Retour page Accueil

   Guillaume le Bâtard, conquiert un Royaume 

Là où Napoléon et Hitler ont échoué, il a réussi

Il revendique l'Angleterre par les armes

Une terreur préméditée

Contre son propre fils

 Si vous devez utiliser ce texte, veuillez mentionner sa source et son auteur :

James McCearney (HISTORAMA n° 43, septembre 1987)

C'est bien connu : quand le chat est absent, les souris dansent. la paix de l'Angleterre sera troublée par le soulèvement du comte de Boulogne dès 1071, par la révolte de trois magnats anglo-normands en 1075, par une invasion écossaise en 1079, par les agissements d'Odon, demi-frère de Guillaume, en 1082, par la menace d'une invasion danoise en 1085. La révolte de 1075, matée en Angleterre, a des prolongements en Bretagne, et Guillaume est battu à Dol en 1076. Il subit une nouvelle défaite, infligée par son propre fils, à Gerberoi, en 1078. En effet, Robert Courteheuse, fils aîné du Bâtard, est impatient d'exercer un pouvoir que son père refuse de partager ; il sera donc l'instrument dont se serviront les comtes des Flandres, d'Anjou et de Bretagne, ainsi que le roi de France, pour exploiter les difficultés anglaises de Guillaume au mieux de leur propres intérêts. On ne peut être au four et au moulin ; Guillaume, malgré une énergie et une volonté prodigieuse, ne réussira jamais à conjurer tout à fait les menaces qui pèsent sur ses domaines de part et d'autres de la Manche. Haut de page

La légende du Conquérant ( image du 19e siècle)

dGuillaume attache moins de prix à l'Angleterre qu'à la Normandie ; aussi ne se rend-il outre-Manche que lorsque sa présence y est indispensable. Le gouvernement de l'Angleterre est confié surtout à Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, qui, à la différence des grands seigneurs, est d'une fidélité à toute épreuve. En luttant contre les pratiques peu orthodoxes de l'Église saxonne, Lanfranc rétablit la discipline ecclésiastique et, en ce faisant, transforme l'Église en un formidable instrument de gouvernement au service de la couronne.

En distribuant des terres à ses compagnons d'armes, Guillaume avait veillé à éviter la constitution de grands fiefs féodaux, neutralisant ainsi les velléités d'indépendance de vassaux trop puissants. Toutes ces précautions, cependant, ne peuvent empêcher les seigneurs normands et saxons de comploter contre un roi si souvent absent. Certes, Guillaume n'a pas de mal à trouver en Angleterre des recrues pour ses campagnes normandes, mais quand il s'agit de faire face à l'invasion danoise, en 1085, il croit plus prudent de lever des troupes en Normandie pour les conduire ensuite en Angleterre ; même vingt ans après la conquête, il ne peut compter ni sur ses seigneurs normands ni sur le fyrd saxon pour assurer la défense du royaume.

C'est sans doute pourquoi Guillaume décide de profiter de l'échec de cette invasion -dû à la mort du roi danois - pour achever la conquête. L'Angleterre est pour lui un réservoir d'hommes et d'argent dans lequel il peut puiser pour renforcer sa position en France : comme son duché de Normandie est entouré d'ennemis, il lui faut assurer ses réserves. A la fin de 1085, donc, il ordonne une grande enquête sur les richesses du pays, afin de mieux pouvoir lever l'impôt. Ce recensement, connu sous le nom de "Domesday Book", est effectué avec un sérieux et une rapidité extraordinaire. Là, plus que partout ailleurs, Guillaume montre ses talent d'organisateurs ; le Domesday Book est sans doute l'exploit administratif le plus prodigieux venant s'inscrire entre la fin de l'Empire romain et le début de l'époque moderne. Fort des renseignements ainsi obtenus, Guillaume convoque ses seigneurs à Salisbury, où tous les propriétaires terriens de quelque importance prêtent serment d'allégeance au roi. Ayant ainsi assuré ses arrière, Guillaume retourne en Normandie ; l'Angleterre ne le verra plus.Haut de page

dAvec l'âge - il a maintenant soixante ans - Guillaume tait devenu si corpulent qu'il avait du mal à monter à cheval. Le roi de France Philippe Ier se moquait de son obésité : "Quand donc ce gros homme accouchera t-il ?" Et Guillaume de répliquer : "J'irai faire mes relevailles à Notre Dame de Paris avec dix mille lances en guise de cierges." 

Le roi de France avait, en effet, profité de l'absence de Guillaume en Angleterre pour lui prendre le Vexin. Guillaume exige que lui soient rendus Chaumont, Pontoise et Mantes. En juillet 1087, le Bâtard s'empare de Mantes par surprise mais, alors que la ville brûle, une ruade de son cheval le projette contre l'arçon de fer de sa selle, lui infligeant ainsi une blessure mortelle. Transporté à Rouen, il agonise pendant six semaines au milieu de sa Cour désemparée avant de s'éteindre à l'aube du 9 septembre 1087.

Le corps de Guillaume abandonné dans l'église. En réalité, le cadavre, trop tassé dans son sarcophage, a éclaté, et l'odeur a chassé l'assistance hors de l'église

Lors de ses funérailles, le cadavre, tassé dans un sarcophage trop étroit, éclate, dégageant une puanteur qui fait fuir l'assistance. Son tombeau, à Caen, sera profané par les calvinistes lors de l réforme, et puis par les révolutionnaires en 1793.

dDans la mort comme dans la vie, Guillaume le Bâtard ne connaîtra pas la paix. C'est, en effet, en tant qu'homme de guerre que son nom reste dans l'Histoire. L'Angleterre saxonne n'était ni cette île peuplée de barbares aux confins du monde civilisé décrite par les chroniqueurs normands ni ce berceau de la liberté et de la démocratie que certains historiens anglais se sont complu à imaginer. La civilisation anglo-normande, cette fusion des traditions normandes et saxonnes dont est issue l'Angleterre moderne, est le fruit d'une longue évolution que Guillaume lui-même n'avait ni voulue ni prévue. Il n'en reste pas moins que Hastings est l'une des bataille décisives de l'Histoire, même si Guillaume, absorbé par ses intérêts personnels immédiats, n'en comprit jamais la portée.

L'Angleterre avait connu bien des invasions avant lui ; il réalisa la dernière. Guillaume réussit  là où Philippe d'Espagne, Napoléon, Hitler échoueront. Il n'est que justice que l'Histoire lui donne le titre non de Bâtard, mais de Conquérant.Haut de page