La vie du Christ

Il ne s'agit pas ici de retracer toute la vie du Christ (rien de tel pour cela que la pieuse lecture des Évangiles), mais seulement de rappeler brièvement les épisodes que l'on rencontre le plus fréquemment dans la sculpture ornementale (tympans, chapiteaux, clôtures de chœurs...). Les épisodes de l'enfance du Christ (et les noces de Cana) ne figurent pas dans cette page puisqu'ils ont déjà été traités dans les pages consacrées à Marie et à la Nativité.

Le baptême du Christ

Le baptême (Matthieu, 3.13-17) correspond à l'entrée officielle de Jésus, dans sa phase active, puisque durant le baptême, le Saint Esprit descend sur lui pour l'identifier en tant que fils de Dieu.

Le baptême est traité comme une scène un peu secondaire, puisqu'elle est rarement présente dans les tympans. En revanche, cet épisode apparaît fréquemment dans la sculpture des chapiteaux (comme à Moissac), dans des médaillons (ci-contre, médaillon de St Jean de Lyon) ou dans les clôtures de chœur (ci-dessus, clôture de Notre Dame de Paris) consacrées à la vie du Christ.

Le Baptême, voussure du portail, cathédrale du Mans (Sarthe), à gauche et chapiteau du cloître de l'Estany (Catalogne), à droite.

L'entrée dans Jérusalem

Jésus fait son entrée dans Jérusalem sur âne, et non sur un cheval, par humilité. Il reçoit un accueil enthousiaste, salué par des rameaux, qui ne l'empêchera pas d'être crucifié peu après. Là encore, il s'agit d'une scène considérée comme un peu secondaire. Elle n'est qu'exceptionnellement représentée dans la sculpture des tympans, comme à Salamanque. On peut trouver trouver cette scène dans toutes les sculptures présentant l'intégralité de la vie du Christ, comme dans la clôture du chœur de Notre Dame de Paris (ci-contre)

"Les disciples allèrent, et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et l'ânon, mirent sur eux leurs vêtements, et le firent asseoir dessus. La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route. Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient : Hosanna au Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts! Lorsqu'il entra dans Jérusalem, toute la ville fut émue, et l'on disait: Qui est celui-ci ?" (Matthieu 21.6-10)

 

La Cène

"Le soir étant venu, il se mit à table avec les douze. Pendant qu'ils mangeaient, il dit : Je vous le dis en vérité, l'un de vous me livrera. Ils furent profondément attristés, et chacun se mit à lui dire: Est-ce moi, Seigneur? Il répondit: Celui qui a mis avec moi la main dans le plat, c'est celui qui me livrera. Le Fils de l'homme s'en va, selon ce qui est écrit de lui. Mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme est livré! Mieux vaudrait pour cet homme qu'il ne fût pas né. Judas, qui le livrait, prit la parole et dit: Est-ce moi, Rabbi? Jésus lui répondit : Tu l'as dit. Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. Il prit ensuite une coupe; et, après avoir rendu grâces, il la leur donna, en disant: Buvez-en tous; car ceci est mon sang, le sang de l'alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés." (Matthieu 26, 20-30)

Ci-contre, clef de voûte du porche de St Germain l'Auxerrois

Ci-contre, ensemble sculpté de la façade occidentale de la cathédrale de Tolède.

Ci-dessous, la Cène du panthéon de San Isodoro, à droite et chapiteau de l'Estany à gauche.

Épisode central, la Cène est abondamment représentée, notamment dans les tympans consacrés à la Passion du Christ. Jésus y est encadré de Pierre et de Jean, qui souvent est tendrement penché sur son épaule.

L'arrestation de Jésus

l'arrestation du Chrsit

L'arrestation du Christ,
Retable de la Fontaine Guérin, XVIe siècle,
actuellement conservé au château d'Angers

L'arrestation apparaît parfois dans les tympans consacrés à la Passion et dans des bas-reliefs. Elle se déroule en plusieurs temps. Selon Matthieu ou Luc (22.47-48), Judas embrasse Jésus pour le faire identifier. Chez Jean (Jn, 18, 4-12), le baiser de Judas est absent. Le Christ va au devant de ses persécuteurs en leur disant "c'est moi". Dans cette version, Pierre a un rôle actif qui est souvent représenté.

Chez Luc

"Comme il parlait encore, voici, une foule arriva; et celui qui s'appelait Judas, l'un des douze, marchait devant elle. Il s'approcha de Jésus, pour le baiser. Et Jésus lui dit: Judas, c'est par un baiser que tu livres le Fils de l'homme!
Luc (22.47-48)

Chez Jean

"Lorsque Jésus leur eut dit: C'est moi, ils reculèrent et tombèrent par terre. Il leur demanda de nouveau: Qui cherchez-vous? Et ils dirent: Jésus de Nazareth. Jésus répondit: Je vous ai dit que c'est moi. Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. Il dit cela, afin que s'accomplît la parole qu'il avait dite: Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. Simon Pierre, qui avait une épée, la tira, frappa le serviteur du souverain sacrificateur, et lui coupa l'oreille droite. Ce serviteur s'appelait Malchus. Jésus dit à Pierre: Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je pas la coupe que le Père m'a donnée à boire? La cohorte, le tribun, et les huissiers des Juifs, se saisirent alors de Jésus, et le lièrent." Jean (Jn, 18, 4-12)

Le suicide de Judas

Cette scène est rarement représentée, mais on peut la trouver sur quelques chapiteaux romans, comme ici à Autun.

