Iconographie des sarcophages paléochrétiens


 

Apparition des images

Le rôle des images

Les sources d'inspiration

Conclusion

 
 
 
 

Apparition des images

Les premières images chrétiennes apparaissent vers 200 après Jésus-Christ dans la peinture et au début du IIIe siècle pour la sculpture. Il est difficile de dire si cette soudaine apparition est une initiative populaire ou s'il s'agit d'une intervention ecclésiastique. On constate que leur apparition est simultanée en Orient et en Occident et que le même mouvement est visible dans l'art juif. Il est possible que la concurrence avec les différentes religions de l'Empire, qui utilisaient des images, ait amené ces deux grands monothéismes à en faire également usage.

A l'origine, l'utilisation d'images concerne presque exclusivement l'art funéraire, catacombes et sarcophages. Il s'agit d'images peu détaillées, qui ne décrivent pas l'événement mais l'évoquent à l'aide de quelques signes identifiables par les chrétiens de l'époque. C'est pourquoi André GRABAR (Les voies de la création en iconographie chrétienne) les qualifie d'images-signes. Nous avons aujourd'hui perdu les clefs d'interprétation de certaines d'entre elles. D'autres semblent afficher une ambiguité voulue (un repas pouvant être identifié comme une Cène ou comme les Noces de Cana, par exemple). L'iconographie évolue progressivement vers des images descriptives.

Le rôle des images

Deux thèmes principaux composent l'art funéraire. D'une part, on trouve la représentation de sacrements importants comme la communion ou le baptême. Ils insistent sur l'appartenance du mort à la communauté chrétienne. Son salut est lié à cette appartenance.

Cène, sarcophage eucharistique, Musée de l'Arles Antique

D'autre part, on voit de nombreux exemples d'intervention divine sauvant un homme dans l'Ancien testament (Jonas, sacrifice d'Abraham, Hébreux dans la fournaise, Daniel, Suzanne, Noé)...

Suzanne surprise par les vieillards, sarcophage de la chaste Suzanne, Musée de l'Arles Antique

...ou dans le Nouveau (guérisons miraculeuses, résurrection de Lazare). Ces images expriment l'idée d'une délivrance miraculeuse dont on souhaite qu'elle se reproduise pour le mort. Cette idée vient de prières chrétiennes, influencées par des prières juives, dont le leitmotiv est : "Sauvez-nous comme vous avez sauvé Daniel, Jonas...".

Guérison d'un paralytique, sarcophage des Époux, Musée de l'Arles Antique

Les sarcophages chrétiens ne montrent pas de représentations de la mort et de l'âme dans l'au-delà comme on en trouvait sur les sarcophages romains. On trouve cependant des similitudes entre art païen et art chrétien. Un parallèle peut ainsi être établi entre les cycles d'Hercule sauveur et les cycles de Dieu sauveur. De plus, les images de victoires de gladiateurs, qui expriment l'espérance du renouvellement de ces victoires présentent une certaine analogie psychologique avec les images de salut exprimant le souhait d'un salut renouvelé. La fonction prophylactique de nombreuses images païennes se retrouve donc dans l'art chrétien.

Résurrection de Lazare, sarcophage de Marcia Romania Celsa, Musée de l'Arles antique

Mais cette fonction n'est pas unique. Il s'agit également d'exprimer des idées théologiques. Les représentations des sacrements servent non seulement à qualifier le défunt, mais aussi à affirmer le dogme. On trouve également des images rappelant l'incarnation et la rédemption (adoration des mages, péché originel).

Adoration des mages, sarcophage des Époux, Musée de l'Arles Antique


Les sources d'inspiration

L'iconographie chrétienne s'inspire fortement de l'iconographie païenne contemporaine. Elle utilise des schémas courants, compréhensibles, pour en transformer le sens. Les apôtres ont ainsi l'apparence de philosophes classiques. Ils portent une toge, qu'ils conservent d'ailleurs dans toute l'iconographie médiévale.

