour en hébreu. Il supprima de son Ancien Testament les livres qui n'étaient pas dans la Bible juive et les qualifia d'apocryphes. Cette mesure correspondait à une tentative pour revenir aux textes et au canon présumés plus anciens, et par conséquent meilleurs, et d'opposer à l'autorité de l'Église l'autorité de cette version plus ancienne de la Bible. Voir Apocryphes (Ancien Testament); Apocryphes (Nouveau Testament)

Textes et versions anciennes

Tous les traducteurs contemporains de la Bible essaient de retrouver et d'utiliser le texte le plus ancien, celui qui serait le plus proche de l'original. Il n'existe ni copie originale ni autographe, mais des centaines de manuscrits différents contenant de nombreuses variantes. Par conséquent, toute tentative pour déterminer le meilleur texte d'un livre ou d'un poème doit s'appuyer sur le travail méticuleux et le jugement fondé des spécialistes.

Textes massorétiques

En ce qui concerne l'Ancien Testament, la principale distinction concerne les textes en hébreu et les versions ou traductions dans d'autres langues anciennes. Les témoignages les plus importants, et généralement les plus fiables, des textes hébreux sont les textes massorétiques, ceux qui étaient produits par des docteurs juifs (appelés Massorètes), qui se donnèrent pour tâche de copier et de transmettre fidèlement la Bible. Ces érudits, actifs dès les premiers siècles du christianisme jusqu'au Moyen Âge, enrichirent le texte de signes de ponctuation, de voyelles (l'original du texte hébreu ne contient que des consonnes) et diverses notes. La Bible hébraïque en usage aujourd'hui est la reproduction d'un texte massorétique écrit en 1088 apr. J.-C. Le manuscrit, sous forme de rouleau ou de livre, se trouve dans la collection de la bibliothèque publique de Saint-Pétersbourg. Un autre manuscrit massorétique, le manuscrit d'Alep, de la première moitié du Xe siècle apr. J.-C., sert de base à une nouvelle édition du texte en cours à l'université hébraïque d'Israël. Le manuscrit d'Alep est le manuscrit le plus ancien de toute la Bible hébraïque, mais date de plus d'un millénaire après la rédaction des livres bibliques les plus tardifs et peut-être de deux millénaires après la rédaction des premiers.

Il existe cependant des manuscrits hébreux plus anciens — textes massorétiques et autres — pour certains livres. Beaucoup d'entre eux, qui remontent au VIe siècle, ont été découverts à la fin du XIXe siècle dans la genizah (pièce où sont conservés les manuscrits) de la synagogue du Caire. De nombreux manuscrits et fragments, datant en grande partie de l'ère préchrétienne, ont été retrouvés dans la région de la mer Morte depuis 1947. Bien que la plupart des manuscrits les plus importants soient relativement tardifs, les documents massorétiques, en particulier, témoignent au niveau du texte d'une tradition vieille d'au moins un siècle ou plus avant l'ère chrétienne.

La version des Septante et autres versions grecques

Les versions de la Bible hébraïque qui ont la plus grande valeur sont les traductions grecques. Dans certains cas, elles offrent en effet des interprétations supérieures à la version hébraïque, fondées sur des textes hébreux plus anciens que ceux qui existent actuellement. Une grande partie des manuscrits grecs sont beaucoup plus anciens que les manuscrits de la Bible hébraïque complète : ils ont été inclus dans des copies de la Bible chrétienne complète qui datent des IVe et Ve siècles. Les principaux manuscrits sont le Codex vaticanus (à la bibliothèque du Vatican), le Codex sinaiticus et le Codex alexandrinus (tous deux au British Museum).

La principale version grecque est dite version des Septante («soixante-dix») parce que, selon la légende, la Torah aurait été traduite au IIIe siècle av. J.-C. par soixante-douze docteurs. Cette légende est probablement exacte à plusieurs égards : la première traduction grecque ne comprenait que la Torah et vit le jour à Alexandrie au IIIe siècle av. J.-C. Les autres textes sacrés hébreux furent ensuite eux aussi traduits, mais manifestement par d'autres docteurs dont les talents et les points de vue étaient différents.

De nombreuses autres traductions grecques ont été faites, dont il ne reste pour la plupart que des fragments ou des citations par les premiers Pères de l'Église et d'autres. Ce sont notamment les versions d'Aquila, de Symmaque, de Théodotion et de Lucien. Le théologien chrétien du IIIe siècle, Origène, étudia les problèmes posés par ces versions différentes et rédigea les Hexaples, une présentation en six colonnes parallèles du texte hébreu, de la translittération du texte hébreu en grec, de la version d'Aquila, de Symmaque, de la Septante et de la version de Théodotion.

Peshitta, Vetus Itala, Vulgate et Targums

Les autres versions sont notamment la Peshitta ou version syriaque, sans doute commencée dès le Ier siècle apr. J.-C.; la Vetus Itala, traduite non de l'hébreu mais de la Septante au IIe siècle; et la Vulgate, traduite de l'hébreu en latin par saint Jérôme à la fin du IVe siècle apr. J.-C.

Il convient aussi de nommer les Targums araméens. Dans le judaïsme, quand l'araméen remplaça l'hébreu et devint la langue courante, des traductions devinrent nécessaires ; elles accompagnèrent d'abord la lecture orale des Écritures à la synagogue, puis furent consignées par écrit. Les Targums n'étaient pas des traductions littérales mais des sortes de paraphrases ou interprétations de l'original. Les deux principaux Targums sont ceux qui ont vu le jour en Palestine et ceux qui furent révisés à Babylone. On a récemment découvert un manuscrit complet du Targum palestinien — Neophiti I de la bibliothèque du Vatican. Les Targums babyloniens les plus connus sont Onqelos pour le Pentateuque et Jonathan pour les Prophètes. 

Ces versions sont souvent de bons témoins, voire les meilleurs, du texte original. De plus, elles sont importantes, en tant que preuves, pour l'histoire de la pensée au sein des communautés qui ont pris la Bible au sérieux.

