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  Guillaume le Bâtard, conquiert un Royaume 

Là où Napoléon et Hitler ont échoué, il a réussi

Il revendique l'Angleterre par les armes

Une terreur préméditée

Contre son propre fils

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James McCearney (HISTORAMA n° 43, septembre 1987)

Ses voisins du Maine et de la Bretagne ainsi que le roi de France Henri Ier apprennent à leur dépens que, le 5 janvier 1066, s'éteint Édouard le Confesseur, roi d'Angleterre. Guillaume revendique aussitôt la succession et s'apprête, avec son énergie habituelle, à faire valoir ses droits par les armes. Si l'on en croit les chroniqueurs normands, ces droits sont clairs et irréfutables.

  dDès 1051, Édouard, alors en lutte contre la puissante famille des Godwin, aurait promis sa succession à son cousin Guillaume en échange d'une aide dont il n'eut, d'ailleurs, nul besoin. En outre, en 1064, le futur roi Harold, en campagne avec Guillaume en Bretagne, se serait solennellement engagé à soutenir les prétentions du duc de Normandie sur le trône d'Angleterre. Mais l'Histoire est écrite par les vainqueurs. Édouard, s'il fit la promesse que les chroniqueurs lui attribuent, promettait quelque chose qui ne lui appartenait pas, car le droit saxon n'accorde pas au roi de choisir son successeur. Quand au serment extorqué à Harold alors qu'il était l'otage de Guillaume, il ne pouvait avoir grande valeur. Ces considérations sont d'ailleurs superflues. Harold, étant acclamé par le Witanegemot, le conseil des grands du royaume, est le roi légitime. Guillaume, quand à lui, a beau être chrétien et francisé, le sang des Vikings coule dans ses veines. A peine un siècle le sépare de Rollon. Quand les Vikings s'embarquaient sur leurs drakkars depuis quelques fjord scandinave, à l'assaut de toutes les richesses du monde, ils ne s'embarrassaient pas d'arguties juridiques. Guillaume, non plus. Et il sait d'expérience que le seul droit qui vaille est celui du plus fort. 

Il n'est d'ailleurs ni le premier ni le seul à contester à Harold le trône d'Angleterre. Dès le mois de mai, Tostig, frère aîné de Harold est exilé de longue date, fait une descente sur la côte est. En septembre, il rejoint Harald Hardraad, roi de Norvège, dont la flotte, transportant une armée d'invasion, croise déjà au large de la Northumbrie, manœuvre qui oblige Harold à découvrir la côte sud, à la satisfaction de Guillaume. Haut de page

La traversée vers l'Angleterre (Détail de la tapisserie de la reine Mathilde. Musée de Bayeux)

Combat de Hastings (détail de la tapisserie de la reine Mathilde)

Guillaume en Angleterre (miniature du 15e siècle)

dAu mois d'août, Guillaume rassemble hommes et navires à Dives, avec l'intention de débarquer à l'île de Wight. Mais les vents sont contraires et quand, en septembre, il peut enfin prendre la mer, la tempête l'oblige à remonter la Manche avant de chercher refuge à Saint-Valéry-sur-Somme. Le temps continue d'être froid et pluvieux, mais Guillaume ne peut plus attendre. L'hiver approche, qui rendra bientôt impossibles les opérations militaires. Le 27 septembre 1066, donc, Guillaume prend la mer, pour débarquer le lendemain à Pevensy, sur la côte du Sussex. S'étant emparé de Hastings, il consolide sa tête de pont sur cette étroite bande de terre entre la forêt et la mer.

Le 25 septembre, Harold avait livré bataille à l'envahisseur norvégien à Stamford Bridge, près de York. Le sort des armes lui est favorable ; Tostig et Harald Hardraad sont tués, et leur armée est mise en déroute. C'est donc en plein triomphe que Harold apprend le débarquement normand. Il rassemble aussitôt ses troupes et se hâte par marches forcées vers le sud. Le 13 octobre au soir, les Saxons jaillissent de la forêt, prenant par surprise les avant-postes normand, qui se replient en désordre vers Hastings. Mais il va faire nuit, et Harold n'ose pas exploiter son avantage. Cette erreur lui sera fatale ; Guillaume le Bâtard n'est pas homme à se laisser surprendre deux fois.

dLes armées sont d'importance sensiblement égale : environ 7 000 hommes se chaque côté. Mais, alors que les Normands sont installés à Hastings depuis quinze jours, les Saxons, en ce même laps de temps, ont fait presque 500 kilomètres depuis York. Les Saxons sont armés de javelots et de haches ; les Normands ont aussi des archers et de la cavalerie. Argument de poids : le fyrd saxon est une milice paysanne, alors que les Normands dont des hommes dont la principale, voire l'unique, occupation est la guerre. Cette différence dans la qualité des deux armées sera décisive.

Quand la bataille s'engage le lendemain, cependant, elle tourne d'abord à l'avantage des Saxons. Harold occupe une forte position défensive sur la colline de Senlac, à l'orée de la for^t, et aucun des assauts ne parvient à l'en déloger. C'est alors que Guillaume déploie l'autorité, le sang-froid acquis en plus de vingt ans de combats incessants. Combattants à visage découvert pour que ses hommes puissent le reconnaître - le bruit courait qu'il était mort - il rallie les fuyards, réorganise ses troupes, les entraîne par la seule force de sa personnalité à des attaques répétées. La résistance saxonne faiblit. A la nuit tombante, Harold est tué. Démoralisés, les Saxons se dispersent dans la forêt, laissant les Normands maîtres du champ de bataille.