________FICHE 24

Réactions internationales


 Avant le déclenchement de la guerre 

Alors que les Juifs sont expressément poussés à l'exil d'Allemagne, ils se trouvent confrontés à des politiques le plus généralement restrictives.

La Pologne menace l'Allemagne d'y expulser les Juifs allemands résidant sur son sol pour refuser les Juifs polonais vivant en Allemagne. Les Etats-Unis refusent d'augmenter leurs quotas, définis par pays d'origine. La Suisse obtient de l'Allemagne que la mention "Juif" soit portée sur les passeports des Juifs allemands. La France ouvre en 1938 un camp pour "étrangers indésirables" où des Juifs côtoient d'anciens combattants des brigades internationales d'Espagne. La Grande-Bretagne ira même jusqu'à interner, pendant la guerre, des Juifs en tant qu'originaires du pays ennemi. L'Agence juive, organisation du mouvement sioniste, échange avec l'Allemagne en 1933 de fortes importations de produits allemands par le Yishouv (communauté des Juifs résidant en Palestine) contre la possibilité pour 60'000 Juifs d'émigrer en Palestine : cet accord est dénié par de nombreux Juifs européens (dans ses Carnets, Adam Czerniaków aura plus tard des mots très durs contre ceux qui obtiennent des passeports), qui n'avaient pas conscience de la réalité du danger. L'Angleterre, en charge d'un mandat de la Société des Nations pour la Palestine, veut même contrer ces tentatives de peuplement juif par un Livre blanc qui en 1939 limite drastiquement le nombre autorisé de nouveaux immigrants en terre palestinienne.

En juillet 1938 se tient à Evian une conférence internationale sur la question des réfugiés, qui se révèle incapable de trouver une solution d'accueil, et reconnaît même à l'Allemagne le droit de traiter ses ressortissants comme elle l'entend.

A la veille de la guerre, la situation des Juifs est résumée par une formule de Haïm Weizmann, citée par Georges Bensoussan : "Le monde semble être divisé en deux parties : les endroits où les Juifs ne peuvent pas vivre et ceux où ils ne peuvent pas entrer."Up

Pendant la guerre et la destruction

8 août 1942 : "Reçu nouvelle alarmante qu'au quartier général du Führer discussion et examen d'un plan selon lequel après déportation et concentration à l'Est tous les Juifs des pays occupés ou contrôlés par l'Allemagne représentant trois et demi à quatre millions de personnes doivent être exterminés d'un seul coup pour résoudre définitivement la question juive en Europe. Exécution prévue pour l'automne méthodes à l'examen y compris l'acide prussique. Transmettons information sous toutes réserves, son exactitude ne pouvant être confirmée. Informateur considéré comme ayant rapports étroits avec les plus hautes autorités allemandes et comme communiquant nouvelles en général fiables."

Gerhardt Riegner, représentant du Congrès juif mondial en Suisse, a adressé ce message au Foreign Office et au président du Congrès juif mondial. En fait, à cette date, Treblinka avait déjà englouti plus de 100'000 Juifs de Varsovie, Auschwitz fonctionnait déjà...

Les Britanniques, interceptant des messages allemands, avaient connaissance de massacres dès l'été 1941. Les autorités françaises étaient informées en novembre 1941 par leur ambassadeur en Roumanie.

Le représentant du Gouvernement polonais en exil, Jan Karski, qui s'était rendu lors d'un voyage clandestin à l'intérieur même du ghetto de Varsovie, en témoigna à Londres et Washington dans l'indifférence.

Par deux fois les Britanniques refusèrent des offres nazies d'échanges de Juifs : ainsi furent sacrifiés 60'000 Juifs alors réfugiés en Bulgarie et, en 1944, près de 200'000 Juifs hongrois.
La Croix-Rouge fut informée très tôt et choisit de ne pas dénoncer. L'Eglise catholique, forte en Pologne, adopta une attitude proche de celle du pape Pie XII : l'indignation est très fortement atténuée par l'antisémitisme, et pour le pape par une nette germanophilie.

Pour résumer, le monde entier connaissait l'essentiel, sinon le détail des modalités, dès 1941-1942. En 1943-1944, des condamnations solennelles, des menaces de sanctions judiciaires commencèrent à être émises, alors que la plus grande partie des massacres étaient déjà commis. La question du bombardement des camps de destruction fut repoussée par les Américains : elle aurait été la seule réponse militaire possible. Plus que les Juifs d'Europe pris au piège, c'est bien le reste du monde, Alliés, diaspora et Palestine, qu'il conviendrait d'accuser de passivité.

Rudolf Vrba explique à Claude Lanzmann, dans Shoah, qu'il comprit un jour que la Résistance, à Auschwitz (et dans les camps de destruction), ne pouvait pas se fixer le même objectif qu'à Dachau et dans les camps de concentration, à savoir l'amélioration des conditions de vie : "Si les besoins du camp étaient, disons, de 30'000 prisonniers, et si 5'000 mouraient, ils étaient remplacés par une force neuve, prélevée sur les transports juifs. Et si 1'000 seulement mouraient, 1'000 étaient remplacés. Et un plus grand nombre était gazé." Il en tire la conclusion que la Résistance doit s'organiser pour détruire la machinerie de meurtre de masse, même si c'est suicidaire. Les Alliés ne tirèrent pas cette conclusion : pour eux, dès 1943, la destruction des Juifs d'Europe, bien qu'encore inachevée, était déjà un fait acquis.