Comprendre le Moyen Age : La Féodalité

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Encyclopédie "TOUT L'UNIVERS" page 1138-n°5

Devant toute la cour assemblée, le seigneur reçoit l'hommage de son vassal

"Tout le monde sait que je n'ai rien pour me nourrir et me vêtir. C'est pour cela, mon seigneur, que j'ai sollicité de votre miséricorde, et vous avez bien voulu me l'accorder, la faveur de me placer sous votre protection.

Je le fais à condition que vous me donniez de quoi vivre, en échange de mes services...

Tant que je vivrai, et bien que demeurant libre, je vous servirai avec fidélité. Mais en échange je resterai toute ma vie sous votre pouvoir et votre protection." 

Tel était le serment du vassal à son roi.

L'apparition de la féodalitéDeux miniatures peintes par les frères Limbourg au XVe siècle et tirées du livre de prière - appelé "Livre d'heures" - du duc de Berry. Au centre, heaumes à cimiers et écus aux emblèmes de seigneurs.

Le texte du serment de vassalité cité en tête de cette page est l'un des plus anciens que nous connaissions. Au cours du Moyen Age, la formule prononcée devient plus complexe et la liste des droits et devoirs réciproques du suzerain et de son vassal devint beaucoup plus précise. Mais, à cause de sa simplicité même, le texte touche à l'essentiel.

Dans le monde féodale, il y a d'un côté des "puissants", qui ont besoin d'hommes fidèles sur lesquels ils puissent compter et qui puissent les aider dans l'administration de leurs terres en temps de paix, dans l'organisation de l'armée en temps de guerre. D'autre part, il y a des "moins puissants" qui demande aide et assistance. Nécessairement, le moins fort devient "serviteur fidèle" du plus puissant et celui-ci, en retour, le récompense en lui confiant un fief et en le faisant bénéficier de certains privilèges; il est exempté d'impôts (les "immunités") mais il peut les exiger des autres sujets, il a la possibilité de promulguer des lois, de recruter des soldats, etc.

Le système féodale est donc formé d'un ensemble de rapports personnels, fondés sur les aides réciproques, qui organise la société sur de nouvelles bases. Il peut paraître surprenant que ce système se mette en place si peu de temps après l'éclosion du grand Empire carolingien. Mais, en fait, la féodalité était déjà en germe dans les rapports qu'entretenaient les souverains mérovingiens, et Charlemagne lui-même, avec les puissants de leur temps, comtes, marquis, ducs (du latin dux, chef militaire) : ne leur confiaient-ils pas déjà des régions entières de leurs possessions ?

Comme nous le verrons, les successeurs de Charlemagne ne surent pas sauvegarder l'unité de l'Empire, ce qui accéléra encore l'évolution. En outre, les conflits internes et les ravageuses incursions des peuples guerriers (les Vikings au nord, les Hongrois à l'est) avaient plongé l'Europe dans le désordre. Le système féodal, né de la faiblesse des États et de l'insécurité qu'elle engendrait plutôt que d'un plan de réforme précis, fut le "réponse" de la société européenne face au vide qui s'était créé.

La conséquence la plus directe du féodalisme fut le transfert aux vassaux de fonctions exercées jusque-là en propre par le souverain. Ce transfert entraîna, ou renforça, le morcellement de l'État en un grand nombre d'unités autonomes et le déplacement du centre de la vie sociale et économique de la ville vers la campagne, et plus précisément, vers la résidence du seigneur : le château.

 

Le "compagnon" devient "homme du roi"... 

Dans la grande salle du château, le roi est assis dignement sur un haut siège en bois. Il a revêtu son manteau d'apparat et porte sa couronne sur la tête. Au mur pendent son bouclier et ses lances.

Autour de lui, les guerriers et l'entourage du roi assistent à la cérémonie. La présence de l'évêque, qui tient en main l'Évangile, donne à celle-ci un caractère sacré : c'est sur cet Évangile que le souverain et le compagnon, le comes, ou comte, jureront ensuite de respecter leurs engagements.

