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Figures de Prou :

Guillaume le Bâtard, conquiert un Royaume ; là où Napoléon et Hitler ont échoué, il a réussi

Il revendique l'Angleterre par les armes

Une terreur préméditée

Contre son propre fils

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James McCearney (HISTORAMA n° 43, septembre 1987)

Le lundi 24 avril 1066 apparaît dans le ciel d'Angleterre une boule de feu suivie d'une traînée de lumière ; la comète à laquelle Halley donnera plus tard son nom terrorise les populations. Nul doute que ces flammes célestes ne soient envoyées pour mettre le feu au royaume. Les astrologues de la cour du roi Harold y voient les signes prémonitoires d'un grand malheur. Et, de fait, de l'autre côté de la Manche, de funestes préparatifs s'effectuent, qui ne doivent rien aux augures ; Guillaume le Bâtard, énergique, volontaire et ambitieux, n'est pas de ceux qui tirent des plans sur la comète.

Pierre de la sépulture de Guillaume le Conquérant (cloître de l'église de l'Annonciade, à Florence - Italie)

dGuillaume naît en 1028. Il est le fils de Robert Ier et de sa concubine Arlette, fille d'un peaussier de Falaise ; d'où son surnom de Bâtard. Si sa mère est une modeste bourgeoise, Guillaume descend par son père, Robert, en droite ligne de Rollon le Viking qui, en 911, s'octroya la Normandie. Avant de partir pour Jérusalem, Robert fait reconnaître son fils comme héritier. Sage précaution, car il ne reviendra pas et, en 1035, Guillaume devient duc de Normandie.Haut de page

dIl aura le plus le plus grand mal à faire valoir ses droits, pourtant avérés. Une minorité est toujours fertile en troubles, surtout quand la bâtardise facilite la contestation. Les membres de la famille ducale sont les premiers à fomenter la révolte. Guillaume doit sa survie aux vassaux fidèles groupés autour de sa mère, que Robert avait mariée à Herlin de Conteville, et à la bienveillance de son suzerain féodale, le roi de France, Henri Ier. Fort de ces appuis, Guillaume réussira à incarner une légitimité battue en brèche. Il retiendra de cette enfance vécue dangereusement la haine du désordre, le sens de son rang et une ferme volonté de revanche.

En 1042, à quinze ans, il est fait chevalier et commence à participer au gouvernement du duché. C'est le début d'une longue reconquête, avec des hauts et des bas, mais menée avec une énergie et une ténacité qui ne se démentiront jamais. Guillaume veut punir ceux qui avaient profité de sa minorité pour semer le trouble ; il entend ramener l'ordre dans ses terres et récupérer les droits et privilèges de son rang. La première étape est franchie en 1047, quand, avec l'aide du roi de France, les rebelles son défaits à Val ès Dunes, près de Caen. Bientôt, cependant, il y aura renversement d'alliances, et le Bâtard aura à faire face non seulement aux insoumis normands, mais aussi au comte d'Anjou et au roi de France. Les victoires de Mortemer (1054) et de Varaville (1057) le mettront à l'abri, en attendant que la mort le débarrasse de ses ennemis les plus dangereux. A partir de 1060, Guillaume le Bâtard est maître incontesté de la NormandieHaut de page

dIl en profite pour mieux asseoir son autorité. Il impose la trêve de Dieu - c'est-à-dire qu'il se réserve le droit de faire la guerre, interdit la construction de places fortes, reconnaît les privilèges des bourgeois, garantit la tranquillité du commerce, rétablit la discipline dans l'Église.  Toutes les charges du duché, laïques ou ecclésiastiques, sont confiées à des hommes sûrs. Il instaure non pas un régime féodal, au sens que les siècles futurs donneront à ce terme, mais un régime de pouvoir personnel ; Guillaume le Bâtard ne laisse jamais à d'autres ce dont il peut s'emparer.

d C'est un homme de guerre et de gouvernement. De taille moyenne, mais fort et vigoureux, il est d'un sobriété exemplaire et se montre peu tenté par les faiblesses de la chair, sa volonté restant toute tendue vers la conquête du pouvoir. Plus à l'aise sur le champs de bataille ou à la chasse qu'à la cour, il est craint et respecté plutôt qu'aimé. En tant que chef de guerre, il n'a rien d'un preux chevalier ; c'est l'efficacité qu'il recherche, non la gloire. Ses plans sont simples, ses méthodes directes. Quand il a l'avantage, il exploite la situation sans pitié ; quand il est en mauvaise posture, il bat en retraite sans honte. En tant qu'homme d'État, il est intelligent plutôt qu'intellectuel. On ne lui doit ni théorie de l'État ni innovation administrative. S'il recrute des érudits comme Lanfranc de Pavie, c'est pour leur compétence et leur honnêteté et non pour leur science. Exigeant avec ses collaborateurs, et impitoyable envers ceux qui le trahissent, il est tout le contraire d'un roi "fainéant". S'il n'a ni la largeur de vues ni la profonde intuition des hommes et des choses qui font les grands rois, il met une efficacité redoutable au service d'une ambition sans bornes. Au début des années 1060, quand la consolidation de son pouvoir en Normandie lui donne en fin la liberté de convoiter les terres d'autrui, ce Guillaume le Bâtard est un homme "dangereux."Haut de page