Historique

vierge du trésor de Beaulieu

Le petit village de Vellinus fut rebaptisé Beaulieu par son seigneur, Rodolphe de Turenne, archevêque de Bourges. Des moines venus de Solignac s'y installent en 855. Le monastère, richement doté par Rodolphe, est consacré en 860. L'abbaye est contrainte ensuite de se mettre sous la protection d'un seigneur laïc, Hugues de Comborn, remplacé par Hugues de Castelnau. Ce dernier tente de se substituer à l'abbé et accapare les richesses du monastère. Pour le contrer, les moines saisissent le concile de Limoges. Il remet alors le monastère à Cluny. Le monastère repasse alors aux Turenne dans la seconde moitié du XIIe siècle.
L'abbatiale, commencée à la fin du XIe siècle, est consacrée encore inachevée en 1103. Le tympan monumental est achevé vers 1130. Pour l'essentiel, l'abbatiale est terminée vers 1140. Une partie de la façade date du XIIIe siècle.

La partie supérieure est complétée au XVIIIe siècle. La tour qui lui est adossée fut construite au XIVe.

L'abbaye jouait un grand rôle dans la ville. L'abbé désignait en effet les consuls jusqu'au XIVe siècle. L'abbaye subit de plein fouet les destructions successives de la Guerre de Cent Ans et des guerres de religions. En 1569, quelques prêtres sont massacrés par les protestants qui pillent l'église et détruisent les reliques. Le vicomte de Turenne soutenant la Réforme, celle-ci s'implante à Beaulieu jusqu'en 1622

Les fréquentes dispersions subies par les moines ayant ruiné l'esprit communautaire, le monastère est confié à la congrégation de Saint Maur pour être réformé en 1663. Le cloître est alors reconstruit et on procède à quelques modifications de la façade. Le monastère disparaît suite à la révolution mais l'abbatiale est épargnée. Elle devient église paroissiale. Plusieurs restaurations sont pratiquées au cours des XIXe et XXe siècles.
Elle a été classée monument historique en 1843.

Façade et porche

façade

Au-dessus d'un portail cintré dépourvu de tympan, on trouve deux niveaux de trois baies, l'un du XIIIe siècle, l'autre du XVIIIe. Outre ces deux niveaux, une couronne d'épines emblématique témoigne de l'intervention des Mauristes. Le clocher qui jouxte la façade comporte six niveaux. Les premiers sont encadrés par des contreforts massifs, les derniers sont percés de baies brisées sur chaque face.

Au sud de l'abbatiale se trouve l'entrée principale, abritée par un porche.

porche

péchés capitaux

Sur le montant gauche, on trouve quelques vices : la gourmandise, l'avarice et la luxure.

Aux angles du porche, on trouve à gauche la Vierge (fort abîmée), et à droite, le Christ bénissant accompagné d'anges (ci-contre).

le Christ, à l'angle du porche

A l'intérieur du porche, se trouvent sur les côtés des scènes plus complètes.

A gauche est racontée l'histoire de Daniel. Dans la première arcade à gauche, un ange guide le prophète Hababuc qui vient nourrir Daniel. Dans la seconde arcade, Daniel tient les lions en respect, assis sur l'un d'entre eux.

Histoire de Daniel

A droite, la scène expose la Tentation du Christ.

histoire de la tentation du Christ

A gauche, on trouve les deux premières tentations: le diable demande au Christ de prouver qu'il est le fils de Dieu, d'abord en changeant des pierres en pains puis en se jetant du haut d'une tour.

tentation du Christ

Dans l'arcade de droite, le diable propose au Christ de lui offrir le monde s'il l'adore, ce à quoi le Christ lui répond "Vade retro satanas". Cette scène est tirée de Matthieu 4,3,11.

tentation du Christ

Tympan

portail

Le tympan constitue la partie la plus extraordinaire de l'abbatiale. Emile Mâle le considère comme l'un des tympans fondateurs de l'iconographie chrétienne (avec Conques et Moissac). Ses dimensions sont imposantes : 5.8 m de large et 4.1 de haut.

tympan

Le Christ assis au centre mesure plus de 2 mètres ! Contrairement à ce qui est parfois dit, il ne s'agit pas du Jugement Dernier.
Le registre supérieur est consacré au second avènement du Christ, à la fin des temps, comme annoncé dans l'Apocalypse de saint Jean.
Le Christ gigantesque trône au centre de la scène, les bras étendus.
Derrière lui, des anges portent la croix et les clous. La couronne d'épines ressemble plutôt à une couronne royale. Deux anges sonnant l'olifant jouxtent le trône.

le Christ sur le trône

groupe d'apôtres de gauche

De chaque côté du Christ se tiennent les apôtres. Outre les huit dans l'axe des bras (on reconnaît Pierre, à gauche), on en trouve deux en bas à droite et deux autres en haut à gauche.

groupe d'apôtres de droite

Isaie

A droite, le personnage courbé sous la voussure est un prophète, probablement Isaïe, qui représente l'ancienne loi.