Sarcophage des apôtres, Musée de l'Arles Antique

Beaucoup de protagonistes ont des apparences d'adolescents (influence des putti) : sans âge, ils paraissent hors du temps. Les portraits inscrits dans des médaillons ou des coquilles, très fréquents dans l'iconographie classique sont aussi utilisés dans l'art chrétien. Les portraits officiels chrétiens (évêques...) sont similaires aux portraits officiels classiques.

Médaillon des époux défunts, sarcophage des Époux, Musée de l'Arles Antique

L'iconographie politique inspire aussi l'iconographie chrétienne. L'Empire chrétien, très loin des valeurs d'humilité, affiche sa puissance en reprenant à son compte tous les motifs de la majesté impériale : l'image de l'empereur est cependant surmontée d'une main sortant du ciel (image d'origine juive). Les représentations du Christ et de la Vierge en majesté, avec leur raideur symbolique, gardent les marques de cette époque. L'art impérial inspire d'autres représentations. Ainsi la remise de la loi à Pierre peut s'inspirer d'images d'empereurs remettant des documents à de haut dignitaires.

Sarcophage de la remise de la loi à Pierre, Musée de l'Arles antique

L'adoration des mages n'est pas sans rapport avec la remise d'offrandes des vaincus à l'empereur victorieux. De même l'entrée dans Jérusalem s'inspire des entrées d'empereurs dans des cités conquises. Cet art officiel peut aussi être détourné : ainsi les scènes d'exécution, qui glorifiaient la justice implacable sont utilisées par l'Église pour glorifier les martyrs face à leur bourreaux.

Entrée à Jérusalem, sarcophage de Saint Trophime d'Arles

Représentations du Christ et des apôtres

Les premiers portraits qui apparaissent sont ceux de Pierre et de Paul (portraits collectifs). Ils sont présentés comme deux empereurs de profil qui se font face. Avant 313 (Édit de Milan), on trouve assez peu de représentations du Christ, excepté sous l'apparence du Bon Pasteur ou d'un philosophe. Mais la crainte de l'idolâtrie disparaît peu à peu. A partir du IVe siècle, les portraits du Christ deviennent les plus nombreux (multiplication des apparitions du Christ thaumaturge).

Guérison d'un paralytique, sarcophage des Époux, Musée de l'Arles Antique

Apparaissent aussi des portraits individuels de Pierre, trônant ou en bon pasteur, comme le Christ. Le rapprochement iconographique n'est pas surprenant, vu l'importance de Pierre pour l'Eglise. L'apôtre est également associé à Moïse : on le montre renouvelant le miracle de la source jaillissant de la pierre (ci-contre, sarcophage des Epoux). On trouve également de nombreux portraits collectifs du Christ et des apôtres (les portraits collectifs professionnels étaient assez répandus dans l'Antiquité, notamment les professeurs et leurs disciples). Les traits de tous ces portraits ne sont pas individualisés : on ne représente pas les traits d'un être mais sa fonction (comme dans une partie de l'art officiel romain).

Les orants

L'orant est une figure romaine de la piété, représentée debout, les bras levés en geste de prière. Les chrétiens réutilisent cette image, notamment sur les sarcophages et dans les catacombes. Mais elle représente alors moins la piété en général que la piété du défunt. Cependant, dans un premier temps, les traits de l'orant ne sont pas personnalisés : ce n'est qu'une image-signe. Puis l'image devient plus descriptive et le défunt est finalement représenté pour lui-même (ce type de portrait funéraire disparaît à la fin du IVe siècle) et plus en orant. Cette figure n'est alors plus utilisée que comme un élément de la représentation des saints et des martyrs.

La défunte en orante, sarcophage de Marcia Romania Celsa, Musée de l'Arles antique

Conclusion

A la fin du IVe siècle la production de sarcophage s'interrompt, sans que l'on sache exactement pour moi. La prise de Rome perturbe les ateliers (les plus grands sont à Rome, Arles et Marseille) et le commerce de marbre. Mais cette explication ne paraît pas suffisante. Il est possible que cette évolution marque un changement théologique ou une conception différente de la mort. Il pourrait également s'agir des prémices d'une querelle iconoclaste.


Référence bibliographique:

André Grabar, les voies de la création en iconographie chrétienne, Ed. Flammarion 1979