Dieu et la question du bien et du mal.

( Par Oscar Panther)

Publié le 2/5/2003



Depuis plus de deux mille ans de grandes religions humanistes et humanitaristes, il nous est permis de nous poser une question essentielle quant au devenir de l’humanité : a-t-elle réellement évolué ? Avons-nous accompli des progrès ? Sommes-nous vraiment passés du stade de l’hominidé à celui de l’homme ? A ces interrogations, nous pouvons répondre par l’affirmative si nous envisageons simplement les progrès matériels dont nous jouissons : nous goûtons un certain confort, aidés par les scientifiques et leurs prouesses. Nous sommes rusés, intelligents et ingénieux. Nous sommes sortis des cavernes, avons dompté les éléments et sommes capables de monter sur la lune. Mais ces progrès se réalisent par le pillage de la planète, au détriment de notre milieu de vie ou de celui d’autres espèces. De plus, force nous est de constater que seule une partie assez restreinte de l’humanité, celle des pays riches, jouit de ce confort. La majeure partie des terriens, celle des nombreux pays en voie de développement, lutte toujours pour sa survie, en proie à la faim, la soif, la maladie, les guerres et la misère, ignorante des richesses de l’hémisphère Nord qui les parasite.

Les progrès semblent bien lents, malgré les ONG et les plans humanitaires de toutes sortes. A peine un problème semble-t-il résolu qu’un autre survient : nouvelle maladie, nouveau conflit, catastrophe naturelle ou non…

En outre, si nous voulons aborder cette équation de Dieu et la question du bien et du mal en toute honnêteté, nous devons bien reconnaître que nul d’entre nous n’est un ange… Certes, nous sommes sortis des cavernes… Pourtant la massue est toujours à portée de main : il suffit qu’on nous coupe la priorité, qu’on marche un peu trop sur nos plates-bandes, que les intérêts d’un tiers heurtent les nôtres. Aussitôt, nous voici en proie à des conflits intérieurs : le roi moi se sent persécuté et nous nous sentons déchirés entre notre éducation, notre morale et notre instinct de protection de soi. Alors, le plus souvent, nous nous servons de l’agression verbale ; Quand ce ne sont pas des nations entières qui utilisent leurs armées pour mieux affirmer leur bon droit… Si policés soient-ils, les ego se cabrent généralement : ils se font violence ou la projettent sur les autres. Nous brûlons seuls ou ensemble. Ou nous cédons bien souvent aux tourments et à l’animalité primaire. Le vieux cerveau reptilien a repris le contrôle total de la personnalité et fi de notre bonne volonté altruiste et de nos bons sentiments ! Et s’il reste encore en nous une flamme d’humanité, nous souffrons de ne pas coïncider entre une haute opinion de la vie, notre recherche de l’harmonie et du bonheur partagés et, notre égoïsme et la conscience de notre déchéance à répétition.

Or, d’où proviennent ces idéaux de noblesse, de beauté et d’altruisme ? Le plus souvent, ils se trouvent véhiculés par les grands textes sacrés : de décalogue en préceptes de sagesse, d’exemples de vies parfaites en hagiographies édifiantes, ils ont été à la base de la vie en groupes. Ils glorifient les plus hautes valeurs comme dans les contes et légendes. Ils rappellent les fondements des lois, l’incitation au respect mutuel pour que les humains s’unissent.

Aux sources des grandes civilisations ? Sapience et ferments d’harmonie, recherche de l’unité qui se retrouvent dans les arts : évangiles en toutes langues, apocalypses ou même les manifestes révolutionnaires appellent à se dépouiller de l’ancien pour le renouveau par l’exaltation des plus hautes valeurs humaines. Se prétendant échos de la véritable noblesse en l’homme, la résonance d’un dernier vestige de divinité pré adamique, l’état d’avant la chute, les textes sacrés ont pétri nos inconscients durant des millénaires.

Mais si nos notions de bien et de mal se heurtent et sont fluctuantes, tant d’un pays à l’autre, d’un individu à l’autre qu’en nous-mêmes, la question de l’origine du mal reste posée.

