le judaïsme
 
Introduction
Religion: croyances et fondements

· Peuple élu et morale universelle
· Le Livre de la Loi
Pratiques religieuses
· Rythme et rites de la vie juive
· Signes et prescriptions
· De nombreuses fêtes au calendrier
Développements du judaïsme
· Patriarches et prophètes
· L'Exil au carrefour des influences
· Une puissante patrie... en esprit
· Intellectuels et mystiques

Religion et modernité
· Au-delà de la Catastrophe, un judaïsme bien vivant
La pensée juive
· La liberté de commenter
· Les dialogues philosophiques
· La pensée mystique
· Le grand philosophe juif des Lumières
· Coupure et renouveau philosophique du XXe siècle

 

Introduction
Dans la culture du Livre, sens étymologique du mot «Bible», le Dieu juif est l'Éternel, tant de l'histoire que de la nature. Ses développements sont d'essentielles et vivantes artères. Modèle du christianisme et de l'islam, le judaïsme se distingue par l'absence de clergé hiérarchique. Interprètes des textes, les rabbins ne sont pas des représentants de Dieu, et leur fonction n'est pas sacrée, car pour les juifs la relation avec Dieu est directe.
 

Religion: croyances et fondements

Le judaïsme fut la première religion à enseigner le monothéisme, croyance en un seul dieu transcendant, qu'exprime la prière récitée plusieurs fois par jour comme profession de foi, Shema Israël (premiers mots hébreux de la prière): «Écoute Israël! l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un. Tu aimeras l'Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être, de toute ta force. Les paroles des commandements que je te donne aujourd'hui seront présentes à ton cœur; tu les répéteras à tes fils; tu les leur diras quand tu resteras chez toi et quand tu marcheras sur la route, quand tu seras debout; tu en feras un signe attaché à ta main, une marque placée entre tes yeux, tu les inscriras sur les montants de la porte de ta maison et à l'entrée de ta ville.» (Deutéronome VI, 4-9). Yahvé (qui signifie «il est» en hébreu) est le nom de Dieu le plus fréquent dans la Bible. Il s'écrit encore YHWH, forme consonantique imprononçable, car les Hébreux croyaient à l'interdiction de prononcer le nom sacré de Dieu. Ils évitaient aussi ce sacrilège en l'appelant Seigneur (Adonaï). Yahvé est plein de justice et de rigueur pour Israël, peuple élu de ses enfants.

 

Peuple élu et morale universelle

Selon la Tradition, la grâce divine s'étend à tous les peuples, mais Dieu a conclu une alliance particulière avec les Hébreux. Ce fait religieux est tout à fait inédit, car jusqu'alors seule l'alliance entre égaux était concevable, c'est-à-dire entre hommes, et non entre les hommes et Dieu. Aussi la vertu religieuse par excellence pour les juifs est-elle la loyauté envers leur allié. Les Hébreux n'ont cependant pas été élus en fonction d'un privilège particulier; ils doivent apporter la parole divine à l'humanité par leur exemple. L'alliance n'est pas pour autant conclue entre Dieu et des individus isolés, mais avec la collectivité entière. Dieu est généreux et supporte le crime, la rébellion et la faute, mais il est d'autant plus sévère avec Israël, et la responsabilité est, à l'origine, collective.

 
 

La croyance en la venue d'un Messie (nom signifiant «oint par le Seigneur» et traduit par «christ» en grec) est une source d'espoir pour les juifs: il établira l'ère de la justice et reconnaîtra les droits d'Israël. Mais, selon la croyance en une fin des temps, ce règne de Dieu sera précédé de temps tragiques et douloureux. C'est pourquoi les moments les plus dramatiques de l'histoire du peuple juif ont généralement avivé l'espoir messianique. Mais la foi juive n'a jamais été formulée en un dogme officiel, et ses fidèles ont une latitude considérable en matière de croyance, notamment quant au Messie, à l'attente de temps meilleurs et à l'immortalité.

 
 

Le judaïsme met en effet davantage l'accent sur la conduite que sur l'application précise d'un code religieux. Il est donc difficile de séparer le droit et la morale de la religion: toute faute est plus ou moins un péché. On comprend alors que les lois juives recouvrent tous les domaines de la vie. Le judaïsme est une religion d'ici-bas. Yahvé règne, et non les rois, et Israël est parfois dénommé «royaume de prêtres». L'objectif est la justice et la paix sur Terre.

