La Chaise-Dieu


Historique

Vers 1043, Saint Robert de Turlande, descendant du comte Géraud d'Aurillac, chanoine de Brioude, s'éloigne de son chapitre pour rechercher la solitude. Après un pèlerinage au Mont-Cassin, il s'installe dans une froide forêt avec un petit groupe de disciples. En 1052, est officialisée la création du monastère de La Chaise-Dieu (déformation de casa dei, maison de Dieu). A sa mort en 1067, l'établissement compte 300 moines. Robert est canonisé trois ans plus tard. L'abbaye essaime rapidement, tisse des liens avec les Chartreux et Cluny et devient un centre de réforme. Elle bénéficie des mêmes privilèges que Cluny.

L'un des moines devient le pape avignonnais Clément VI. C'est grâce à ses fonds qu'est construite d'un seul jet l'abbatiale, au XIVe siècle. L'architecte est Hugues Morel. Matteo Giovanetti, peintre du Palais des Papes, réalise plusieurs peintures pour l'abbatiale. Il n'en reste malheureusement rien. A sa mort, Clément VI (1352) est enterré dans le chœur. Les travaux sont achevés sous le pontificat de Grégoire IX (1370-1378), son neveu, par les trois dernières travées de la nef et les tours. Au XVe siècle, un jubé est construit, rompant l'unité de la nef. En 1460 est peinte une Danse macabre. Au début du XVIe siècle des stalles sont installées . En 1562, les huguenots détruisent le monument funéraire du pape. Entre-temps, ont été construits le cloître, un donjon (la tour clémentine). L'abbaye passe ensuite sous le régime de la commende. L'un des abbés commendataires, Richelieu, intègre la Chaise-Dieu à la congrégation de Saint Maur. La Révolution met fin à la vie monastique.

Visite extérieure

La façade occidentale est massive. On accède au portail par un escalier qui compense la déclivité du terrain. Au-dessus du portail on trouve une unique baie brisée. La courtine court en deçà du pignon pour joindre les deux tours.
Le chevet semble écrasé sous la tour clémentine, bel exemple d'architecture défensive.
Entre les contreforts massifs, le chevet est percé de fines et hautes fenêtres brisées à deux lancettes.

Le cloître

Seules deux galeries du cloître subsistent. Les baies comportent deux groupes d'arcades géminées avec des remplages à oculi tréflés.

Au-dessus de la galerie sud se trouvent d'anciens bâtiments monastiques aujourd'hui convertis en salles de musée.
Les galeries sont voûtées d'ogives.

Les croisées sont ornées de médaillons qui représentent des blasons ou des scènes religieuses.

Visite intérieure

L'abbatiale possède une grande nef de neuf travées, coupée par une clôture au niveau de la quatrième travée.

L'abbatiale est construite sur le modèle de l'église halle avec des collatéraux, voûtés d'ogives, de même hauteur que la nef centrale. Toute la lumière qui baigne l'intérieur provient des fenêtres des collatéraux.

De plus, l'édifice étant dépourvu de transept, l'espace est totalement unifié. Le jubé rompt malheureusement cette unité initiale.

Un orgue de très belle facture occupe le revers de la façade.
Le rond-point à cinq pans ouvre directement (sans déambulatoire) sur cinq chapelles rayonnantes peu profondes.

On trouve dans le chœur une belle Vierge en bois polychrome, de style Auvergnat.
Appuyé sur la clôture du chœur, l'abbatiale possède un magnifique ensemble de 144 stalles. Elles s'inscrivent dans un décor d'arcatures gothiques sculptées.

Les sculpteurs ont exprimé leur fantaisie non dans les miséricordes, comme cela est souvent le cas, mais dans les culots de ces arcatures aveugles, comme ici, avec cette représentation très expressive d'un moine particulièrement passionné par l'office...
Au centre de cet ensemble de stalles, se trouve ce qu'il reste du tombeau du pape avignonnais Clément VI. Le tombeau comportait autrefois un riche décor sculpté, que les protestants ont détruit.

Au-dessus des stalles, on trouve un ensemble de tapisseries composé de dix pièces, faites de laine et de fils de soie, tissées entre 1501 et 1518.
Les tableaux sont inspirés de la Bible des pauvres, ouvrage illustré populaire au Moyen Age.
Chaque tapisserie forme un triptyque qui met en parallèle une scène de la vie du Christ, encadré de deux scènes de l'Ancien Testament.

Ci-contre, la tentation du Christ est entourée par celle d'Adam et Ève, à gauche, et celle d'Ésaü à droite, qui vendit son droit d'aînesse contre un plat de lentilles.

Ci-contre, la trahison monnayée de Judas est encadrée par la ventre de Joseph par ses frères et par la trahison de Dalila envers Samson.
Le rythme du triptyque est altéré dans d'autres tapisseries, comme ici, où l'on trouve les Saintes femmes au tombeau à côté d'un Noli me tangere : on peut noter la superbe mise de Marie Madeleine.

Dans le collatéral nord, on trouve la célèbre Danse Macabre. C'est une fresque polychrome inachevée. Les dessins esquissés sont superbes et donnent une réelle impression de mouvement.

On y voit les vivants, de toute catégorie sociale, flirter avec la mort.

Elle rappelle que la mort est  omniprésente et n'épargne personne.

Enfin, un autre élément de mobilier mérite l'attention : dans le collatéral sud se trouve un bel enfeu orné de superbes médaillons d'anges musiciens.

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