
La vie de Saint Jacques et les légendes s'y rapportant
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Fils de Salomé et de Zébédée, saint Jacques est l'un des premiers disciples du Christ, qui le recrute avec son frère Jean au bord du lac de Tibériade, où il était pêcheur. Les deux frères reçoivent le surnom de "Fils du tonnerre" suite à la colère qu'ils manifestent lorsqu'ils se voient, avec le Christ, refuser l'hospitalité dans un village de Samarie : ils veulent alors foudroyer les habitants, s'attirant une réprimande de Jésus. On sait peu de choses sur la vie de Saint jacques, car les Actes des apôtres et les Épîtres le mentionnent peu. Il paraît néanmoins acquis qu'il est mort décapité en 44 à Jérusalem sur l'ordre d'Hérode Agrippa. Cette absence de documents historiques a permis à des théologiens de développer de nombreuses légendes tardives. |
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Le premier travail marquant sur saint Jacques est celui de saint Jérôme, au début du Ve siècle. Celui-ci lui attribue pour la première fois l'évangélisation de l'Illyrie et des Espagnes. Cette thèse est vigoureusement réfutée par le pape Innocent Ier en 416, pour qui l'Espagne a été évangélisée par des disciples de Saint Pierre (et donc l'Eglise romaine). Saint Jérôme, par Van Reymerswaele (XVIe siècle), Musée du Prado, Madrid |
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Les réflexions de Grégoire de Tours, au VIe siècle, marque une seconde étape dans l'élaboration de la légende de Saint Jacques. Il relate notamment l'histoire de saint Jacques et du magicien Hermogène : le saint, après une confrontation des pouvoirs des deux hommes, réussit à convertir le magicien. Cette scène est représentée dans un vitrail de la cathédrale de Chartres (ci-contre). A cette époque, il est communément admis que le corps de saint Jacques repose en Palestine. Pourtant, l'histoire de Saint Jacques reste floue. Une confusion demeure avec deux autres Jacques, Jacques le Mineur (autre disciple) et Jacques le frère du Christ (ou demi-frère selon les convictions de chacun), qui n'en forment peut-être qu'un, la distinction entre ces deux personnages n'étant pas claire dans les évangiles. |
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Ce n'est qu'au VIIe siècle que la position de l'Eglise sur la vie de Saint Jacques se fixe définitivement, grâce aux travaux d'Isodore de Séville. Celui-ci, en affirmant que saint Jacques a bien évangélisé la péninsule ibérique, en fait le saint patron de l'Espagne. Cependant, Isodore de Séville ne s'intéresse pas au lieu de sépulture du saint. Des sources byzantines localisent sa tombe en Marmarique, à l'embouchure du Nil. Saint Jacques, Notre-Dame d'Amiens |
Au IXe siècle se dessine un tournant dans l'histoire
de saint Jacques, avec la découverte miraculeuse de son tombeau par l'évêque
Théodomir, en Galice. Cette légende prend une importance particulière
dans le contexte de la Reconquista, qui débute à cette époque. La dévotion
populaire (sous forme de pèlerinage, entre autres) se développe immédiatement,
même si le récit détaillé de cette découverte n'apparaît que deux
siècles plus tard. Deux hypothèses sont émises. La première ne sera
pas conservée : elle fait de Charlemagne, héros de la Reconquista,
l'inventeur du trésor. La seconde impose en 1077 le modeste évêque Théodomir
comme responsable de la découverte. Dans les deux versions, c'est une
lueur dans le ciel qui permet de déterminer l'emplacement du tombeau.
Ce "champ d'étoiles", campus stellae, qui a servi de
guide, est une des sources possibles du nom de Compostelle, qui apparaît
pour la première fois au Xe siècle.
Il faut également expliquer comment le corps de saint Jacques, mort à
Jérusalem, soit retrouvé en Espagne 800 ans après. Les plus grands
martyrologues se penchent sur cette question. Le fruit de leur réflexion
est conservé dans le Codex Calextinus (conservé à Compostelle),
composé de quatre livres. L'un d'entre eux est spécialement consacré
à ce mystère : la translatio sancti Jacobi. Après l'ascension
du Christ, Jacques serait parti évangélisé l'Espagne, entouré de
sept disciples recrutés sur les lieux. Après avoir accompli cette
mission, il serait reparti à Jérusalem, où il fut décapité. Après
cette exécution, les sept disciples décident de ramener le corps en
Espagne et parviennent à l'enterrer en Galice après maintes péripéties.
Une fois le corps enseveli, deux disciples, Athanase et Théodore,
restent auprès de lui pour le veiller tandis que les autres continuent
leur travail d'évangélisation.