Le comte, comme tous les compagnons directs du roi, est un personnage puissant. Mais sa richesse et son pouvoir sont inférieurs à ceux du roi. Par le droit de la conquête ou par l'effet des successions héréditaires, le roi est en effet le propriétaire unique du royaume tout entier. De plus, par le couronnement et le sacre, il est la seule autorité politique dont le pouvoir est consacré par l'Église.

Le comte reconnaît la suzeraineté de son roi. Il en exagère même la portée pratique quand il prononce la formule que nous venons de lire. Bien qu'il soit un homme libre, il se reconnaît "serviteur" de son roi.

Le mot utilisé pour désigner cette soumission est un ancien terme celte, gwass ou wass, c'est-à-dire domestique, qui donna naissance au mot vassal.

Lorsque le vassal a achevé la lecture du serment, il s'agenouille devant le roi, qui serre entre ses mains les mains jointes de son compagnon : c'est l'acte de l'hommage. Puis le roi l'embrasse, le fait se relever et proclame officiellement l'allégeance de son vassal. Le valeureux compagnon du roi est maintenant homo, c'est-à-dire "homme-lige du roi". Il demeurera à son service jusqu'à sa mort.

et devient son protégé.

Le souverain ordonne ensuite que soient présentés les symboles des bienfaits récompensant l'allégeance du vassal.

C'est d'abord une motte de terre, qui représente le territoire que le vassal reçoit et qu'il devra gérer et exploiter au nom de son seigneur ; c'est le fief, du mot germanique fëhu, qui signifie bétail.

Puis il reçoit un rameau d'une plante verte, offert à celui qui doit faire fructifier cette terre. Mais cette branche, coupée à la hache, lui rappellera que nul n'est indispensable.

Vient ensuite la bannière aux couleurs et à l'emblème du roi, mêlés à ceux du vassal, qui rappellera à ce dernier qui est le véritable maître.

Enfin c'est la remise de l'épée, symbole du devoir de justice, que le vassal exercera au nom du suzerain, et du devoir des armes : le vassal assistera son seigneur dans toutes les batailles.

Le seigneur, roi en son fief

Charlemagne mourut en 814 et le dernier empereur de la dynastie carolingienne, Charles le Gros, en 887.

En un peu plus de soixante-dix ans, le système féodal se mit en place sur les ruines de l'Empire carolingien, au milieu des désordres et des menaces d'invasions permanentes.

Il atteignit son apogée au XIIe siècle dans le nord-ouest et le centre de l'Europe. C'est là que les fiefs les plus importants par leur étendue et leur puissance allaient, en grossissant, donner naissance aux principaux États modernes. La féodalité s'étendit beaucoup plus tardivement à l'Europe méditerranéenne, notamment en Italie centrale, où les cités-Etats résistèrent aux seigneurs.

Mais quel était ce monde où la nécessité et la peur avaient imposé un tel réseau de relations personnelles, qu'aujourd'hui nous trouverions injustes, mais qui répondaient aux besoins d'une société sans téléphone, sans routes ni bureaux, etc. ?

Le seigneur, roi en son fief

Le territoire attribué par le souverain à son vassal constituait le fief. Le vassal l'administrait mais n'en était pas le propriétaire. Le fief lui était donné en usufruit, c'est-à-dire qu'il pouvait utiliser à son profit les produits de la terre, les impôts qu'il prélevait, les services que ses habitants devaient lui rendre, mais sans jamais devenir le véritable propriétaire. A la mort du vassal, le fief revenait, en principe, au suzerain légitime.

Dans la pratique, le fils ou l'héritier du vassal disparu renouvelait le serment de fidélité au souverain et entrait ainsi à son tour en possession du fief tenu jusqu-là par son père.