Comment un Dieu bon, le dieu parfait présenté par les religions, peut-il laisser s’accomplir l’infamie sur terre ? Comment pourrait-il martyriser autant sa créature ? La cupidité, la convoitise, la rapacité, la souffrance et la mort seraient-elles sans fin ? Sommes-nous nés uniquement pour profiter au plus vite des bienfaits de la nature et mourir un jour ? Le mal et la mort sont-ils compris dans le plan divin ? Quelle pourrait alors y être notre place et celle d’enfants qui viennent de naître, innocents comme des agneaux qui progressivement se corrompent ? D’où vient le mal ? En effet, Paul n’écrit-il pas : « Le bien que je veux faire, je n’y arrive pas et je me retrouve en train de faire le mal que je voudrais éviter. »

A ces questions, les gnostiques ont de tout temps répondu sans les fuir : ils se sont par-là même différenciés des religions qui les esquivent en promettant aux troupeaux de leurs ouailles un paradis dans l’au-delà. Les gnostiques qui ont pu écrire « Faîtes mourir la mort », ont donné à la question de l’origine du mal des réponses qui nous amèneront, durant cet article, à développer des aspects cosmogoniques – macrocosmiques – rappelant notre véritable origine. Nous aborderons ensuite des aspects intérieurs et psychiques – microcosmiques. Ils déboucheront sur une vision du monde et de l’humanité exigeant de sa part la reconnaissance de son statut double, à la fois immortel et humain. Reconnaissance aussi de ses véritables vocation et devenir pour la mise en pratique d’une éthique et une transformation totale de l’être : la transfiguration paulinienne, le passage de l’hominidé de matière à l’homme Lumière.

En effet, les gnostiques prétendent que nous restons tiraillés d’incarnations en réincarnations entre nos pulsions animales et nos aspirations sublimes. Cependant nos ego révoltés ont ourdi tellement de ruses pour oublier leur possible origine divine et sa trahison initiale qui engendra le monde chuté dans lequel nous vivons, ont fourbi tellement d’armes pour s’aguerrir, se combattre, fuir le souvenir de l’éternité et s’adapter au monde du transitoire qu’est le nôtre qu’ils se sont habitués à la question du mal. Habitués, mais en surface seulement… Le désir de perfection, traduit et récupéré le plus souvent par une volonté de réussite matérielle, reste gravé en l’homme.

Abordons, dans un premier temps, la dimension cosmologique de la question


La plupart des grands textes sacrés expliquent la naissance de l’humanité comme le résultat d’une chute : à la suite d’un incident dans le grand plan divin, le niveau vibratoire de certaines entités s’abaissa considérablement et elles chutèrent, soi pour avoir été séduites soi pour s’être révoltées. Elles se densifièrent et fut instauré pour elles, afin de les sauvegarder d’une pétrification irrémédiable, l’ordre de l’espace et du temps dans lequel vivent ces entités : nous-mêmes, dans le monde de la chute qui n’est qu’une enclave dans la création macrocosmique. « Ainsi, comme a pu l’écrire le poète, l’homme est-il un dieu déchu qui se souvient des cieux » et notre âme est-elle coincée dans un « ordre de secours », notre monde, qui, selon les gnostiques comprend aussi bien l’ici-bas que l’au-delà.

C’est dire que pour eux, les entités qui ont dû revêtir un corps de chair proviennent en fait d’un tout autre ordre de vie dont nous avons tout oublié. Dans le meilleur des cas, il ne nous en reste qu’un vague souvenir attisé par une dernière braise issue de l’empyrée : l’atome étincelle d’Esprit, cette Rose du cœur qui s’exprime parfois par l’intense nostalgie d’un monde de perfection. Quant à notre corps physique qui retient prisonnière l’âme divine totalement étrangère aux cinq sens, notre « tente de chair » selon Paul, gnostique et véritable fondateur du christianisme, il est le pur produit des constellations de l’univers : des mélanges d’éthers et de matière de notre monde chuté, monde des opposés, de la colère, monde centripète et fermé sur lui-même tant dans ses aspects visibles qu’invisibles.

Aussi, est-il illusoire de rechercher le salut par de soi-disant bonnes actions dans ce monde faussé par un équilibre instable. Inutile aussi de l’espérer dans l’au-delà : ce n’est qu’un miroir du monde visible, la sphère réflectrice cadenassée par les archontes et les éons de la chute qui retiennent l’humanité prisonnière dans les rets de l’illusion des cinq sens. En fait, comme l’assurent les évangiles, « Il n’est de bien qu’en Dieu seul. »

Voici comment s’exprime la dimension morale de cette cosmogonie dans le Corpus Hermeticum attribué au sage Hermès Trismégiste :


« Chez les hommes, Asclépios, le Bien n’existe que de nom et nulle part en tant que réalité : ce qui est d’ailleurs impossible. Car le Bien n’a pas de place dans un corps matériel en proie de tous côtés aux tourments, aux tensions insupportables, aux douleurs et aux désirs, aux instincts, aux erreurs et aux perceptions des sens.»