L'Ancien Testament et l'histoire

Ce qui frappe à chaque page de l'Ancien Testament, c'est la réalité et l'importance de l'histoire. Le Pentateuque et les livres historiques contiennent des récits de salut; les prophètes font constamment référence à des événements du passé, du présent et du futur. Telle qu'elle est racontée dans l'Ancien Testament, l'histoire d'Israël fut organisée en une série d'événements ou de périodes déterminants : l'exode (notamment les récits qui vont des patriarches à la conquête de Canaan), la monarchie, l'exil à Babylone et le retour en Palestine avec le rétablissement des institutions religieuses.

Frontière entre interprétation et histoire

Il est important de faire une distinction entre les événements tels que l'Ancien Testament les a interprétés et l'histoire critique. Pour rédiger un compte rendu fiable, l'historien a besoin de sources plus ou moins objectives, contemporaines des événements. Or la principale source d'informations sur l'histoire d'Israël est l'Ancien Testament et ses auteurs sont en général concernés en priorité par la signification théologique du passé. De plus, la plupart des documents sont postérieurs — parfois de plusieurs siècles — aux événements qu'ils décrivent. Il n'existe pas de preuves écrites conséquentes avant l'époque de la monarchie qui fut établie avec l'onction de Saül comme premier roi d'Israël au XIe siècle av. J.-C. D'autres preuves, sous forme d'écrits et d'objets, ont été retrouvées grâce à l'archéologie, mais l'ensemble — preuves bibliques et archéologiques — doit être considéré avec un œil critique (voir Archéologie biblique ; Exégèse biblique). Il est certain que tous les textes bibliques que l'on peut dater d'une manière ou d'une autre fournissent des informations historiques importantes. Ils révèlent des faits concernant la période pendant laquelle ils ont été écrits, mais ne donnent pas nécessairement un compte rendu exact des événements.

Le fondement historique

La vie d'Israël fait partie de l'histoire du Proche-Orient ancien. Comme les autres petites nations de l'Est de la Méditerranée, Israël était à la merci de grandes puissances telles l'Égypte, l'Assyrie et Babylone, et ne pouvait prospérer de façon indépendante que quand ces puissances étaient sur le déclin ou occupées à se battre les unes contre les autres.

Histoire des débuts et du développement d'Israël

Si l'on a des informations abondantes sur l'histoire du Proche-Orient ancien à partir du IIIe millénaire av. J.-C., une histoire détaillée d'Israël n'est possible que vers l'époque de David (1000-961 av. J.-C.). Cela ne signifie pas qu'on ne peut rien dire des périodes précédentes ou que tous les récits d'événements antérieurs à David sont inexacts. Cela signifie qu'il est difficile de séparer les preuves historiques des interprétations ultérieures et que relativement peu de détails peuvent être tenus pour certains. Les récits de la Genèse sur les patriarches, par exemple, n'ont pas un but historique. L'histoire s'occupe des événements publics ; les récits concernant les patriarches sont des histoires familiales relatant pour la plupart des affaires privées. Des preuves archéologiques ont cependant montré que le contexte ou le cadre des récits donnait une représentation plausible de la vie à la fin de l'âge du bronze. Les récits laissent supposer que les ancêtres d'Israël étaient semi-nomades et donnent des indications sur leurs croyances et pratiques religieuses.

Une analyse approfondie des archives bibliques et l'usage judicieux des preuves archéologiques permettent de situer l'exode qui suit la fuite d'Égypte dans la seconde moitié du XIIIe siècle av. J.-C. Mais l'itinéraire de l'exode demeure inconnu ; l'Ancien Testament a conservé au moins deux grandes traditions sur ce sujet. Tout le peuple d'Israël n'y aurait pas participé, mais très probablement les seules tribus de Joseph.

Les Livres de Josué, I-XII, et des Juges, I-II, donnent deux versions différentes de l'arrivée d'Israël au pays de Canaan. Le récit sommaire de Josué parle d'une conquête subite des Israélites sous la conduite de Josué; mais le Livre des Juges, I-II, et d'autres traditions défendent la conclusion selon laquelle certaines tribus se seraient progressivement installées dans le pays et qu'il aurait fallu des décennies, voire des siècles, à Israël pour prendre possession de ce territoire. La période de la conquête et celle des Juges se chevauchent donc. Pour résumer, pendant deux siècles après 1200 av. J.-C., les tribus étaient tantôt isolées, tantôt réunies, et ne se constituèrent en nation (Israël) que progressivement.

La monarchie

La monarchie vit le jour au cours du XIe siècle av. J.-C., en plein conflit interne et sous la menace, à l'extérieur. Le conflit interne portait sur la question de la forme de gouvernement qui convenait à la nation. Certains étaient pour la forme traditionnelle d'autorité charismatique en période de crise, d'autres voulaient une royauté stable. La royauté l'emporta à cause de la menace externe que représentaient les Philistins, militairement supérieurs, qui occupaient cinq cités de la plaine côtière. Saül unit les tribus et établit une monarchie, mais fut tué avec son fils Jonathan lors d'une bataille contre les Philistins David devint alors roi, d'abord de la partie Sud puis de la nation entière. C'est lui qui mit fin pour toujours à la menace philistine et qui fonda un empire dont le contrôle s'étendait de la Syrie à la frontière d'Égypte. Son règne fut long et prospère, non sans conflits internes à propos du trône. Son fils Salomon lui succéda et créa une cour à la manière des autres monarques orientaux. Salomon construisit, moyennant de lourdes taxes pesant sur son peuple, un palais et le grand Temple à Jérusalem

