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Dans la nuit du 4 août 1789,
les députés de l'Assemblée nationale constituante, dans
un bel élan d'unanimité, proclament l'abolition des droits féodaux.
La prise de la Bastille et les menaces de réaction nobiliaire
avaient provoqué dans les campagnes une Grande Peur
et en de nombreux endroits, les paysans s'étaient armés et jetés
sur les châteaux des seigneurs honnis... tout en proclamant
leur fidélité à la personne du roi.
Ils brûlent les archives, en particulier les «terriers»
qui fixent les droits et les propriétés seigneuriales. Parfois,
ils maltraitent, violent et tuent les hobereaux et leur famille.
Ces soulèvements de paysans inquiètent les privilégiés, au premier
rang desquels les députés qui siègent à Versailles. Contre
les bourgeois qui en appellent à la répression, les
nobles, plus au courant de la situation, préfèrent l'apaisement.
«Le peuple cherche à secouer enfin un joug qui depuis
tant de siècles pèse sur sa tête», s'exclame le richissime
duc d'Aiguillon, «l'insurrection trouve son excuse dans
les vexations dont il est la victime».
En une nuit, les nobles de l'Assemblée s'empressent d'abolir
les restes de la féodalité pour «faire tomber les armes
des mains des paysans» selon le mot de l'historien Albert
Mathiez.
Les droits féodaux et les privilèges de toutes sortes sont abolis.
Certains archaïsmes comme la corvée obligatoire disparaissent
à jamais, de même que des injustices criantes, telle que la
dîme ecclésiastique, uniquement payée par les pauvres.
Toutefois, certaines autres taxes, comme les cens et les champarts,
doivent être rachetées par les paysans. A cette seule réserve,
les paysans deviennent propriétaires de plein droit de leurs
terres.
À la faveur de cette grande séance parlementaire, tous les citoyens
deviennent égaux devant la loi. Les députés tireront les conséquences
de leur vote en préparant une solennelle Déclaration
des droits.
A posteriori, la nuit du 4 août n'apparaît pas seulement comme
une splendide victoire de l'égalité. C'est aussi une nouvelle
avancée du centralisme administratif sur les us et coutumes
locaux: en-dehors de la norme reconnue à Paris, il n'y a plus
de légitimité.
À noter toutefois une exception en ce qui concerne «l'abolition
de l'esclavage des Nègres»
dans les colonies, proposée en vain par le duc François de la
Rochefoucaud-Liancourt, un aristocrate éclairé, adepte du progrès
technique et de la philosophie des «Lumières».
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