 

Le Livre de la Loi

La principale source de la foi juive est la Bible hébraïque (l'Ancien Testament des chrétiens), qui se compose de 24 livres. La Torah («Loi»), ou Pentateuque, qui comprend les 5 premiers livres, est considérée comme la première révélation, éternellement valable, de Dieu et de sa Loi à l'humanité. Ce sont la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome.

 
 

Là, en effet, se trouve le Décalogue (les dix commandements, Exode XX, 2-14), base morale de toutes les autres lois juives et de la morale chrétienne. Les commandements ont été dictés à Moïse sur le mont Sinaï. Ils furent gravés sur deux tables et conservés dans l'«arche d'Alliance» (arche signifie «boîte») jusqu'à la destruction du premier Temple de Jérusalem en 70 après J.-C. Aux deux tables correspondent deux séries de commandements. Sur celle de droite, car l'hébreu se lit de droite à gauche, figurent les devoirs de l'homme à l'égard de Dieu: le monothéisme, le rejet des images et des idoles, l'interdiction des faux serments, l'obligation du sabbat et le respect de son père et de sa mère, conçu ici comme un corollaire de l'amour de Dieu. Sur la table de gauche sont inscrits les devoirs de l'homme envers son prochain: le très célèbre interdit «Tu ne tueras pas», puis «Tu ne commettras pas d'adultère», et l'interdiction du vol, du faux témoignage et de la convoitise. Ces commandements constituent la Loi écrite, fondement du judaïsme.

 
 

Moïse reçut aussi un commentaire avec cette loi écrite, son complément indispensable: la loi orale. Transmise de génération en génération et sans cesse enrichie de nouvelles interprétations, cette loi vivante constitue l'âme vigilante d'Israël, toujours capable de faire face aux situations et aux questions inédites. Au cours des siècles, ces commentaires reçurent toutefois une certaine forme de cristallisation écrite; ce furent successivement la Mishna, le Talmud, puis les Commentaires et les Codes. Ainsi le judaïsme n'a-t-il jamais cessé d'évoluer.

 

Pratiques religieuses

Le Talmud est le principal élément de la Halakha (qui signifie «manière de marcher»), système des observances rituelles et juridiques du judaïsme. Elle réglemente le droit civil et pénal, les relations familiales et l'éthique individuelle, mais aussi les responsabilités sociales: l'aide aux nécessiteux, l'éducation et les institutions de la communauté, ainsi que les rites religieux. Mais certaines lois relatives aux sacrifices, à la mortification et aux purifications, autrefois très importantes, n'ont pas été appliquées depuis la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 après J.-C.

 

Rythme et rites de la vie juive

Le sabbat et les fêtes sont observés tant à la maison qu'à la synagogue, institution unique pour la prière et l'instruction, qui a fourni le modèle de l'église chrétienne et de la mosquée musulmane. L'observation du sabbat, jour de repos hebdomadaire, est un commandement.

 
 

Le huitième jour après leur naissance, les enfants de sexe masculin sont circoncis, ce qui consiste à trancher la chair de leur prépuce. En hébreu, le mot circoncision signifie «alliance»: cette cérémonie est le signe de l'entrée de l'enfant juif dans l'alliance avec Dieu. Les garçons reçoivent leur nom durant cette cérémonie, et les filles au cours d'un service à la synagogue.

 
 

À l'âge de 13 ans, le garçon est jugé mûr pour entrer dans la communauté religieuse adulte. Il fait alors sa bar-mitsva (signifiant «fils de la bonne action»), cérémonie où il doit lire à haute voix et sans erreur un passage de la Bible au cours d'un office. Une cérémonie analogue pour les filles (bat-mitsva) est une innovation récente. Quelque peu plus ancienne est la cérémonie de confirmation, introduite pour les deux sexes par le judaïsme réformé et concernant généralement une promotion scolaire.

 
 

L'étude comme la prière quotidienne sont au nombre des rites religieux individuels. Les juifs récitent aussi de nombreuses bénédictions en remerciement de l'origine divine de toute chose. C'est le cas, en particulier, avant et après les repas, avant la lecture de la Loi, au retour d'un voyage, lors de l'acquisition d'un nouveau vêtement ou à la vue d'un spectacle (l'arc-en-ciel par exemple).