Le texte ajoute, catégorique et pour bien stigmatiser la réalité des deux ordres de nature : « Le Beau et le Bien ne se trouvent pas en ceux qui sont dans le monde » compris comme l’ordre de nature enténébré de l’ici-bas et de l’au-delà. Hermès Trismégiste explique encore : « … Je remercie Dieu de ce qu’il a révélé à ma conscience sur la connaissance du Bien, qu’il est impossible de le trouver dans le monde. Car le monde est empli de la plénitude du mal, comme Dieu de la plénitude du Bien, ou le Bien de la plénitude de Dieu. » Ces derniers mots se rapportant clairement à la vision dualiste du monde et notamment à l’ordre originel de la surnature, du « Royaume qui n’est pas de ce monde » ainsi qu’en témoignait Jésus.


C’est pourquoi jésus affirmait : « Nul n’est bon, pas même moi. » Il entendait par-là, que selon sa personnalité issue de son être de chair et de sang, pur produit de la nature, ne peut ressortir aucune bonté véritable car elle est le résultat d’un monde biaisé, d’un champ magnétique impie. Le seul espoir provient uniquement du fait qu’il est possible de regagner le monde de l’unique bien, le monde du Père, du dieu bon : l’ordre de nature divin qui est d’une toute autre dimension et dont la chair et le sang ne peuvent hériter.

Jésus Christ et tous les envoyés de la Lumière veulent inciter les hommes à reprendre conscience de leur filiation divine véritable pour rétablir une liaison de première main avec le Monde du Père. Tout d’abord, ils démasquent les mensonges et les manipulations liés aux conceptions humaines du bien et du mal. Puis par un processus dont ils délivrent l’enseignement à tous ceux qui le recherchent vraiment, ils permettent d’en franchir l’écran de fumée pour se relier à nouveau au monde de la surnature.

Par delà le bien et le mal, par delà les illusions et le miroir aux alouettes de l’au-delà, attirer et incarner progressivement les éthers nouveaux, les forces du Royaume du Père pour accélérer le sauvetage du monde et de l’humanité.

Le Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste posant comme vérité que « Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », étudions maintenant comment cet axiome alchimique si souvent répété, comment cette cosmogonie des deux ordres de nature antagoniste se retrouve en l’être humain.

Les deux mondes en l’homme

Dimension intérieure de la question du divin, du bien et du mal

Hermès affirme que « De toute la création, seul l’homme est double » : mortel par sa chair et son corps physique mais dont le noyau spirituel est immortel. Ainsi, les humains parmi lesquels se trouvent les chercheurs de vérité se sentent-ils tiraillés entre les deux natures.

S’ils ont reconnu les beautés de la nature, ils ont aussi démasqué le fait que l’humanité tourne en rond et qu’elle ne peut rien établir de durable et définitif dans ce monde. Ils doivent encore revenir de l’inanité de la vision du bien ici bas. Certes, altruisme, humanitarisme, amour humain sont indispensables au respect de soi comme des autres, à la vie en groupe, à la cohésion des sociétés ! Mais ils ne suffisent pas et se changent bien souvent en leur contraire. En effet, ils restent le fruit des humains qui sont eux-mêmes les produits du monde des opposés, des fils et des filles du mélange. C’est la raison pour laquelle on peut lire dans le Corpus Herméticum d’Hermès Trimégiste :

« Quant à l’homme, il arrive à des normes de bonté par comparaison au mal. Car ce qui n’est pas trop mauvais ici-bas vaut comme bon, et ce qui est jugé bon est un moindre mal.

Il est donc impossible que le bien ici-bas ne soit pas entaché de mal.