En-dessous des apôtres, on trouve deux groupes de personnages anonymes (trois à gauche et quatre à droite), représentant l'ensemble des hommes: ils assistent à la scène et montrent que tout le monde est concerné par le salut. Enfin, quelques morts ressuscitent, à gauche et à droite pour compléter le tableau.

Les deux registres inférieurs témoignent d'une imagination très vive. Le registre intermédiaire nous montre l'enfer. Sur les ondulations d'une mer de feu s'agitent des monstres. Des damnés sont dévorés par là où ils ont péché: par le sexe pour le personnage de gauche, par la tête pour le personnage de droite.

l'enfer

Le registre inférieur pourrait compléter la série des péchés capitaux amorcée à l'extérieur du porche, sur fond de rosaces rappelant celles de Moissac. A gauche, un ours dodu pourrait à nouveau évoquer la gourmandise. On trouve ensuite la Bête de l'apocalypse, symbolisant éventuellement l'orgueil et un dragon à tête humaine d'où sortent des singes.

registre inférieur

Atlante du trumeau

Au trumeau, on trouve plusieurs Atlante très allongés. De face, un jeune homme qui piétine un monstre. A droite, un vieillard, parfois assimilé à Isaïe se voûte pour entrer dans l'espace qui lui a été concédé sous le portail. A gauche, l'Atlante est juché sur les épaules d'un autre personnage assis.

Enfin, Pierre et Paul gardent les piédroits.

Isaie

Le chevet

chevet

Le chevet reflète l'élévation intérieure du chœur et du déambulatoire. Aux trois chapelles rayonnantes s'ajoutent deux absidioles rattachées au transept. Le clocher qui s'élève à la croisée du transept, à base carrée, comporte un étage octogonal. Ses baies sont garnies d'abat-sons. Il est bordé de petites tourelles circulaires.

De beaux modillons sculptés soutiennent une corniche. On y trouve de nombreux animaux fantastiques.

modillons du chevet

Visite intérieure

berceau de la nef

La nef comporte quatre travées voûtées en berceau.
Les doubleaux reposent sur des colonnes adossées à des piliers cruciformes.

nef

élévation de la nef

L'élévation est à deux niveaux. Au-dessus des grandes arcades cintrées, on trouve des baies géminées aveugles. L'éclairage est fourni par les collatéraux voûtés d'arêtes (ci-contre à droite, le collatéral sud).
On peut remarquer côté sud, la présence de deux chapiteaux historiés. On trouve aussi des décors sculptés à la base de certaines colonnes (des chiens se poursuivent en se mordant la queue, au niveau de la première travée, au nord).

collatéral sud

Dans la quatrième travée, au nord, une porte donnait accès au cloître disparu. Celle-ci a été bouchée, mais il reste le linteau en bâtière dans la maçonnerie du mur: celui-ci porte un bas-relief montrant un homme dont les mains sont léchées par des lions. Il pourrait s'agir de Daniel.

Daniel ?

coupole de la croisée

La croisée est surmontée d'une coupole octogonale sur pendentifs, à pans irréguliers, percée de deux petites baies à sa base.

croisillon nord

Les bras comportent deux travées inégales, voûtées en berceau cintré, sauf dans la dernière travée au nord. Les deux croisillons ouvrent sur des absidioles. Au nord, (à gauche) le croisillon abrite la Vierge de Beaulieu, du XIIIe siècle (dont la photo est dans l'historique).

croisillon sud

Dans le croisillon sud, à gauche de l'absidiole, une porte murée qui communiquait avec une tourelle extérieure présente un linteau en bâtière. Le bas-relief qui le décore est très maladroit. Il représente un homme qui tient un lion en laisse et lève son sceptre devant un autre lion qui a un anneau dans la gueule.

linteau en bâtière

choeur

Le chœur comporte une travée droite s'achevant en abside semi-circulaire. L'élévation présente trois niveaux: au-dessus de grandes arcades cintrées et étroites, on trouve de petites baies géminées semblables à celles de la nef, puis des fenêtres hautes. Le choeur est ceint d'un déambulatoire voûté d'arêtes qui ouvre sur trois chapelles rayonnantes.


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