 

Signes et prescriptions

Les prescriptions alimentaires sont encore communément observées. Le terme kacher («licite, conforme») désigne la nourriture propre à la consommation pour les juifs. Il leur est, en effet, interdit par la Bible de manger certains animaux, les autres devant être abattus et accommodés selon des règles précises.

 
 

Parmi les objets-signes, on distingue les tefillin, ou phylactères, que les hommes pratiquants portent lors des prières du matin. Il s'agit de deux petits étuis en forme de cubes, contenant des passages de la Bible et que l'on fixe en haut du front, sur le bras gauche ou contre le cœur. Les hommes portent aussi le châle de prière (talith), comme aux jours de fête et au sabbat. Ce châle est blanc, bleu et blanc, ou noir et blanc, et se prolonge en quatre franges de lin. Les juifs qui respectent la tradition fixent encore sur les montants de leurs portes une mezouza, petite boîte renfermant un rouleau de parchemin qui contient des passages de la Torah. Partout dans le monde, la coutume prescrit de se couvrir la tête en signe de crainte de Dieu et de reconnaissance de sa présence. Aussi les juifs portent-ils la kippa (calotte) ou un chapeau.

 
 

Des deux symboles qui caractérisent le judaïsme, l'un est très ancien et l'autre récent. Le chandelier à sept branches, la menora, est déjà décrit dans la Bible. C'est un objet de culte, à la fois symbole national et religieux. De date récente (XIXe siècle), l'étoile de David, à six branches et constituée de deux triangles opposés et entrelacés, était à l'origine étrangère au judaïsme. Elle fut utilisée comme signe infâme d'appartenance au peuple juif par les nazis. L'État d'Israël l'a reprise dans son drapeau.

 

De nombreuses fêtes au calendrier

Le calendrier religieux juif, d'origine babylonienne, compte 12 mois lunaires, soit environ 354 jours. Au cours d'un cycle de 19 années, on ajoute six fois un treizième mois afin de faire coïncider ce calendrier avec l'année solaire. Le jour se déroule de coucher du soleil à coucher du soleil, comme les fêtes, suivant en cela l'ordre de la Création.

 
 

Les jours fériés et les fêtes prescrits dans la Torah sont répartis en deux séries: les deux jours de «solennité austère» et les fêtes joyeuses. Le Nouvel An (Rosh ha-Shana), à l'automne, inaugure dix jours d'examen moral personnel, clos par le jour de l'Expiation, ou Grand Pardon (Yom Kippour), le plus saint du calendrier juif: des lamentations (prières et pénitence) doivent purifier le croyant à son entrée dans la nouvelle année. Parmi les fêtes joyeuses, la Pâque (Pesah) commémore la sortie d'Égypte et l'exode dans le désert du Sinaï. Cinquante jours plus tard est fêtée la Pentecôte (Shavouot), en souvenir du don du Décalogue. À cette occasion, une nuit entière d'étude est organisée.

 
 

D'autres célébrations datent d'après l'Exil. À la fête des Lumières (Hanoukka), un chandelier est allumé huit jours durant en hommage à la libération du Temple de Jérusalem par Judas Maccabée. Les réjouissances populaires et les déguisements de la fête des Sorts (Pourim) célèbrent la délivrance des juifs de Perse, sauvés grâce à la reine Esther. En revanche, le jeûne du Ticha be-Ab (le 9 du mois d'Ab) commémore les deux destructions du Temple.

 
 

Les coutumes juives relatives au mariage, à la mort et au deuil sont caractéristiques, mais on peut les comparer à celles d'autres cultures. La récitation du kaddish par les parents des défunts remonte au Moyen Âge. Elle-même bien plus ancienne, cette bénédiction rituelle exaltant la sainteté du jour était, à l'origine, la conclusion d'un sermon. L'esprit de cette prière rappelle le Notre Père des chrétiens. Après les événements tragiques de la Ire croisade, les juifs d'Europe centrale, puis ceux d'Europe de l'Est, introduisirent un service commémoratif à l'occasion du Yom Kippour et d'autres fêtes. Dès lors, ils célébrèrent aussi l'anniversaire de la mort des parents.

 

Développements du judaïsme

L'apparition, en des temps très anciens, de la croyance en l'unicité de Dieu fut une innovation surprenante dans l'évolution des civilisations, et elle reste une énigme pour l'historien.