Les royaumes d'Israël et de Juda

Après la mort de Salomon, les tribus du Nord se rebellèrent sous le règne de son fils Roboam. Les deux nations, Israël au nord et Juda au sud, ne furent plus jamais unies et se combattirent souvent. Dans le royaume de Juda, la dynastie de David continua jusqu'à ce que les Babyloniens envahissent le pays (597 et 586 av. J.-C.), mais, en Israël, de nombreux rois et plusieurs dynasties se succédèrent. La période de monarchie divisée fut marquée par la menace des Assyriens, des Araméens et des Babyloniens. Israël et sa capitale Samarie tombèrent devant l'armée assyrienne en 722-721 av. J.-C., le peuple fut déporté et des étrangers s'installèrent à sa place. Juda subit deux humiliations sous le joug babylonien : la capitulation de Jérusalem en 597 et sa destruction en 586 av. J.-C. Des captifs furent emmenés à Babylone à deux occasions mais comme aucun étranger ne vint s'installer dans le royaume de Juda et comme les captifs bénéficièrent d'une certaine liberté — au moins celle de s'associer entre eux — la vie du peuple se poursuivit à la fois à Babylone et dans leur pays d'origine. L'exil était un malheur que les prophètes annonçaient depuis longtemps comme châtiment divin, mais cette expérience amena les Israélites à reconsidérer leur propre signification en tant que peuple et à consigner par écrit leurs traditions anciennes. .

La période postérieure à l'Exil

Le peuple fut libéré de Babylone en 538 av. J.-C., quand le roi perse Cyrus fonda l'Empire perse. Les prophètes Esdras et Néhémie furent les chefs de la nation pendant la période qui suivit l'Exil, au cours de laquelle les institutions furent rétablies et le Temple reconstruit. Juda devint une province de l'Empire perse et le peuple bénéficia d'une relative autonomie, en particulier sur le plan religieux.

À un moment donné de la période qui suivit l'Exil, l'histoire d'Israël devint l'histoire du judaïsme, mais à quelle époque précisément, la question est toujours débattue. Pour plus d'informations, voir Judaïsme. Au début de l'ère chrétienne, le peuple avait survécu à l'essor de l'Empire hellénistique (333 av. J.-C.), à la révolte et à la domination des Maccabées (168-165 av. J.-C.) et à l'établissement du pouvoir romain en Palestine (63 av. J.-C.). Après une révolution avortée en 70 av. J.-C., qui se solda par la destruction de Jérusalem, sa vie changea radicalement.

Thèmes théologiques de l'Ancien Testament

Les thèmes théologiques de l'Ancien Testament sont riches, profonds et variés. Ils traduisent non seulement un développement de la pensée, mais aussi des différences d'opinion et même des conflits. Par exemple, différentes interprétations de la création coexistent et, à maintes reprises, les prophètes ont remis en question l'opinion des prêtres. Les thèmes de l'Ancien Testament sont cohérents et en rapport les uns avec les autres, mais ne constituent pas une théologie systématique. La canonisation de la Bible, tout en fixant une liste officielle, a aussi reconnu sa grande diversité.

Le Dieu d'Israël

Le thème théologique le plus évident de l'Ancien Testament est à la fois le plus convaincant et le plus important : Yahvé (nom donné à Dieu dans l'Ancien Testament; voir  Jéhovah) est le Dieu d'Israël, de la terre entière et de l'histoire. Ce thème apparaît dès Exode, XX, 3 («Tu n'auras pas d'autres dieux devant moi») et tout au long des Saintes Écritures hébraïques ; il constitue le fondement de toutes les autres réflexions théologiques. Il serait trompeur, cependant, d'assimiler ce thème au monothéisme; ce terme est trop abstrait pour les textes en question et dans tous les textes, à l'exception des plus tardifs, l'existence d'autres dieux est tenue comme allant de soi. Généralement, les autres dieux sont considérés comme subordonnés à Yahvé et en tout cas Israël doit fidélité à un seul Dieu. Ce Dieu est déclaré le créateur de la terre, le roi qui intervient dans le cours de l'histoire pour sauver et juger, tout-puissant mais soucieux de son peuple. Il se révèle de différentes manières : à travers la loi, les événements, mais aussi les prophètes et les prêtres.

Le langage caractéristique de l'Ancien Testament à propos de Dieu associe le nom de Yahvé aux événements : «Je suis Yahvé, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude» (Exode, XX, 2). Israël définit Dieu par rapport à ce qu'il a fait ou fera plutôt que par rapport à sa nature. C'est pourquoi l'histoire prend une importance particulière en tant que sphère de l'action divine et de l'interaction avec son peuple. La seule exception notable à cet usage du langage historique est la littérature sapientiale.

Alliance et loi

Deux autres thèmes fondamentaux de l'Ancien Testament, l'alliance et la loi, sont étroitement liés. Le terme alliance signifie beaucoup de choses, en particulier un accord entre des nations ou des individus, mais il désigne avant tout le pacte entre Yahvé et Israël conclu sur le mont Sinaï. Le langage employé pour parler de cette alliance ressemble beaucoup à celui des traités du Proche-Orient ancien : dans les deux cas, il s'agit d'accords scellés par des serments. C'est Dieu qui aurait pris l'initiative de l'alliance en élisant un peuple. La formulation la plus simple de l'alliance est peut-être la phrase : «Je vous prendrai pour mon peuple et je serai votre Dieu» (Exode, VI, 7). La loi passe pour avoir été transmise dans le cadre de l'alliance, moyen par lequel Israël est devenu et demeuré le peuple de Dieu. Elle dicte des règles de comportement à l'égard d'autrui et des règles de pratiques religieuses, mais ne donne en aucun cas un ensemble exhaustif d'instructions pour la vie. Elle semble plutôt fixer les limites que le peuple ne peut franchir sans rompre l'alliance.

La personne humaine

L'Ancien Testament met l'accent sur l'entente des êtres humains en communauté, point important pour le peuple d'une telle alliance. Chaque être humain était considéré comme un corps animé, comme l'indique la Genèse, II, 7 : «Alors Yahvé modela l'homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant». Cette «haleine» ne doit pas être interprétée comme une «âme» mais simplement comme la «vie». Dans l'Ancien Testament, l'être humain était considéré comme une unité de matière physique et de vie, le tout étant un don de Dieu. Par conséquent, la mort était une réalité vivante : les notions de vie après la mort et de résurrection n'apparaissent que rarement et tardivement dans la pensée israélite.

