EVANGILE  ALEXANDRIN de  GLAVKIAS
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Introduction
ESSAI DE RECONSTITUTION  ET  NOTES
par ANDRE  WAUTIER 
                                 
L'EVANGILE ALEXANDRIN 
de Iochannân, dit Marcus, dit Clavkias
(qui est, peut-être, L'EVANGILE DES EGYPTIENS)

Les Actes des Apôtres chrétiens parlent d'un Jean (Iochannân) dont la mère s'appelait Marie, chez qui se réfugia l'apôtre Pierre après son arrestation à Jérusalem et son évasion. (XII, 12-17), et qui aurait été un cousin de Barnabé. (Act. XV - 35; Col. IV 10). Après la crucifixion en 47 de ce Pierre (lequel ne saurait  être autre que le Simon Bariôna) des évangiles) avec Jacques son frère, tous deux fils de Juda de Gamala (1), ce Jean, fils d'une Marie, devint le secrétaire et  l'interprète d'un deuxième Pierre, qui portait aussi les noms de Syméon en grec hellénisation de l'hébreu Shiméon), de Kîpha en araméen. Et Jean et kîpha se rendirent tous deux, peu après à Rome. où Shiméon Kîpha entreprit de catéchiser les juifs de cette ville en les exhortant à suivre les enseignements de Jésus le Nazarénien, qui avait été leur Maître en Galilée. Mais ce Kîpha était un homme fruste et peu instruit, qui avait probablement, avant de suivre Jésus, été un modeste  pêcheur; tandis que Jean, qui prit à Rome le surnom de Marcus (que l'on traduit "Marc" en français), paraît avoir été assez cultivé. Pierre prêchait en araméen, la seule langue probablement qu'il sût parler, puis Marc traduisait en  grec et en latin, car il paraît bien avoir été capable de pratiquer notamment ce deux langues outre l'araméen et l'hébreu.

Lorsque l'apôtre Paul arriva à Rome à son tour, sous la garde d'un soldat Romain, pour y comparaître comme il l'avait demandé lui-même, devant le tribunal de Néron César, Pierre et Marc doivent être allés le voir dans sa maison, où il était, en résidence surveillée. Cependant, en 62, Jacques le Juste, frère de Jésus, fut lapidé à Jérusalem sur l'ordre du Sanhédrin, présidé alors par le grand-prêtre sadducéen Anne (2). Selon Hégésippe, un des pères de l'Eglise, les membres de la communauté de Jérusalem convoquèrent alors les survivants des  "apôtres" et les proches parents de Jésus le Nazarénien afin d'élire un successeur à Jacques. Cette assemblée émigra à Pella en 67 afin que ses membres ne soient exposés que le moins possible aux désagréments de la guerre qui venait d'éclater  en  Palestine en 66 et,  dit Hégésippe, c'est Siméon qui fut élu à la tête de la secte.(3), laquelle prendra dans la suite le nom d'ébionite" (de l'hébreu ébiônîm, les pauvres).

Après le départ de Rome de Shiméon  Kîpha, les disciples qu'il s'y était  faits demandèrent à Jean, dit Marc, resté sur place, de rédiger à leur intention  un résumé de ce qu'avait été sa prédication. Marc leur donna satisfaction. Il rédigea donc, probablement en latin, les notes qu'il avait prises lorsqu'il traduisait ce que Pierre prêchait.(4).

C'est à cet écrit que fait allusion Jean le Doyen, d'Ephèse, dans un passage fameux, souvent reproduit, notamment pour la première fois connu par Papias, la citation de ce dernier ayant été rapportée par Eusèbe de Césarée :  Marc était l'interprète de Pierre, a transmis avec exactitude, bien que non dans l'ordre, tout ce dont il se souvenait des paroles et des actions du Seigneur.  Car il n'avait pas entendu lui-même le Seigneur , ni ne l'avait accompagné, mais plus tard, comme je l'ai dit, il suivit  Pierre. Ce dernier donnait son enseignement selon les besoins, sans aucunement se préoccuper de lier entre elles les sentences du Seigneur. Marc n'a donc pas fait d'erreur dans la relation de ses souvenirs

Notes :
1)  Sur Juda de Gamala, ou de Galilée ou de Golanite, voy. not. André Wautier, 
"Le Séthianisme et Simon le Mage" (Orphée, Bruxeles, I994), introd. pp.6, 15 & 52.
comparurent sûrement  aussi comme témoins à son procès; et, après la relaxe de Paul, Marc, 
qui l'avait quelquefois accompagné, avec Barnabé, son cousin, au cours de leurs voyages, 
dut le rencontrer ensuite encore à plusieurs reprises. 
 
2) Flavius Josèphe, "Histoire ancienne des Juifs", XX, 8. 
V. aussi André .Wautier "Comment  naquit le Christianisme", tome II, Chap.11 pp. 102-103. 
(Dans la suite de cet ouvrage ce livre sera désigné sous le titre abrégé Christianisme).
3) Cf. André WAUTIER, "Le Séthianisme et Simon le Mage" Op. Cit.,  introduction §12, P.  63.
4) Voy. Prosper ALFARIC "La plus ancienne vie de Jésus : l'évangile selon Marc" (Rieder, Paris I929); 
Paul-Louis COUCHOUD, "Histoire de Jésus" (P.U.F., Paris I944), André Wautier, "
Qui fut le disciple que Jésus aimait?" (Cahiers du cercle E.  RENAN, Paris   ), § 4