 

Patriarches et prophètes

Alors que les érudits du XIXe siècle concevaient une évolution tardive du polythéisme au monothéisme, la conviction actuelle est celle d'un monothéisme déjà ancré au temps de Moïse, au XIIIe siècle avant J.-C. Dans les récits bibliques, les patriarches Abraham, son fils Isaac et le fils de celui-ci, Jacob, eurent la Révélation du Dieu unique et vrai, qui promettait de protéger les tribus d'Israël. Des douze fils de Jacob, qui s'appelait aussi Israël, descendent les douze tribus. Elles partageaient le souvenir de l'esclavage en Égypte, de la libération par Moïse et de l'alliance. L'acte religieux était alors le sacrifice, et il se pratiquait en tout lieu. Les patriarches sacrifiaient eux-mêmes, car il n'existait pas de prêtre. La religion juive fut préservée grâce aux efforts soutenus des prophètes et à la particularité de ses règles. Les commandements juifs ne se retrouvent, en effet, dans nulle autre religion du Proche-Orient.

 
 

La confédération des tribus fut remplacée par un royaume sous les rois Saül et David, et l'édification du premier Temple de Jérusalem favorisa l'unification spirituelle, qui subsista au-delà du partage entre royaume d'Israël et royaume de Juda, à la mort du roi Salomon.

 
 

Les prophètes exercèrent une influence déterminante sur toute l'histoire d'Israël. Depuis le prophète Samuel, au XIe siècle avant J.-C., de simples devins, ils devinrent peu à peu des chefs du peuple, parlant au nom de Dieu (le mot hébreu pour prophète est navi, «porte-parole»). Ils mettaient en garde contre un désastre national si les valeurs religieuses et morales n'étaient pas observées avec rigueur. Ils sont probablement à l'origine du mouvement réformateur mené par le roi Josué, fondé sur les dix commandements. Il abolissait tous les sanctuaires locaux, et le sacrifice perdit de son importance dans la vie quotidienne. Le sacrifice par le feu (holocauste) eut désormais lieu dans le seul Temple de Jérusalem, devant l'espace sacré et interdit situé au-delà de l'autel, le saint des saints. Des prêtres, descendants d'Aaron, frère de Moïse, en furent alors chargés. Quatre siècles plus tard environ, l'institution de la synagogue vint combler le vide créé par la disparition des sanctuaires. Ce sont les prophètes postérieurs, surtout Amos, au VIIIe siècle avant J.-C., qui expriment les idéaux prophétiques dans tout leur éclat. Ils exigeaient la justice sociale, de stricts principes d'humanité, et critiquaient sans égards les prêtres et les puissants.

 

L'Exil au carrefour des influences

La chute des deux royaumes et la captivité en Babylonie (586-538 avant J.-C.) furent ressenties comme l'expiation de l'idolâtrie, de l'injustice et de la guerre, dont Israël s'était rendu coupable, et comme la confirmation des prophéties. Mais les prophètes apportaient aussi un message d'espoir, promettant la restauration nationale après l'épreuve.

 
 

Les exilés qui regagnaient leur pays organisèrent le renouveau du centre de la Palestine et la construction du second Temple. Les grands prêtres jouaient généralement le rôle de représentants officiels auprès des gouvernements étrangers sous l'autorité desquels les Juifs étaient contraints de vivre. Ce rôle contribua à les discréditer. Le Conseil des sages (sanhédrin), au contraire, était une haute et respectable institution, chargée de veiller à l'application de la Loi, d'en fixer les interprétations et de trancher les questions difficiles. Selon le Talmud, le Grand Sanhédrin était très modéré, et opposé à la peine de mort.

 
 

La Torah prit sa forme définitive au milieu du Ve siècle avant J.-C. Acceptée comme règle de vie, elle fixait les différents rites et fêtes, notamment le Grand Pardon. Vint ensuite le temps des livres de sagesse, dont un grand nombre furent repris dans la Bible: Job et la question tragique de la souffrance du juste, les Proverbes et le sceptique Ecclésiaste.

 
 

Certains éléments de la religion perse furent intégrés au judaïsme. Ainsi apparurent, dans des textes visionnaires appelés apocalypses, d'une part une doctrine des anges plus élaborée et la figure de Satan, d'autre part un système de croyances en la fin des temps où figuraient un plan prédéterminé pour l'histoire du monde, un Jugement dernier et la résurrection des morts. Mais aucune des apocalypses ne figure dans la Bible juive, à l'exception du Livre de Daniel.