Un autre thème se manifeste dans les Prophètes et est fondamental ailleurs, c'est le fait que Yahvé est un Dieu juste qui attend justice et vertu de son peuple. Cela sous-entend l'équité dans toutes les affaires humaines, la protection des faibles et l'établissement d'institutions justes.

Le Nouveau Testament est composé de vingt-sept documents écrits entre 50 et 150 apr. J.-C. Ces documents concernent la foi et la pratique dans les communautés chrétiennes de l'ensemble du monde méditerranéen. Bien que l'on ait prétendu que certains de ces documents s'appuyaient sur des originaux araméens (notamment l'Évangile selon saint Matthieu et l'Épître aux Hébreux), tous ont été transmis en grec, langue dans laquelle ils furent très certainement rédigés.

Texte, canon et versions anciennes

À une époque, certains spécialistes du christianisme considéraient le grec du Nouveau Testament comme une forme spéciale de langue religieuse, providentiellement donnée comme véhicule convenant à la foi chrétienne. Il est clair aujourd'hui, si l'on se fie à des écrits non bibliques de l'époque, que la langue du Nouveau Testament est le koinè, ou grec commun.

Manuscrits et étude critique des textes

Les manuscrits grecs du Nouveau Testament — complets, partiels ou fragmentaires — sont actuellement environ cinq mille. Aucun cependant n'est autographe. Un fragment de l'Évangile selon saint Jean, qui daterait d'environ 120-140 apr. J.-C. est probablement le plus ancien. Les similitudes entre ces manuscrits sont étonnantes si l'on considère les différences que présentent l'époque et le lieu d'origine, ainsi que les méthodes d'écriture et le contenu. Les différences sont notamment des omissions, des adjonctions, la terminologie et l'ordre des mots.

Comparer, évaluer et dater les manuscrits, les regrouper par familles et élaborer des critères pour établir le texte qui correspond le plus à ce que les auteurs écrivirent, telles sont les tâches des critiques. Ils sont aidés dans leur appréciation par les milliers de citations des Écritures qui émaillent les écrits des Pères de l'Église et par plusieurs traductions anciennes de la Bible dans d'autres langues. Le fruit du labeur des critiques est une édition du Nouveau Testament grec offrant non seulement ce qui passe pour le meilleur texte, mais des notes indiquant les variantes proposées par les principaux manuscrits. Des éditions critiques du Nouveau Testament grec ont été régulièrement éditées depuis le travail de Didier Érasme au XVIe siècle.

Écrits précanoniques

Les vingt-sept livres du Nouveau Testament ne sont qu'une partie de la production littéraire des communautés chrétiennes des trois premiers siècles. Les principaux types de textes du Nouveau Testament (évangile, épître, apocalypse) furent largement imités et les noms des apôtres ou d'autres grands personnages furent associés à des écrits destinés à combler les silences du Nouveau Testament (par exemple sur l'enfance et la jeunesse de Jésus), à satisfaire l'attente de nouveaux miracles et à défendre des révélations nouvelles et plus complètes. Quelque cinquante évangiles étaient à l'époque en circulation. Un grand nombre de ces écrits chrétiens non canoniques ont été rassemblés et publiés sous la dénomination d'apocryphes du Nouveau Testament (voir Apocryphes Nouveau Testament).

La connaissance de la littérature de cette période s'est considérablement développée avec la découverte, en 1945, de la bibliothèque d'un groupe hérétique, les gnostiques (voir Gnosticisme), à Nag Hamadi, en Égypte. Cette collection, écrite en copte, a été traduite et publiée. L'attention des spécialistes s'est surtout concentrée sur l'Évangile de Thomas, qui serait un ensemble de paroles de Jésus, cent quatorze en tout, confiées en privé à Thomas, l'un des douze apôtres.

Le canon

Aucun texte clair ne permet d'appuyer la raison qui a déterminé l'Église à adopter un canon officiel des écrits chrétiens, pas plus que le processus qui a abouti à ce canon. Pour Jésus et ses disciples, la Loi, les prophètes et les Écrits du judaïsme étaient les «Saintes Écritures». L'interprétation de ces écrits fut toutefois déterminée par le travail, les paroles et la personne de Jésus tel qu'il avait été compris par ses disciples. Les apôtres, qui furent les dépositaires des paroles et des actes de Jésus et qui poursuivirent sa mission, furent considérés comme faisant autorité. Le fait que Paul, par exemple, comptait que ses lettres seraient lues à haute voix dans les églises et même échangées entre églises (voir Épître aux Colossiens, IV, 16; 1re épître aux Thessaloniciens, V, 26 et suivantes) indique qu'une nouvelle norme s'était imposée dans les communautés chrétiennes en matière de foi et de pratique. Cette norme avait deux parties : le Seigneur (dans les «Évangiles») et les apôtres (principalement dans les «Épîtres»).

Retracer l'histoire de l'évolution du canon du Nouveau Testament en notant les livres mentionnés ou cités par les Pères de l'Église est une entreprise incertaine. Ce qui n'est pas dit est trop interprété. Il semblerait que la première tentative visant à fixer un canon remonte à 150 apr. J.-C. et soit le fait d'un chrétien hérétique, nommé Marcion, dont la liste des textes acceptables comprenait l'Évangile selon saint Luc et dix Épîtres de Paul, édités dans une perspective antijuive. Peut-être l'opposition à Marcion accéléra-t-elle les efforts pour l'établissement d'un canon acceptable par la majorité.