"Alors Judas, qui l'avait livré, voyant qu'il était condamné, se repentit, et rapporta les trente pièces d'argent aux principaux sacrificateurs et aux anciens, en disant: J'ai péché, en livrant le sang innocent. Ils répondirent : Que nous importe? Cela te regarde. Judas jeta les pièces d'argent dans le temple, se retira, et alla se pendre". (Matthieu 27, 3-5)

La passion

La plupart des tympans consacrés à la crucifixion reprennent d'autres éléments de la Passion (ci-contre, Notre Dame de Bayeux, comme son annonce lors de la Cène (cf. ci-dessus), les outrages subis par le Christ (Christ à la colonne), le portement de croix, avec parfois la présence de Sainte Véronique, qui essuie le visage du Christ (lequel reste imprimé dans le tissu).

La crucifixion est cependant le thème le plus mis en valeur. Elle présente le Christ entouré, au minimum, de St Jean et de la Vierge (ci-contre Lérida)

Les scènes sont plus ou moins détaillées. Les retables sculptés ou les clôtures de chœurs ont généralement plus précis (lance, éponge, manteau joué aux dés, présence des larrons...) que les tympans.

Tympan de la cathédrale de Salamanque

 

La résurrection du Christ

La résurrection du Christ n'est pas un thème très couramment représenté dans la sculpture monumentale. On peut le trouver cependant des les ensembles qui relatent la vie du Christ, notamment dans les clôtures de chœur. Dans l'exemple ci-contre (Saint Julien du Mans), le Christ est représenté triomphant, dans un nimbe, debout sur son tombeau. L'attitude des soldats qui gardaient le tombeau est un mélange de surprise et de terreur. On ne trouve pas de témoignage de la résurrection du Christ dans les évangiles.

Ceux-ci racontent simplement que les saintes femmes (ci-contre, chapiteau conservé au Louvre, troisième quart du XIIe, cloître de l'abbaye bénédictine de Saint Pons de Thomières) venues embaumer le corps du Christ trouvent la tombe ouverte et qu'elles sont accueillies par un ange vêtu de blanc qui leur dit d'aller porter la bonne nouvelle.

 

Les apparitions du Christ avant son ascension

Les apparitions du Christ après sa mort sont extrêmement nombreuses. Ces scènes sont représentées épisodiquement dans les tympans et les chapiteaux. L'exemple le plus complet est la clôture du chœur de Notre-Dame de Paris. Jésus apparaît en premier lieu à Marie-Madeleine, puis aux pèlerins d'Emmaüs, qui ne le reconnaissent, après avoir cheminé avec lui, que lorsqu'il rompt le pain, enfin aux apôtres (le Cénacle).

Apparition aux pèlerins d'Emmaüs, Notre Dame de Paris

Il reproduit le miracle de la pêche miraculeuse, déjà réalisé de son vivant (à gauche, chapiteau de Moissac et à droite, Notre Dame de Paris)

 

L'ascension

"Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s'assit à la droite de Dieu" (Mc, 16, 19).

Ci-dessus, Notre Dame de Chartres, exemple d'ascension sur nuée avec l'aide d'anges. Ci-contre, Sanky Maria im Kapitol de Cologne

Il s'agit d'une scène assez fréquemment représentée. Elle est parfois accompagnée de la descente de croix et de la visite des Saintes femmes au tombeau (comme à San Isodoro, ci-contre) mais elle est le plus souvent montrée seule.

Exemple d'ascension à propulsion angélique, le Christ étant littéralement jeté dans les cieux par les anges.

Le Christ, intégralement représenté (dans la peinture on ne voit souvent que les pieds), est parfois aidé par des anges.

Exemple de mandorle ascensionnelle, St Etienne de Cahors, à gauche, et ascension de Saint Sernin de Toulouse, à droite

Dans d'autres représentations, seul le mouvement du vêtement indique le souffle ascensionnel (ci-contre Vézelay). Les apôtres assistent généralement à la scène, parfois accompagnés de la Vierge.

 

La Pentecôte

Pendant la Pentecôte (Actes, 2, 1-13), Dieu envoie l'Esprit Saint (souvent représenté par une colombe) sur les apôtres, leur confiant la mission d'aller évangéliser le monde. Malgré son importance, cette scène n'a pas eu un très succès, à une exception notable, celle du tympan de Vézelay.

On peut également trouvé cette scène sur des ensembles sculptés de moindre importance, comme les retables ou les boiseries (ici, porte de Sankt Maria im Kapitol, Cologne)