Le bien ici-bas est toujours touché par le mal et cesse donc d’être le bien. C’est ainsi que le bien dégénère en mal. »


En effet, qui osera affirmer être prêt à répéter sans trêve de bonnes actions à chaque moment de sa vie ? D’autre part, ces bonnes actions changent-elles radicalement le cours de la vie de ceux qui les font et de ceux qui en bénéficient ? Ont-elles changé radicalement la face du monde ? Connaît-il moins de souffrances ? Ce qui est l’incarnation du bien pour l’un n’est-il pas le mal absolu pour l’autre ? Combien de peuples envahis et colonisés, souffrant au nom du « bien » du plus fort ? Quant aux héros, ne reconnaissent-ils pas le plus souvent que leurs actes de bravoure ont plus été provoqués par la peur et la détresse que par l’amour et l’altruisme ?…

Ainsi, comment se fait-il que les hommes ne puissent installer sur terre le Bien absolu ?

Parce que, tout comme le monde avec son ordre de nature du Royaume du Père et l’ordre de nature de la Chute, matériel et invisible avec son domaine des morts dans la sphère astrale réflectrice, l’homme lui aussi est double. C’est l’affirmation d’Hermès Trismégiste et de tant d’autres sages gnostiques dont les écoles de Mystères rayonnaient dans le monde antique avant d’être réprimées dans le sang par les religions d’état. L’homme possède un noyau divin mais il reste latent pour se trouver enkysté dans une personnalité, une tente de chair aux aspects matériels et subtils. Ainsi, le corps physique est-il complété, entre autres, d’un corps astral. Chaque humain est doté en fait de sa propre sphère réflectrice. Elle est une porte ouverte, notamment durant le sommeil à travers les rêves, sur la sphère réflectrice de toute la planète dans laquelle se projettent aussi bien les certitudes que les peurs, les angoisses, les rêves, les fantasmes de toute l’humanité.

Par ces liaisons, la vision des hommes est faussée : ils ne sont pas libres. Ils sont sans cesse conditionnés, manipulés par des influences invisibles provenant de la sphère réflectrice, de ce domaine des émotions, du monde des morts où les âmes les plus impies cherchent à se maintenir coûte que coûte dans un ersatz de vie au détriment des humains considérés comme des réservoirs d’énergie : elles les vampiriseraient, pilleraient les vivants par l’intermédiaire de leurs fluides émis par le système nerveux.

Pour les gnostiques, il est ainsi impossible aux humains, sur la base unique de l’ego, de la personnalité moi résultant de ces mélanges, de démêler le bon grain de l’ivraie. Influencé par le monde astral de la sphère réflectrice, il est impossible de découvrir le Bien absolu, la vérité unique.

C’est pourquoi les évangiles répètent que « La chair et le sang ne peuvent hériter le Royaume » ; que « Le Royaume n’est pas de ce monde. » Pour le retrouver, le chercheur doit s’envisager comme un microcosme, un minutus mundus, la réduction en petit du macrocosme comprenant les deux ordres de nature : celui du Bien absolu et celui du monde de la chute dont proviennent nos personnalités.

C’est seulement à partir de cette nouvelle vision de lui-même que le chercheur véritable pourra accepter comme Jésus au bord du Jourdain, le baptême du Feu qui n’est pas de ce monde : la reconnaissance d’une toute autre dimension dont la semence christique le pousse à chercher la vérité et ne demande qu’à l’éveiller. Ainsi il pourra entreprendre sa Via de la Rosa, accomplir ses douze travaux d’Hercule, son processus de Transfiguration sur la base intérieure de toutes nouvelles exigences et lois provenant de la Surnature.

En effet, une cosmogonie qui séparerait absolument la dimension du Bien absolu, celle du Dieu de perfection, et notre monde enténébré n’aurait aucune valeur : notre univers de l’espace-temps ne serait que chaos. Or, comme l’affirme les gnostiques, il n’est qu’une goutte d’eau dans la création divine. Ainsi, sa colère se trouve-t-elle contenue. Comme le rappelle la Parabole du Fils prodigue, c’est à l’homme, le fils prodigue tombé dans la drêche des pourceaux, qu’il a été offert la possibilité d’un retour à la Maison du Père en devenant, de son vivant, consciemment, une passerelle entre les deux mondes puis un travailleur du vignoble. Car, « souvenez-vous, vous êtes le sel de la terre » est-il expliqué à ceux que la vie laisse insatisfaits. Cette cosmogonie se trouve donc résumé en l’homme et doit déboucher sur un tout nouveau comportement pour le sauvetage du monde et de l’humanité : le rachat des ténèbres par la Lumière comme nous allons l’aborder dans la dernière partie.

