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   Guillaume le Bâtard, conquiert un Royaume 

Là où Napoléon et Hitler ont échoué, il a réussi

Il revendique l'Angleterre par les armes

Une terreur préméditée

Contre son propre fils

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James McCearney (HISTORAMA n° 43, septembre 1987)

Après la victoire de Hastings, Guillaume sut exploiter sa domination. Il conduit ses troupes, pourtant durement éprouvées, vers l'intérieur des terres, dévastant tout sur son passage . Les centres de résistance sont rapidement réduits, avant que l'ennemi ne puisse se regrouper ou se donner un nouveau chef. Voyant le pays mis à feu et à sang, les seigneurs saxons s'empressent de se soumettre. Le jour de Noël, à Londres, Guillaume le Bâtard est couronné roi d'Angleterre

Guillaume duc de Normandie, roi d'Angleterre (détail de la tapisserie de la reine Mathilde. Musée de Bayeux). Il lui fallut vingt années pour s'imposer sur ses propres terres ; il lui en faudra vingt autres pour asseoir son autorité sur celles qu'il a conquises. Son arme : la terreur

dLondres n'est pas l'Angleterre. Guillaume ne s'en doute pas, puisqu'il retourne presque aussitôt en Normandie, mais les Saxons le lui feront comprendre. Une première révolte ramènera le Bâtard dans son nouveau royaume à la fin de 1067. Pour Guillaume, tout recommence. Reconnu duc de Normandie dès 1035, il lui avait fallu vingt ans de combats pour s'imposer ; couronné roi d'Angleterre en 1066, il lui faudra se battre pendant deux décennies pour asseoir définitivement son autorité.

Certes, il suffit de cinq ans à peine pour que la présence militaire normande soit effective sur l'ensemble du territoire anglais. En 1069, il doit faire face à une insurrection générale dans le Nord, à des révoltes dans le Sud et le Sud-ouest, à des incursions galloises et écossaises, et même à une invasion danoise. A la fin de 1070, cependant, il a imposé des accords avantageux aux rois de Danemark et d'Écosse, il a réprimé les soulèvements locaux et, surtout, il a cassé la résistance dans le Nord. Toute l'aristocratie saxonne de cette région turbulente est morte, prisonnière ou dépossédée ; Guillaume règne en maître.

Trois facteurs expliquent son succès. D'abord, les Normands bénéficient d'un commandement unique. Petite minorité dans la masse paysanne saxonne, la solidarité et la cohésion sont les conditions de leur survie. Les Saxons, eux, ne surmonteront jamais leurs divisions ; ils se trahiront, s'entredéchireront, ne trouveront jamais ni chef incontesté ni organisation militaire capable d'affronter la machine de guerre normande. Guillaume surprend ses adversaires par la rapidité de ses mouvements, il les épuise en maintenant la pression militaire même pendant les longs mois d'hiver. Il dispose, en effet, d'un instrument militaire bien supérieur à celui de ses ennemis, et il s'en sert avec énergie et sa ténacité habituelle.Haut de page

dEnsuite, il met en oeuvre une politique active de construction de places fortes. Le pays sera bientôt quadrillé par 80 châteaux forts , chacun défendu par une garnison normande. Grâce à cette présence militaire permanente sur le terrain, la résistance saxonne, une fois brisée, ne pourra jamais se reconstituer.

Enfin, Guillaume s'impose par la terreur. De même que, en 1050, il avait fait démembrer un si grand nombre d'habitants d'Alençon que les défenseurs de Domfront, terrorisés, abandonnèrent la place de peur de tomber entre ses mains, en 1070, il ravage le nord de l'Angleterre, massacrant le bétail, brûlant les cultures, détruisant les outils agricoles. La famine ainsi déclenchée durera trois ans ; certaines terres resteront en friche pendant des générations après le passage des armées normandes. Cette destruction est préméditée, voulue et mise en oeuvre avec la dernière rigueur ; l'anéantissement d'une province doit servir d'exemple aux autres.

Cette "pacification" sitôt achevée, Guillaume retourne en Normandie, où il doit affronter l'hostilité des ducs de Flandres et une révolte dans le Maine. L'hiver de 1072-1073 n'est pas terminé, et les rebelles ne sont pas encore sur le pied de guerre que Guillaume entre en campagne, reprend Le Mans, écrase la révolte. La reconquête du Maine, venant à la suite de la consolidation de sa position en Angleterre, marque l'apogée de la carrière de Guillaume le Bâtard.

Désormais, Guillaume aura à faire face aux difficultés inhérentes à sa propre politique. Il aime concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, de peur que ses vassaux ne deviennent des rivaux. Mais le pouvoir personnel exige la présence personnelle. Cela est possible dans les confins assez limités de la Normandie, difficile dans l'étendue plus vaste de l'Angleterre, au-dessus des forces d'un seul homme quand il s'agit des deux à la fois. Face à des barons turbulents défiant son autorité et à des voisins jaloux convoitant ses terres, Guillaume passera les quinze dernières années de sa vie à courir d'un point à l'autre de ses immenses domaines, pour éteindre des feux qui se rallument aussitôt ailleurs.Haut de page