Vers 200 apr. J.-C., vingt des vingt-sept livres du Nouveau Testament semblent avoir été considérés comme faisant autorité. Des préférences locales prévalaient ici ou là, et il y avait quelques différences entre les Églises orientale et occidentale. Les livres qui furent contestés quelque temps mais finalement inclus sont : Épître de Jacques, Épître aux Hébreux, 2e épître de saint Jean, 3e épître de saint Jean, Épître de Jude, 2e épître de saint Pierre, et l'Apocalypse. Les autres livres, reconnus par beaucoup mais finalement rejetés, sont ceux de Barnabé, la 1re épître de Clément, le Pasteur d'Hermas et le Didakhê ; les auteurs de ces livres sont généralement appelés Pères apostoliques

La trente-neuvième lettre de saint Athanase, évêque d'Alexandrie, envoyée en 367 aux églises placées sous sa juridiction, mit fin à toutes les incertitudes sur les limites du canon néo-testamentaire. Dans cette lettre, conservée dans une collection de messages annuels de carême délivrés par Athanase, il déclare canoniques les vingt-sept livres qui constituent aujourd'hui encore le Nouveau Testament, mais en les citant dans un ordre différent. Il s'agit, dans l'ordre qui est le leur actuellement, des quatre Évangiles (selon saint Matthieu, saint Marc, saint Luc, et saint Jean), des Actes des Apôtres, des Épîtres : Épître aux Romains, 1re épître aux Corinthiens, 2e épître aux Corinthiens, Épître aux Galates, Épître aux Éphésiens, Épître aux Philippiens, Épître aux Colossiens, 1re épître aux Thessaloniciens, 2e épître aux Thessaloniciens, 1re épître à Timothée, 2e épître à Timothée, Épître à Tite, Épître à Philémon, Épître aux Hébreux, Épître de Jacques, 1re épître de saint Pierre, 2e épître de saint Pierre, 1re épître de saint Jean, 2e épître de saint Jean, 3e épître de saint Jean, Épître de Jude ; et de l'Apocalypse

Versions anciennes

Parce que le Nouveau Testament a été écrit en grec, l'histoire de la transmission du texte et de l'établissement du canon néglige parfois les premières versions qui sont, pour certaines, plus anciennes que le texte grec le plus ancien que l'on ait conservé. L'expansion rapide du christianisme au-delà des régions où le grec dominait suscita le besoin de traductions en syriaque, en latin ancien, en copte, en gotique, en arménien, en géorgien, en éthiopien et en arabe. Les versions syriaques et latines remontent au IIe siècle et des traductions coptes commencèrent à apparaître au IIIe siècle. Ces versions anciennes n'étaient nullement des traductions officielles, mais répondaient à des besoins locaux en matière de culte, de prédication et d'enseignement. Elles étaient retranscrites dans les dialectes locaux et ne contenaient souvent que certaines parties du Nouveau Testament. Au cours des IVe et Ve siècles, des efforts furent faits pour remplacer ces versions locales par des traductions plus normalisées et largement reconnues. En 382, le pape Damase Ier chargea saint Jérôme de produire une Bible latine ; appelée Vulgate, elle remplace divers textes en latin ancien. Au Ve siècle, la Peshitta syriaque remplaça les versions syriaques très répandues jusque-là. Comme souvent en pareil cas, les anciennes versions cédèrent lentement le pas à la nouvelle.

La littérature du Nouveau Testament

Du point de vue littéraire, les textes du Nouveau Testament appartiennent à quatre grands types ou genres : évangile, récit, épître et apocalypse. De ces quatre types, seul l'évangile semble avoir vu le jour au sein de la communauté chrétienne.

Les évangiles

Un évangile n'est pas une biographie, bien qu'il ait des points communs avec les biographies des héros, humains et divins, de l'univers gréco-romain. Un évangile est une série de récits relatant des actes ou des paroles et constituant chacun un tout en soi, mais ordonnés de manière à produire un effet cumulatif. Les auteurs des Évangiles étaient apparemment soucieux de l'ordre chronologique, mais ce n'était pas une priorité et l'ordre des textes futurs fut fortement influencé par des préoccupations théologiques et les besoins des lecteurs. On pouvait donc s'attendre, même si les quatre Évangiles du Nouveau Testament sont principalement axés sur Jésus de Nazareth et s'ils ont tous les quatre la forme littéraire de l'évangile, à rencontrer des différences entre eux, ce qui est bien le cas. Hormis les récits de l'arrestation de Jésus, de son jugement, de sa mort et de sa résurrection qui se ressemblent étonnamment dans les quatre Évangiles, ils diffèrent par des détails importants, leur perspective et les points d'interprétation mis en avant.

Sur tous ces aspects, l'Évangile selon saint Jean se distingue notablement des autres. Jésus-Christ y est décrit plus nettement comme divin, omniscient, omnipotent et «d'en haut». Les trois autres Évangiles sont dits synoptiques (vus ensemble) parce que, malgré leurs différences, ils peuvent être considérés ensemble. Si on les place dans des colonnes parallèles, les similitudes entre les Évangiles selon saint Matthieu, saint Marc et saint Luc sont tellement frappantes qu'elles ont engendré de nombreuses théories sur leurs rapports. L'opinion la plus répandue parmi les spécialistes est que l'Évangile selon saint Marc fut le premier écrit et que Matthieu et Luc s'en servirent pour leurs Évangiles. En fait, ces derniers avaient très probablement chacun d'autres sources, hypothèse qui s'appuie sur de nombreux éléments communs qui ne sont pas dans l'Évangile selon saint Marc. Cette source, objet de théories mais non encore identifiée, a été appelée simplement Q, ou Quelle (de l'allemand, «source»). Dans une préface, l'auteur de l'Évangile selon saint Luc dit avoir fait des recherches sur de nombreux récits concernant Jésus (voir Évangile selon saint Luc, I, 1-4).

Récit

La meilleure illustration du récit historique dans le Nouveau Testament est le second de deux volumes (parfois appelés Actes de Luc) attribués à saint Luc : les Actes des Apôtres. Ces deux livres relatent l'histoire de Jésus et de l'Église, érigée en son nom, en un seul récit continu, resitué dans le contexte de l'histoire d'Israël et de l'Empire romain. Le récit est présenté de façon théologique, c'est-à-dire en interprétant ce que Dieu fait dans la situation ou avec la personne décrite. Les Actes sont un exemple unique dans le Nouveau Testament de l'utilisation d'un récit historique à des fins de proclamation.