Dimension éthique du problème : Dieu et la question du bien et du mal

Dans ce monde où nous vivons, il n’est pas rare de voir des hommes s’entretuer au nom du seul Dieu bon qu’ils honorent et prient dans divers lieux saints. Ainsi, « Dieu avec nous », « Got mit uns », « God save the Queen », « God bless America »… est-il déclaré aux soldats des belligérants. Au moment de partir semer la mort, les armées sont bénies par les prêtres au nom des certitudes théologiques de chaque pays. Les aumôniers militaires, les représentants de ce dieu sur terre, n’assurent-ils pas la victoire toute proche ?

Ainsi, la plus grande confusion règne-t-elle entre les notions de bien et de mal. Le bien ne serait en fait que le résultat des intérêts régissant le plus grand nombre mais non pas la vérité. Le nombre, parfois la puissance, semblent bien avoir force de loi. Répétons pour ne pas les oublier ces paroles d’Hermès Trismégiste :


« Quant à l’homme, il arrive à des normes de bonté par comparaison au mal. Car ce qui n’est pas trop mauvais ici-bas vaut comme bon, et ce qui est jugé bon est un moindre mal.

Il est donc impossible que le bien ici-bas ne soit pas entaché de mal.

Le bien ici-bas est toujours touché par le mal et cesse donc d’être le bien. C’est ainsi que le bien dégénère en mal. »


Un gnostique transfiguriste des temps modernes, Jan Van Rijckenborgh, a pu écrire dans ses commentaires de l’évangile gnostique de la Pistis Sophia et en digne successeur des enseignements d’Hermès :


« Toute la force-lumière que l’homme a reçue depuis sa naissance et s’efforce d’utiliser lui est volée par les éons de la nature. Et ils émettent cette force en retour sur l’humanité par leurs propres radiations. Ainsi est née une grande confusion : l’homme est égaré, il prend la lumière pour son ennemi, et son ennemi pour la lumière. » (1)


Or l’erreur répétée ne saurait devenir vérité. Le mal qu’elle contient reste le mal même si une erreur est l’apanage de la grande majorité. Tout le problème réside dans le fait que l’humanité se serait perdue dans le dédale des erreurs car elle manque du discernement pour lire la Vérité dans les hiéroglyphes de la nature : comment pourrait-il, d’ailleurs, en être autrement puisque, produit de la nature, l’humanité avance à l’aveuglette, guidée par ses sens et un empirisme biaisés par cette même nature qui n’est pas régie par le Dieu de Lumière mais par un ange révolté, un démiurge inférieur qui l’éclaire de sa lumière luciférienne.

C’est pourquoi, descendraient périodiquement des Envoyés de la vraie Lumière dans notre monde faussé : Zoroastre, Lao-tseu, Hermès, Platon, Jésus Christ, Bouddha, Mani, les parfaits bogomiles et cathares, Jacob Boehme, Jean Valentin Andreae, le fondateur de la Rose-Croix classique ou, plus proche de nous, le Hollandais Jan Van Rijckenborgh, continuateur de cette Rose-Croix construite sur le dualisme. Ils ramèneraient du domaine de la Stabilité éternelle l’enseignement de la Transfiguration.

Dans un premier temps, leur message, toujours le même, a pour but de nous déciller, de nous arracher à notre hypnose collective : celle de la secte de l’humanité terrienne, de six milliards d’individus qui se violentent mutuellement… Oui, l’humanité constitue bien une secte, l’étymologie de ce mot venant du latin « sécaré », s’être coupé du monde divin.

Les humains qui sont prêts à écouter les envoyés de la Fraternité de la Vie véritable comprendraient alors dans quels circuits de pensée ils sont prisonniers, comment ils sont manipulés et quel est le remède pour sortir de ces narcoses. Petit à petit, ils réalisent qu’il ne s’agit plus de mener la politique de l’autruche car bien et mal relatifs de cette nature sont démasqués, le bien de ce monde n’étant finalement qu’un moindre mal… Il n’est plus question de fuir la réalité des enjeux d’une vie, de se montrer irresponsable ou de vouloir faire le vide : toutes tentations du néant qui ouvrent tout grand une porte sur la folie humaine en symbiose avec la sphère réflectrice qu’elle alimente.

