Retour page accueil     Clovis, son histoire : son baptême   Page suivante

Baptême de Clovis

La bataille de Tolbiac

- Description du baptême

- Saint Rémi - Clothilde

- Grégoire de Tours

Affirmation du pouvoir de Clovis

L'église avait besoin d'une "épée" pour combattre l'hérésie arienne : Saint Rémi a donc tout intérêt à convertir par le baptême le roi Clovis afin que les francs deviennent les protecteurs de l'église : c'est dans ce contexte que Saint Rémi incite Clovis à demander en mariage Clothilde, une princesse Burgonde catholique et nièce du roi Gondebaud.

Le roi Gondebaud accepte cette union par intérêt politique, en espérant pouvoir profiter de la bienveillance de Clovis : le mariage est célébré en 493 à Soissons et à partir de ce moment,

Clothilde pousse son mari à se convertir à sa religion en tentant de vaincre ses réticences.

Clovis reste au début méfiant vis à vis de la religion catholique :

  • il doute de l'existence du Dieu de Clothilde suite au décès de leur 1er enfant qui meurt dans ses habits de baptême,
  • il est conscient que cet acte peut lui faire perdre le caractère sacré que lui reconnaissaient les francs en anéantissant le prestige de son origine réputée divine : il court le risque de se voir abandonné par une partie de son peuple.
Il va changer d’opinion à l’occasion de la bataille de Tolbiac (près de Cologne). Vers 496, tandis que Clovis combat les Alamans pour étendre son royaume sur l’actuelle Alsace et Allemagne, l’armée franque est sur le point d’être dominée malgré l’appel à tous les dieux païens de la guerre : Clovis invoque alors le Christ de Clothilde et s’engage à croire en lui et à se faire baptiser s’il obtient la victoire. Le roi des Alamans est alors tué d’une flèche, signant la débandade puis le retrait des troupes ennemies, poussant Clovis vers la victoire (la mort de leur roi était le symbole pour les Alamans de l'abandon de leurs Dieux).

Cette fresque de Joseph Blanc exposée
au Panthéon célèbre cet évènement

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Clovis se décide

Après un temps de réflexion et de maturation, Clovis est baptisé à Reims par Saint Rémi le 25 Décembre 496 ou 498.

Pourquoi cette incertitude concernant la date du baptême ?

Elle est due au manque de données fournies par Grégoire de Tours, qui n’est pas contemporain de cette époque : ce dernier constitue, grâce à son ouvrage "L'Histoire des Francs" la principale source d’informations concernant cette époque. Les travaux récents des historiens semblent donner pour improbable l'année 496, mais confirment le 25 Décembre, symbolique, étant le jour de la naissance du Christ : puisqu'en 1896 on avait commémoré le 14OOème anniversaire du baptême de Clovis, on conserve 1996 pour le 15OOème.

De plus, la datation en années de l'ère chrétienne inventée par un moine au VIème siècle n'apparait en Gaule qu'au VIIIe : cela complique largement la datation des événements.

  • Description du Baptême :
Au moment où il allait être baptisé Saint Rémi lui dit : "Baisse la tête avec humilité Sicambre, retire tes colliers, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré ! »
(les colliers étaient des "porte-bonheur" païens et Sicambre le nom d'une tribu à l'origine des Francs saliens).

Le roi, après avoir confessé le Tout-puissant, Dieu en trois personnes, fut baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-esprit et oint du saint-chrème au moyen du signe de la croix du Christ.

Bapteme de Clovis

Plus de trois mille hommes de son armée reçurent également le baptême le même jour.

La tradition du sacre à Reims est ainsi initialisée pour les rois de France qui reçoivent leur pouvoir de Dieu : Charles X sera le dernier roi à être ainsi consacré en 1825.

Les traces du baptistère contemporain au baptême de Clovis ont d'ailleurs été retrouvées dans la cathédrale de Reims.