 
 

À la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand, la Judée, royaume de Juda, passa sous la tutelle des Égyptiens, puis des Syriens. Sous ces souverains hellénistiques, la vie des juifs changea, tant en Palestine que dans la Diaspora («dispersion» du peuple juif) croissante. De nouvelles formes de judaïsme virent le jour à Alexandrie. La Septante (la Bible grecque) fut la première parmi d'innombrables traductions. La grande œuvre d'explication de la Torah de Philon d'Alexandrie, au Ier siècle après J.-C., vint couronner ce mouvement. Les coutumes grecques influencèrent aussi la communauté de Palestine, et l'importance de l'étude chez les juifs relève probablement en partie de cette influence.

 
 

Mais, si de nombreux juifs étaient attirés par les coutumes et les modes de pensée païens, la majorité d'entre eux y résistèrent. Ainsi, la tentative du roi syrien Antiochos IV d'imposer la religion grecque par la force suscita une rébellion ouverte, menée par les Maccabées, famille sacerdotale juive. Un mouvement de prosélytisme juif se developpa même pendant la brève période d'indépendance de la Judée, sous les Maccabées. Malgré son apparente absence d'organisation, il fut vigoureux, et de nombreuses personnes adoptèrent officiellement le judaïsme ou le pratiquèrent de façon officieuse.

 

Une puissante patrie... en esprit

L'action politique des derniers Maccabées détourna une majorité de leurs sujets, et, après la conquête par les Romains en 63 avant J.-C., le pouvoir réel fut de plus en plus souvent exercé par des laïcs pieux et lettrés, les pharisiens (les «séparés»). Dans un esprit démocratique, ils cherchèrent à adapter les lois de la Torah aux besoins nouveaux, en s'appuyant sur des traditions populaires anciennes (Loi orale), qu'ils développèrent par la méthode libre de la midrash, exégèse linéaire des Écritures. Leurs opposants, les sadducéens, étaient pour la plupart issus de l'aristocratie et de la prêtrise. Traditionalistes en matière religieuse, ils interprétaient les textes sacrés de façon stricte, négligeant la tradition orale et les coutumes populaires, et rejetant le dogme de la résurrection. Mais la majorité des juifs suivit les pharisiens, et le judaïsme fut, dès lors, entièrement empreint de pharisaïsme.

 
 

Parmi les divers partis, seuls les esséniens méritent, en fait, le sens moderne du mot «secte». La découverte révolutionnaire, à partir de 1946, des manuscrits de la mer Morte nous apprend qu'ils formaient un véritable ordre religieux, exigeant le célibat et la communauté des biens.

 
 

La tragique révolte contre Rome en 66-70 après J.-C. et la seconde destruction du Temple furent un grand choc. Mais leur religion avec la Torah essentiellement était alors assez forte pour tenir lieu de patrie pour les juifs. Les rabbins (sages), successeurs des chefs pharisiens, rassemblèrent les juifs autour de la synagogue et des établissements d'enseignement. Ils donnaient des conseils en chaque occasion de la vie, d'après les justes interprétations des textes. Au terme de siècles d'efforts, ils formèrent une communauté disciplinée et fidèle.

 
 

Les premiers chrétiens différaient essentiellement des autres juifs en ce qu'ils croyaient que Jésus était le Messie. Mais, sous la conduite de saint Paul, entre autres, les non-juifs chrétiens prirent rapidement de l'importance, et le schisme entre les deux religions devint définitif. Quand l'Empire romain adopta le christianisme comme religion officielle au IVe siècle après J.-C., les juifs furent soumis à de nombreuses lois discriminatoires, telle l'interdiction de rechercher, voire d'accepter, des convertis.

 
 

Au IVe siècle, le rôle du centre d'étude de Babylone devint si important en matière religieuse et juridique que le Talmud de Babylone fut considéré comme l'autorité majeure dans l'interprétation de la Loi. Dès lors, la direction de la communauté juive mondiale resta entre les mains des érudits de Babylone, et les gaons, dirigeants d'établissements d'enseignement supérieur, donnaient des informations et des avis, notamment sur des questions juridiques, aux communautés de toute la Grande Diaspora, nouvelle dispersion due à l'abolition du royaume d'Israël.