Le gnostique, à nouveau nourri par les nourritures saintes du domaine de la surnature, a enfin compris qu’un combat doit être livré en lui-même. Il sait en effet qu’il est un résumé du monde qui l’entoure, qu’il ne peut pas se couper du mal et se gausser d’une supériorité d’initié : il sait que le mal le traverse de part en part et qu’il l’alimente ; que le mal extérieur n’est qu’un reflet de son comportement erroné, de ses mauvaises pensées, des jugements orgueilleux et des critiques qui émanent de lui comme du commun des mortels. Il considère qu’une guerre qui éclate est le résultat d’un karma plus ou moins lointain ou, la condensation sous forme de nuage électromagnétique orageux d’une multitude de tensions haineuses qui finalement se matérialiseraient pour éclater violemment.

Le gnostique a reconnu qu’il est illusoire de vouloir changer les autres et ne perd plus son temps à chercher à retirer la paille dans l’œil du voisin alors que son propre regard est obscurci par les énormes poutres de son éducation, de son propre karma, de son hérédité et de ses préjugés. Il a pris conscience qu’il doit se vaincre lui-même et fait sienne les paroles de Lao Tseu qui déclare dans le Tao Te King :


« Grand est celui dont l’armée réussit à vaincre une ville.

Mais plus grand encore celui qui se vainc lui-même. »


Il recherche cette renaissance d’Eau et d’Esprit car, comme l’assurait Jésus : « On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. Si vous ne renaissez d’Eau et d’Esprit, vous n’entrerez pas dans le Royaume. » Il se sait ainsi co-responsable du destin de toute l’humanité et œuvre pour la dispensation de l’amour divin à travers son être car : « Il faut qu’il croisse et que je diminue ; le Seigneur en moi doit croître et je dois diminuer. »

Les douze commandements intégrés, sans vouloir abolir un iota de la loi mais pour l’accomplir sur la base du Sermon sur la Montagne, par delà les entraves de la sphère réflectrice, le gnostique s’efforce de rétablir la liaison avec le champ magnétique divin.

En lui conférant un nouveau prana, seule cette nouvelle liaison réveille son âme véritable et nourrit sa semence d’éternité : la Rose du cœur avec les éthers du domaine originel. Elle amène progressivement à une purification totale de ses pensées et à un tout nouveau comportement pour une transmutation de son corps physique. Pour que le plomb se transforme en or alchimique ; que l’homme matière devienne un Homme Lumière. En le reliant de son vivant au Royaume du Père, de plus en plus consciemment et durablement il s’arrache au champ magnétique terrestre pour incarner ici-bas les possibilités salvatrices pour toute l’humanité ; les rayonnements du champ magnétique du Royaume originel. Tel est le sens des paroles de Jean : « Et je vis descendre un nouveau ciel et une nouvelle terre… » De son vivant, dans ce champ de vie nouveau, il devient en conscience un homme Christ. C’est le plein du terme « évangile » : la bonne nouvelle.

Ainsi, il quitterait consciemment et de son vivant son statut naturel d’homme du mélange pour devenir un « parfait » : un homme de Lumière, une tour de l’Olympe. Il serait dans ce monde mais plus de ce monde pour laisser œuvrer en lui les forces de la Surnature : celles qui proviennent du royaume du Dieu bon. Pour le sauvetage de l’humanité déchue elles l’aident à rompre toutes ses attaches magnétiques qui en faisaient l’esclave des archontes et des éons de la Chute. Le gnostique cesse alors « d’exister » et « d’être vécu » inconsciemment pour Vivre véritablement.

Les gnostiques affirment que, dans sa vie de tous les jours, chaque homme matière, chaque être humain peut renaître en devenant le porteur conscient de l’Homme Lumière : s’il s’alimente des forces du champ magnétique divin qu’il a enfin retrouvées et sait à nouveau discerner, il délaissera progressivement les nourritures du champ terrestre. Ainsi, il a la possibilité de devenir un Sauveur, un Parfait : sans le combattre pour ne pas l’alimenter, il peut laisser le mal en lui, tout son psychisme dévoyé, mourir de sa belle mort.

Alors seulement il incarne et dispense pour tous les forces de l’unique Bien.


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(1) Jan Van Rijckenborgh, Les Mystères gnostiques de la Pistis Sophia, commentaires du Livre I, chap. 45, éditions du Septénaire.