  • Conséquences de la conversion de Clovis au catholicisme :

Ce baptême est loin de se limiter à sa seule dimension religieuse par ses nombreuses conséquences au niveau politique :

  • création de la 1ère entité politique cohérente sur le sol de France : l'empereur d'Orient Anastase prend d'ailleurs parti pour le catholique Clovis (il recevra plus tard les insignes consulaires, signe du plus grand souverain d'Occident)
  • ouverture d'une fracture décisive entre les francs et les Goths ariens : le roi Wisigoth Alaric ne peut supporter cette reconnaissance officielle de Clovis.
  • reconnaissance aux yeux des gallo-romains de la réputation de Clovis, notamment pour la classe sénatoriale : les rois ariens sont désormais en porte à faux vis à vis de la majorité de leur sujets.
  • modification de la nature du pouvoir royal : la monarchie mérovingienne était élective au sein de la famille du roi et l'assemblée de guerriers pouvait déposer le roi pour désigner un remplaçant. Le baptême de Clovis légalisait donc son droit de régner au nom de Dieu et écartait du pouvoir ses parents à l'exception de sa descendance directe.

S'il ne faut pas négliger les convictions religieuses de Clovis, il est indéniable que les conséquences politiques de cet acte ont été calculées : il  le positionne désormais en protecteur des églises du royaume et en défenseur de la foi catholique.

Cet acte fit de la France la fille aînée de l'église, et scella pour 13 siècle l'alliance du trône (le pouvoir) et de l'autel (la religion).

Saint Rémi

Il est nommé évêque de Reims, dont il était probablement originaire, en 459 : il est issu comme la majorité des évêques de la noblesse sénatoriale. Très cultivé, il était un grand orateur, fin politique et excellent administrateur.
Après le mariage de Clovis avec Clotilde, celle-ci lui fit rencontrer son époux afin de l’inciter à se convertir et le conseiller : il exerça sur le roi des francs une influence indéniable et bénéfique.
Son tombeau se trouve toujours dans la basilique Saint-Rémi, à Reims.

Clothilde

Fille d'un roi Burgonde, elle est catholique (alors que sa famille ne l'est pas). Les proches de cette dernière auraient été décimés par Gondebaud lui-même pour éviter le partage du royaume Burgonde : (ces événements diffèrent fortement selon les historiens qui les relatent).

  • son père, frère du Roi, aurait été assassiné,
  • sa mère aurait été noyée dans le Rhône une pierre attachée au cou (sa tombe datée de 506 ayant été retrouvée, cette thèse semble inexacte),
  • ses deux frères auraient été décapités puis jetés dans un puits.

Mariée en 493 à Clovis, elle va s'efforcer de le convertir.
Elle eut une influence très bénéfique sur son époux et, après la mort de celui-ci, elle s'efforça de conseiller ses fils afin qu'ils continuent l'œuvre de leur père.

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Profondément éprouvée par la mort de son fils Clodomir et l’assassinat de ses petits-fils par deux de ses fils, elle se retire près du monastère Saint-Martin, à Tours, où elle finira ses jours en 548.

Grégoire de Tours

Il naît en 538 dans une riche famille gallo-romaine et devient en 573 évêque de Tours, véritable sanctuaire de la Gaule mérovingienne grâce au tombeau de Saint Martin qui y attirait beaucoup de pèlerins.

Grégoire est le prototype des évêques mérovingiens, trait d'union entre la latinité et la barbarie : ils ont permit à Clovis, via leurs précieux conseils, de capitaliser sur le droit romain.

gr_tours.jpg (23279 octets) Ayant la plume facile, il laissa un riche témoignage de son époque : le Liber Historiae Francorum (le "Livre de l'histoire des Francs") qu'il rédigea de 576 à 591, soit plus d'un demi-siècle après la mort de Clovis. Afin de pouvoir écrire sur le début du règne de Clovis, Grégoire de Tours va s’inspirer :
  • d’ouvrages évoquant la vie de Saints,
  • de correspondances échangées entre les évêques,
  • de témoignages de ceux qui avaient entendu Clothilde évoquer dans son monastère la glorieuse épopée de son mari,
  • de la loi salique.

Avec quelques manuscrits d'époque et une seule lettre de Clovis qui nous soit parvenue, c'est la source d’information la plus riche concernant cette période. Cependant, il ne s'agit pas d'un livre d'histoire au sens actuel du terme : de nombreuses considérations d'ordre moral ou religieux le rendent délicat à interpréter (il voit le destin de Clovis à travers sa conception religieuse d'évêque).

Il mourut en 593 ou 594 et fut regretté par de nombreux fidèles.