|
dGuillaume
naît en 1028. Il est le fils de
Robert Ier et de sa concubine Arlette, fille d'un
peaussier de Falaise ; d'où son surnom de Bâtard. Si sa
mère est une modeste bourgeoise, Guillaume descend par
son père, Robert, en droite ligne de Rollon le Viking qui, en 911,
s'octroya la Normandie. Avant de partir pour Jérusalem, Robert fait
reconnaître son fils comme héritier. Sage précaution, car il ne
reviendra pas et, en 1035, Guillaume
devient duc de Normandie.
dIl
aura le plus le plus grand mal à faire valoir ses droits, pourtant
avérés. Une minorité est toujours fertile en troubles, surtout
quand la bâtardise facilite la contestation. Les membres de la
famille ducale sont les premiers à fomenter la révolte. Guillaume
doit sa survie aux vassaux fidèles
groupés autour de sa mère, que Robert avait mariée à Herlin de
Conteville, et à la bienveillance de son suzerain féodale, le roi
de France, Henri Ier. Fort de ces appuis,
Guillaume réussira à incarner une légitimité battue en brèche.
Il retiendra de cette enfance vécue dangereusement la haine du
désordre, le sens de son rang et une ferme volonté de revanche.
En 1042, à quinze ans, il
est fait chevalier et commence à participer au
gouvernement du duché. C'est le début d'une longue reconquête,
avec des hauts et des bas, mais menée avec une énergie et une
ténacité qui ne se démentiront jamais. Guillaume
veut punir ceux qui avaient profité de sa minorité pour
semer le trouble ; il entend ramener l'ordre dans ses terres et
récupérer les droits et privilèges de son rang. La première
étape est franchie en 1047, quand, avec l'aide
du roi de France, les rebelles son défaits à Val ès Dunes,
près de Caen. Bientôt, cependant, il y aura renversement d'alliances, et le Bâtard aura
à faire face non seulement aux insoumis normands, mais aussi au
comte d'Anjou et au roi de France. Les victoires de Mortemer (1054)
et de Varaville (1057) le mettront à l'abri, en attendant que la
mort le débarrasse de ses ennemis les plus dangereux. A partir de 1060,
Guillaume le Bâtard est maître incontesté de la Normandie. 
dIl
en profite pour mieux asseoir son autorité. Il
impose la trêve de Dieu - c'est-à-dire qu'il se
réserve le droit de faire la guerre, interdit la construction de
places fortes, reconnaît les privilèges
des bourgeois, garantit la tranquillité du commerce,
rétablit la discipline dans l'Église. Toutes les charges du
duché, laïques ou ecclésiastiques, sont confiées à des hommes
sûrs. Il instaure non pas un régime féodal, au sens que les
siècles futurs donneront à ce terme, mais un régime de pouvoir
personnel ; Guillaume le Bâtard ne laisse
jamais à d'autres ce dont il peut s'emparer.
d
C'est
un homme de guerre et de gouvernement. De taille moyenne,
mais fort et vigoureux, il est d'un sobriété exemplaire et se
montre peu tenté par les faiblesses de la chair, sa volonté restant
toute tendue vers la conquête du pouvoir. Plus
à l'aise sur le champs de bataille ou à la chasse qu'à la cour,
il est craint et respecté plutôt qu'aimé. En tant que chef de
guerre, il n'a rien d'un preux chevalier ; c'est l'efficacité qu'il
recherche, non la gloire. Ses plans sont simples, ses méthodes
directes. Quand il a l'avantage, il exploite la situation sans
pitié ; quand il est en mauvaise posture,
il bat en retraite sans honte. En tant qu'homme d'État,
il est intelligent plutôt qu'intellectuel. On
ne lui doit ni théorie de l'État ni innovation administrative.
S'il recrute des érudits comme Lanfranc de Pavie, c'est pour leur
compétence et leur honnêteté et non pour leur science. Exigeant
avec ses collaborateurs, et impitoyable envers ceux qui le
trahissent, il est tout le contraire d'un roi "fainéant".
S'il n'a ni la largeur de vues ni la profonde intuition des hommes
et des choses qui font les grands rois, il met une efficacité
redoutable au service d'une ambition sans bornes. Au début des
années 1060, quand la consolidation de son pouvoir en Normandie lui
donne en fin la liberté de convoiter les terres d'autrui, ce Guillaume
le Bâtard est un homme "dangereux."
|