Épîtres

Dans le monde gréco-romain, l'épître était une forme littéraire relativement normalisée, comportant signature, adresse, salutations, éloge funèbre ou action de grâces, message et formule d'adieu. Saint Paul trouvait cette forme adaptée à ses relations avec les Églises qu'il avait fondées et pratique pour un apôtre itinérant. Elle se répandit dans la communauté chrétienne et fut utilisée par d'autres chefs d'Églises et auteurs. Certaines d'entre elles, qui figurent dans le Nouveau Testament, sont en fait des sermons, des exhortations ou des traités habilement présentés sous forme d'épîtres.

Écrits apocalyptiques

Les écrits apocalyptiques émaillent le Nouveau Testament mais trouvent leur expression la plus complète dans l'Apocalypse. Ils apparaissent lorsqu'une communauté traverse une crise grave, lorsque, regardant au-delà du présent et des sources humaines, les individus cherchent aide et espoir. Ce type de texte est visionnaire, symbolique, pessimiste quant à la situation du monde et optimiste uniquement par rapport à l'invisible caché derrière le visible et la victoire au-delà de l'histoire. Un châtiment et une récompense justes caractérisent les visions de la fin du monde. Apparemment, l'Apocalypse a été rédigée vers 95 pour ranimer l'espérance des chrétiens en proie aux persécutions de Domitien, entre 81 et 96.

Formes littéraires

À l'intérieur de ces quatre grands genres littéraires se dégagent de nombreuses formes : poèmes, hymnes, formules pénitentielles, proverbes, récits de miracles, béatitudes, diatribes, listes de devoirs, paraboles et autres.

Dans les écrits des spécialistes de la Bible, une grande importance était, dans le passé, accordée à la parabole, qui fut pendant des siècles considérée comme une allégorie. Vers la fin du siècle dernier, le spécialiste allemand Adolph Jülicher donna une nouvelle direction à l'interprétation des paraboles. Il affirma que les paraboles du Nouveau Testament devaient être comprises comme des comparaisons réelles plutôt que comme des allégories. Il considérait par conséquent que les récits sur Jésus devaient être compris comme des illustrations, dont la signification pouvait être reformulée en thèmes ou propositions isolés.

Plus récemment, les paraboles ont été considérées comme des œuvres d'art littéraires, dotées d'une force et d'une fonction semblables à celles de la poésie, et par conséquent ne devant pas être détruites par la paraphrase ou le résumé.

L'histoire dans le Nouveau Testament

Le Nouveau Testament n'est pas un ensemble de maximes, réflexions et méditations coupées de la réalité historique. Au contraire, ses textes sont articulés autour d'un personnage historique, Jésus de Nazareth, et évoquent les problèmes rencontrés par ses disciples dans de nombreux contextes spécifiques de l'Empire romain. Ce souci des événements, personnes et situations historiques ne signifie cependant pas que le Nouveau Testament soit soumis à des contingences purement historiques et chronologiques.

Esquisse des grandes lignes de la chronologie

La reconstitution historique de la période évoquée dans les sources du Nouveau Testament se heurte à un certain nombre de difficultés. Tout d'abord, les textes sont organisés selon une perspective théologique et non chronologique : les Évangiles viennent en premier parce qu'ils racontent l'histoire de Jésus, mais ils furent écrits entre 70 et 90 apr. J.-C., soit quelque soixante ans après sa mort. Les Actes des Apôtres datent également de cette période. Mais les épîtres de Paul sont antérieures ; elles datent de la décennie comprise entre 50 et 60 apr. J.-C. puisqu'elles furent écrites à l'époque même où Paul était en pleine activité missionnaire. Les autres livres, que l'on peut dater entre 90 et 150 apr. J.-C., reflètent la situation de l'Église au cours de la période postapostolique. Deuxièmement, les documents n'apportent pas la preuve d'un grand intérêt pour l'histoire en tant que processus chronologique, en partie parce que leurs auteurs croyaient en la fin imminente de l'histoire. Troisièmement, le Nouveau Testament n'est pas un livre mais un recueil ecclésiastique, conservé spécifiquement à des fins de culte, de prédication, d'enseignement et de polémique. Quatrièmement, tous les textes ont été écrits par des avocats de la foi chrétienne à des fins de proclamation et d'instruction ; aussi, bien qu'ils contiennent des références historiques, ce ne sont pas des comptes rendus historiques au sens propre. Si l'on ajoute à ces difficultés le manque de nombreuses références à Jésus et à ses disciples émanant d'autres sources contemporaines, les possibilités de reconstitution historique détaillée s'amenuisent encore.

Toutefois, les spécialistes s'accordent généralement sur les grandes lignes de la chronologie. Les principaux points de repère sont donnés par l'Évangile selon saint Luc et les Actes des Apôtres, qui situent l'histoire de Jésus et les débuts de l'Église dans le contexte de l'histoire juive et romaine. L'Évangile selon saint Luc indique que Jésus commença son ministère la quinzième année du règne de Tibère (voir Évangile selon saint Luc, III, 1), ce qui correspondrait à 28-29 apr. J.-C. Les quatre Évangiles indiquent que Jésus fut crucifié quand Ponce Pilate était gouverneur (26-36 apr. J.-C.) de Judée. Le ministère de Jésus se déroula entre 29 et 30 apr. J.-C., si l'on considère que ce ministère dura un an ; ou entre 29 et 33 apr. J.-C., selon la théorie qui considère que son ministère dura trois à quatre ans.

