L'abbaye de Saint Hilaire


Historique

plan

          On ignore quel est le fondateur de l'abbaye bénédictine de St Hilaire. Des documents montrent qu'elle existait déjà en 825. Primitivement dédié à St Sernin de Toulouse, elle passe sous le patronage de St Hilaire, évêque de Carcassonne du VIe siècle, lorsqu'on retrouve les restes de ce dernier dans l'église abbatiale. La nouvelle dédicace est faite le 22 février 970 à la demande de Roger Ier, comte de Carcassonne et de sa femme Adélaïde, inhumés dans l'église en 1012.
          Après avoir prospéré sous la protection des comtes de Carcassonne, le monastère est soupçonné de sympathies cathares. Les terres puis le monastère sont cédés à la communauté dominicaine de Prouille (jusqu'en 1217). L'abbaye perd 1/3 de ses terres.

Plan extrait de la monographie "L'abbaye de St Hilaire" par Jean Blanc, éd. du CAML,1982

          Une fois le conflit apaisé, St Hilaire redevient ensuite une abbaye d'hommes. L'abbatiale puis le cloître sont alors reconstruits sous les abbatiats de Guillaume (1237-1260) et de Bertrand de Touron (1323-1340). Mais ces coûteuses restaurations n'empêchent pas le déclin du monastère. L'abbaye ne parvenant pas à nourrir ses moines, leur nombre est réduit à vingt en 1344.
           La guerre de Cent Ans, puis par le passage sous le régime de la commende (XVIe) accélère le processus. L'abbaye, qui ne compte alors plus que sept moines, voit ses biens aliénés en 1741. Elles est fermée sept ans plus tard. En 1758, l'église abbatiale devient église paroissiale.

 

L'église

église

L'église, du XIIIe siècle, est de petite taille. Elle devait originellement être couverte par une charpente en bois. C'est sous l'abbatiat de Guillaume qu'est ajouté le voûtement d'ogives. La nef est constituée d'un vaisseau unique de deux travées, éclairée par des baies cintrées d'inégale hauteur. Les ogives et les doubleaux retombent sur des colonnes ou demi-colonnes engagées. Leurs chapiteaux, parfois historiés, sont entourés de protomés.

          Les clefs de voûtes des deux travées de la nef et de la croisée du transept sont sculptées. Elles représentent l'agneau, une main bénissant et une colombe, soit le Fils, le Père et le Saint Esprit. On peut observer que les piliers de la première travées sont engoncés dans le mur. L'église devait à l'origine être plus grande, ce qui explique également qu'elle se termine brutalement par un mur sans ornement, à l'exception d'une minuscule chapelle semi-circulaire.

          Le chœur et le transept sont moins élevés que la nef. Le mur de raccord entre les différentes parties est percé de petites baies. Le croisillon nord est éclairé par une petite rose, tandis que le croisillon sud reçoit la lumière de baies géminées. Ce dernier ouvre sur une petite absidiole semi-circulaire. Quant au chœur lui-même, il est composé d'une travée droite et d'un cul-de-four.

L'église se distingue surtout par le trésor qu'elle abrite dans l'absidiole sud : un splendide sarcophage sculpté sur trois côtés par le maître de Cabestany. œuvre a pour thème la vie de St Sernin. Sur le côté droit, on voit St Sernin entouré de deux de ses compagnons, St Papoul et St Honest (évêque de Pampelune).

sarcophage, côté droit

sarcophage

Sur la face principale sont relatées l'arrestation (à droite) et la mort de St Sernin (à gauche : le sens de lecture est inversé). Quatre soldats romains viennent arrêter l'évêque de Toulouse. Le saint est conduit au temple capitolin. Des femmes regardent la scène de leur fenêtre, tandis qu'un homme, apparemment peu concerné par la scène, se balance sur une corde tendue entre les tours du temple. St Sernin est associé à l'agneau, tandis que les soldats sont assimilés à des monstres.

          Vient ensuite la scène du martyr. St Sernin est traîné par un taureau bondissant, fouetté par le bourreau. Le saint paraît très calme. La même sérénité se lit sur le visage de deux femmes qui l'assistent.

          Sur le côté gauche, ces deux femmes ensevelissent le saint. Puis l'âme de ce dernier sort de son corps et est accueillie au paradis. Le tombeau est entouré d'anges thuriféraires, tandis que la main de Dieu vient le bénir.

supplice de St Sernin

Le cloître et les bâtiments conventuels

cloître

Le cloître est aujourd'hui intact. C'est un trapèze irrégulier avec des côtés de seize (sud), douze (est et ouest) et 14 baies (nord). Toutes les arcades reposent sur des colonnes géminées dont les chapiteaux sont très abîmés. Les galeries du cloître sont couvertes d'un toit mais ne sont pas voûtées. Dans la galerie orientale, sous la quatrième arcade en partant de la galerie sud, on trouve les restes d'un échiquier sculpté. Celui-ci n'est pas daté.

          Soit il s'agit d'un échiquier médiéval utilisé par les moines pour faire des comptes (et non pour jouer), soit il a été taillé par les habitants au XVIIIe siècle, lorsque le monastère a été abandonné.
          Le logis abbatial a été restaurée au XIXe siècle. Il s'agit d'une petite pièce cossue, bien plus tardive que le reste des bâtiments. Son plafond à caissons, orné de peintures historiées, date du XVIe siècle.

          Le réfectoire est presque entièrement détruit. Seul subsiste quelques pans de mur. L'un d'eux abrite encore la chaire et l'ouverture qui y menait. Cette chaire ouvrait sur deux salles : le réfectoire utilisé par les moines et celui réservé aux étrangers (pèlerins).

réfectoire

Enfin, un peu à l'extérieur de l'enceinte, on trouve des caves creusées à même la roche, qui servaient de celliers.


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