 
 

Au VIIIe siècle, la secte karaïte rejeta la tradition et l'autorité rabbinique pour vivre selon la lettre de la Loi. Si elle maintint pendant quatre siècles une activité soutenue, cette secte ne compte aujourd'hui qu'un petit nombre de membres.

 

Intellectuels et mystiques

Alors que, vers l'an 1000 après J.-C., le centre de Babylone était déjà en déclin, de nouveaux centres de culture juive apparurent en Afrique du Nord et en Espagne musulmane. On distingue, à cette date, deux groupes aux coutumes fortement distinctes, les Séfarades, juifs d'Espagne et des communautés orientales, et les Ashkénazes, juifs de l'Europe chrétienne, notamment orientale. Sous des souverains tolérants, les érudits séfarades participèrent activement à la renaissance de la culture arabe. Ils rédigèrent de célèbres commentaires de la Bible et du Talmud, entre autres écrits littéraires et scientifiques. L'Espagnol Maimonide fut le plus grand théologien juif du XIIe siècle. Il conciliait la théologie et la philosophie d'Aristote, appuyant la religion sur les vertus de l'intelligence et de la morale. Il avait la faveur des savants chrétiens et musulmans, mais le peuple ne lui portait aucun intérêt et de nombreux chefs orthodoxes considéraient ces nouvelles doctrines comme subversives.

 
 

De très violentes persécutions, de la part des musulmans comme des chrétiens (l'Inquisition), accablèrent bientôt les juifs d'Espagne. Leur besoin de réconfort était tel que la religion et la philosophie traditionnelles ne pouvaient l'épuiser. On comprend ainsi la grande et durable influence de la kabbale («tradition»), qui recouvrait diverses doctrines et pratiques mystiques, et qui offrait seule une consolation. Ces mouvements connurent leur apogée aux XIIIe et XIVe siècles dans le sud de la France et le nord de l'Espagne. Outre une expérience mystique authentique, les nombreux systèmes kabbalistiques présentent des éléments mythologiques, magiques et messianiques, des réinterprétations de la Bible, ainsi que des prières et des commandements le meilleur d'entre eux est le remarquable Zohar («splendeur») de Moïse de León (XIIIe siècle).

 
 

Les communautés ashkénazes d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, moins actives intellectuellement, mais intensément religieuses, détenaient un savoir talmudique inégalé.

 
 

Les érudits français introduisirent un certain nombre de nouvelles lois destinées à améliorer le statut de la femme, notamment l'interdiction formelle de la polygamie. Mais l'esprit le plus brillant fut Rashi (1040-1105), le célèbre «rabbin-vigneron de Troyes» (en Champagne) dont les commentaires accompagnent, jusqu'à nos jours, pratiquement toutes les éditions de la Bible ou du Talmud.

 
 

Contemporain d'un renouveau de la vie juive en Palestine, qui ne trouva cependant pas d'issue politique, l'élan mystique du XVIIe siècle influença profondément la pensée et la liturgie. Une nouvelle kabbale développa ses spéculations messianiques, et les pogroms juifs de Pologne, en 1648, agirent comme des détonateurs.

 
 

En 1665, lorsque le Juif turc Sabbatai Zevi se déclara Messie, des milliers de croyants quittèrent leurs foyers pour le rejoindre en Palestine. Mais Sabbatai, menacé, se convertit à l'islam, provoquant un désespoir généralisé. Pourtant, un nombre important de juifs, qui justifiaient même, selon la kabbale, la conversion de leur chef et attendaient son retour triomphal, animèrent un mouvement sabbatéen durant plus d'un siècle.

 
 

Un mouvement mystique plus positif vit le jour en Europe de l'Est au XVIIIe siècle. Fondé par Baal Shem Tov, il est connu sous le nom de hassidisme (de hasid, sorte de dévot dans les Psaumes). Ses chefs étaient versés dans les mystères de la kabbale et s'adressaient au peuple, lui enseignant une foi simple et joyeuse, et l'incitant à exprimer ses sentiments religieux par des danses et des chants dans des transports de joie. Combattu à l'origine comme hérétique, le hassidisme a survécu et est considéré aujourd'hui comme la parfaite orthodoxie. Décimé par les nazis, et critiqué parce qu'il favorisait le culte de la personnalité, ce mouvement connut un déclin passager. Le hassidisme semble avoir repris de la vigueur dans certaines villes américaines et en Israël.

 

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