Les récits de l'enfance

On sait peu de chose sur Jésus avant son entrée dans la vie publique. Il était de Nazareth, en Galilée, bien que Luc et Matthieu situent tous deux sa naissance à Bethléem, en Judée, patrie du roi David. Seuls les livres de Luc et de Matthieu contiennent des récits sur la naissance et l'enfance de Jésus, et ils diffèrent sur plusieurs points de détail. L'Évangile selon saint Luc (I-5 ; II-52) relate ces événements sous forme de textes émaillés de poèmes et cantiques de l'Ancien Testament qui soulignent le souci que Dieu avait des pauvres. L'Évangile selon saint Matthieu (I, 18 ; II, 23) construit son récit sur le modèle de l'histoire de Moïse dans l'Ancien Testament : de même que Moïse passa sa jeunesse au milieu des riches et des sages d'Égypte, Jésus fut visité et honoré par des mages riches et sages. À l'instar de Moïse qui fut caché pour échapper à un roi cruel qui faisait égorger tous les enfants juifs mâles, Jésus échappa au massacre ordonné par Hérode.

Le reste du Nouveau Testament ne dit rien de la naissance miraculeuse de Jésus, qui se situe entre 6 et 4 avant l'ère qui porte son nom. Tout au long de l'histoire de l'Église, certains chrétiens ont insisté pour que les récits de l'enfance de Jésus soient pris littéralement ; d'autres les ont considérés comme l'un des nombreux moyens d'exprimer la croyance en la relation de père à fils entre Dieu et Jésus. La tendance du Nouveau Testament à proclamer la signification d'événements sans en donner un récit circonstancié a toujours suscité beaucoup de désaccords parmi ceux qui se lancent dans la quête historique.

Les apôtres et l'Église primitive

À la suite du ministère de Jésus, qui est décrit dans les quatre Évangiles, le mouvement religieux qu'il avait lancé passa sous la direction des douze hommes qu'il avait choisis comme apôtres. La plupart des Douze retombèrent dans l'ombre et la légende, mais trois d'entre eux sont mentionnés comme ayant pris la relève : Jacques, qui fut exécuté sur ordre de Hérode Agrippa Ier peu avant 44, date de la mort du roi lui-même ; Jean, son frère, qui vécut apparemment jusqu'à un âge avancé (voir Évangile selon saint Jean, XXI, 20-24) ; et Pierre, qui fut le premier chef de l'Église de Jérusalem, mais qui accomplit aussi plusieurs missions et qui, selon la tradition, aurait été martyrisé à Rome au milieu des années 60. En plus de ces trois apôtres, Jacques, appelé frère de Jésus, joua un rôle important au sein de l'Église de Jérusalem avant d'être tué par la foule déchaînée en 61. Avant que n'éclate la révolte des Juifs contre Rome à Jérusalem, en 66, les chrétiens quittèrent la ville et ne furent pas touchés par la violence qui détruisit Jérusalem en 70.

Une place particulière est faite dans les Actes des Apôtres à Paul, un Juif de Tarse, qui se convertit au christianisme près de Damas vers 33-35 apr. J.-C. Après quatorze ans de silence, Paul se mit à écrire des Épîtres, témoins d'une carrière missionnaire qui l'entraîna en Syrie, en Galatie, en Asie Mineure, en Macédoine, en Grèce et à Rome. Apparemment, sa vie se termina à Rome au début des années 60. Les Épîtres de Paul et les Actes donnent au lecteur une idée de la vie des communautés chrétiennes primitives et de leurs rapports avec les cultures plus vastes qui les entouraient.

Les autres livres du Nouveau Testament apportent peu d'informations historiques et presque aucun repère de date précis. Dans l'ensemble, ils semblent avoir été écrits pour une communauté de deuxième ou troisième génération. Dans ces textes, les disciples immédiats de Jésus sont morts, l'enthousiasme des débuts et l'attente du retour final du Christ ont diminué, et le besoin de préservation, de repli sur soi et d'institutionnalisation se fait clairement sentir (voir Eschatologie). Les hérétiques et les apostats sont démasqués et attaqués, et les membres de l'Église sont exhortés à ne pas renier leur foi face à la persécution qui s'annonce. La 2e épître de Pierre, probablement le dernier livre du Nouveau Testament à avoir été écrit, déploie de vigoureux efforts pour réhabiliter l'attente d'une fin imminente de l'histoire. Cette tentative pour retrouver le zèle et la conviction d'une époque antérieure est en soi le signe de la fin d'une époque.

Principaux thèmes du Nouveau Testament

À l'instar des thèmes théologiques de l'Ancien Testament, ceux du Nouveau Testament sont variés et riches par leur contenu.

Dieu

Nulle part ailleurs, la continuité entre le Nouveau Testament et l'Ancien n'est présentée avec plus de clarté ou de cohérence que dans ses enseignements sur Dieu. Toute opinion selon laquelle le Dieu de Jésus ou de l'Église primitive était différent du Dieu du judaïsme était rejetée et taxée d'hérésie. Le Dieu du Nouveau Testament est le créateur de toute vie et assure la pérennité de l'univers. Ce Dieu unique, qui est la source et la fin de toutes choses, prend l'initiative d'aller avec amour vers toute l'humanité et de conclure des alliances avec ceux qui répondent à son appel, en agissant envers eux avec justice et clémence, discernement et mansuétude. Dieu n'est jamais resté sans manifestation dans le monde ; il s'est révélé de nombreuses fois et de nombreuses façons, en de nombreux lieux ; mais le Nouveau Testament voit en Jésus de Nazareth une révélation exceptionnelle de Dieu. La personne, les paroles et les actes de Jésus étaient interprétés comme mettant les disciples en présence de Dieu. Lors de ses débuts au sein du judaïsme, l'Église put s'appuyer sur la foi en Dieu et centrer son message sur Jésus, venu pour révéler Dieu. Mais, au-delà des limites du judaïsme, la foi en un seul vrai Dieu devint le fondement de la proclamation du christianisme.