Cette succession permet de comprendre qu'en réalité le souverain n'avait pas beaucoup de pouvoirs sur le fief accordé au vassal. Si celui-ci remplissait ses engagements et se gardait de trahir la confiance que le roi avait placée en lui, il pouvait se considérer comme un "petit roi" dans son fief et s'y conduire comme bon lui semblait.

Le vassal avait notamment le droit de passer des contrats avec des personnes qui dépendaient de lui. Comme il avait besoin, lui aussi, d'être aidé et entouré de fidèles, ceux-ci devaient lui promettre assistance et fidélité, en particulier en cas de guerre, pour bénéficier, à leur tour, de quelques avantages.

Il pouvait céder une partie de son fief : un château, une tour fortifiée avec un village et les champs qui l'entouraient, un pont et une route à péage, ou encore le droit de perception de certaines contributions.

En somme, le vassal se transformait en seigneur placé à la tête d'autres vassaux. Ceux-ci devenaient ainsi des "gwass du gwass", vassaux du vassal, c'est-à-dire des arrière-vassaux. Et grâce à cette structure pyramidale, ces derniers pouvaient également accorder avantages et immunités à d'autres vassaux encore plus humbles.

Et les pauvres ?

Vassaux et arrière-vassaux appartenaient soit à la noblesse, soit au clergé. Ils tenaient leur pouvoir les uns des armes, les autres de leur fonctions sacrée et de leur savoir.

Et les pauvres ? Chez eux aussi s'était mise en place une organisation de type pyramidal.

Les artisans qui travaillaient le fer, le cuir, le bois, la laine et d'autres matières premières et fabriquaient des objets et ustensiles dont les seigneurs avaient directement besoin étaient les plus favorisés. Le seigneur les prenait sous sa protection et leur donnait une maison et un atelier. En contrepartie, les artisans devaient livrer tous les ans une certaine quantité des objets qui sortaient de leurs ateliers, et satisfaire encore à quelques autres obligations. Mais il restaient des hommes libres.

Parmi les agriculteurs qui cultivaient les champs du seigneur, nombreux étaient ceux qui étaient également libres. Ce sont les alleutiers, ou propriétaires d'un alleu. sans doute éprouvaient-ils le besoin d'être protégés par des gens en armes. Ils prirent ainsi l'habitude de se lier à quelque puissant. Leurs maisons étaient groupées autour du château du seigneur dont ils cultivaient le domaine en échange de sa protection armée.

Le contrat qui s'établissait entre le maître et ses vassaux paysans était souvent complexe : les vassaux donnaient au seigneur une partie du produit de la récolte et gardaient l'autre pour eux et leur famille. De plus, ils devaient effectuer gratuitement certains travaux, comme la fenaison, la moisson, la construction d'un pont, la réparation des murs du château : c'étaient les corvées.

Sous une forme ou sous une autre, ils payaient un impôt pour avoir le droit d'utiliser le four seigneurial ou le pont que le seigneur avait construits.

Malgré ces charges très lourdes, il s'agissait quand même d'un accord passé entre homme libres.

Les serfs de la glèbe

On ne peut pas dire la même chose des plus humbles de tous : les "serfs de la glèbe" (c'est-à-dire de la "motte", de la terre), qui vivaient cependant dans des conditions beaucoup moins dures qu'on ne le pense. Ils étaient liés au mansum, à la terre qu'ils devaient cultiver. Si le mansum était vendu à un nouveau propriétaire, le serf appartenait de fait à ce nouveau propriétaire. Il n'était donc pas un homme libre.

Pour les plus pauvres, le servage présentait pourtant des avantages : une certaine sécurité et une certaine stabilité. En effet, à une époque où le paysan avait surtout à redouter d'être chassé ou privé de son seul moyen de subsistance, c'est-à-dire de la terre qui le nourrissait, un système qui lui assurait le privilège de travailler et de vivre sur des terres cultivées pouvait être considéré comme plutôt favorable.