Jésus

Le Nouveau Testament présente sa vision de Jésus à travers les titres qu'il lui donne, les descriptions de sa personne et la transmission de sa parole et de son œuvre. Dans le contexte du judaïsme, l'Ancien Testament avait donné des titres et des images que les auteurs du Nouveau Testament utilisèrent pour exprimer la signification de Jésus pour ses disciples. Il fut décrit par exemple comme un prophète semblable à Moïse, un roi de la lignée de David, le Messie annoncé, le second Adam, un prêtre semblable à Melchisédech, un personnage apocalyptique comme le Fils de l'Homme, le Serviteur souffrant d'Isaïe et le Fils de Dieu. (Pour une description détaillée de la vie de Jésus, voir Jésus ; pour une interprétation théologique de sa personne, voir Christologie.) La culture hellénistique apporta d'autres images : un être divin préexistant qui vint sur terre, accomplit sa tâche et retourna dans la gloire ; le Seigneur au-dessus de tous les césars ; l'éternel médiateur de la création et de la rédemption ; le personnage cosmique qui réunit en lui toute la création en un corps harmonieux.

Les Évangiles présentent le ministère de Jésus comme la présence de Dieu dans le monde. Ses paroles ont révélé Dieu et la volonté de Dieu pour son peuple ; ses actes ont prouvé le pouvoir salvateur de Dieu qui rétablit l'intégrité du corps, de la raison et de l'esprit ; ses souffrances et sa mort sont les preuves de l'amour illimité de Dieu ; et sa Résurrection le signe de l'approbation par Dieu de sa vie, de sa mort et de son message. Saint Paul et d'autres ont interprété la mort de Jésus comme un sacrifice pour la rédemption du péché, et la Résurrection de Jésus comme la garantie de la résurrection de ses disciples. Des textes écrits pendant les persécutions (voir 1re épître de saint Pierre, Apocalypse) ont interprété les souffrances de Jésus comme un modèle pour les chrétiens à l'heure du martyre.

Le Saint-Esprit

Certains des prophètes d'Israël avaient dit du «jour dernier» que ce serait un temps où Dieu verserait son Esprit sur toute l'humanité. Le Nouveau Testament affirme que cette promesse a été accomplie du vivant de Jésus. L'expression Esprit de Dieu, qui traduit la présence active de Dieu, est pour cette raison employée tout au long du Nouveau Testament ; cette entité est selon les cas appelée Esprit, Saint-Esprit, Consolateur, Esprit du Christ ou Esprit de Vérité (voir Esprit saint; Trinité). L'Esprit a permis à l'Église de poursuivre ce que Jésus avait commencé à faire et enseigner. Chez les disciples, l'Esprit conférait les qualités nécessaires à cette vie et préparait la personne à servir le bien de la communauté. Naturellement, l'Esprit se prêtait à de multiples interprétations et fut la source de nombreux problèmes. Le Nouveau Testament se fait l'écho de la lutte qui eut lieu pour trouver des critères clairs permettant de déterminer si une congrégation ou un individu était réellement influencé par le Saint-Esprit.

Le royaume de Dieu

Selon le Nouveau Testament, le message principal de Jésus était le royaume de Dieu. Il appelait au repentir en prévision du royaume qui était «tout proche». Le royaume de Dieu désignait le règne ou la domination de Dieu et, dans le ministère de Jésus, ce règne était annoncé comme présent. Mais la présence du royaume n'était pas complète et était par conséquent souvent évoquée comme un événement à venir. Des spécialistes du Nouveau Testament ont débattu la question de savoir si Jésus et ses disciples espéraient l'avènement complet du royaume de Dieu pour leur génération. L'absence de conclusion définitive au débat est attestée par les deux expressions souvent employées pour caractériser l'enseignement du Nouveau Testament à propos du royaume : «déjà» et «pas encore».

Le salut

Le royaume de Dieu semble ne pas être demeuré le thème central du message de l'Église. Selon le Nouveau Testament, l'Église n'était pas identifiée au royaume de Dieu et dans sa prédication elle parla plutôt de salut. Le terme évoquait généralement la réconciliation d'un individu avec Dieu et sa participation à une communauté qui était à la fois réconciliée et réconciliatrice. Dans ce sens, le salut était une réalité présente — mais pas complètement. Le salut serait atteint dans une plénitude de vie au-delà des luttes, de l'insignifiance et de la mortalité qui caractérisent ce monde.

Paul pensait que dans l'accomplissement final du dessein de Dieu le salut serait d'ampleur cosmique. Le royaume de la rédemption s'étendrait sur toute la surface du royaume de la création. Cela signifiait qu'en fin de compte même les forces spirituelles hostiles qui, selon le Nouveau Testament, habitent les cieux, la terre et les régions souterraines seraient mises en harmonie avec le plan bienveillant de Dieu. Cette vision finale diffère de celle de l'Apocalypse, dont la fin se caractérise par la justification et la récompenses des saints et la damnation des méchants.

Éthique

En attendant, les disciples du Christ doivent témoigner, par leur conduite et leurs rapports, de leur réconciliation avec Dieu. On trouve là l'enseignement de la totalité du Nouveau Testament et l'héritage de l'Ancien : le lien inséparable entre la foi religieuse et le comportement moral et éthique. La Loi, les prophètes et les Écrits ont insisté sur ce point et le Nouveau Testament a suivi la même voie. Cette vie est dite selon les cas vertueuse, sanctifiée, pieuse, fidèle. Les livres du Nouveau Testament sont remplis d'instructions concernant cette vie, non seulement dans le sens de la vie intérieure, mais aussi dans les rapports avec les voisins, les ennemis, les membres de la famille, les maîtres, les serviteurs, les représentants du gouvernement, de même que dans les rapports avec Dieu. Ces instructions s'appuient sur l'Ancien Testament, les paroles de Jésus, l'exemple de Jésus, les commandements apostoliques, les lois de la nature, les listes de devoirs domestiques et les idéaux de moralistes grecs. Toutes ces sources étaient considérées comme ayant leur origine en un Dieu qui attend que sa fidélité soit payée en retour par la fidélité de ceux qui se sont réconciliés au sein de la famille de Dieu.

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